Tag: appalaches

Une amie m’a raconté un jour qu’un immigrant lui avait dit avoir reçu un précieux héritage : une chanson que son père lui avait transmise. Dans son nouveau pays d’adoption, cette chanson continuait de couler dans ses veines comme le sang de ses ancêtres. Cette chanson lui parlait de ses origines, de la terre d’où il venait. Cette chanson était pour lui un abri où il pouvait puiser la force pour continuer dans les moments difficiles.

Comme lui, nous pouvons tous fredonner une chanson qui a marqué notre territoire intérieur, notre vie. Si les mots nous échappent, nous n’avons qu’à fredonner l’air et les mots reviennent d’eux-mêmes. Parfois c’est l’inverse, les mots appellent la musique et la chanson retrouve toute sa force.

J’aimerais vous parler de la chanson. Celle qui bientôt sera chantée sur votre scène. Ce rendez-vous si beau entre le chanteur et vous, le public.

Et si je vous disais la CHANSON et ce qu’elle signifie pour moi.

Combien elle est porteuse de rêves. Comment venue de la rue, toujours, elle retourne à la rue, attendant sans impatience d’être cueillie par une oreille et une vie.

Et si je vous disais qu’il est essentiel de leur donner une scène, aux chansons pour qu’on puisse connaître leur visage et les entendre. Pour qu’on puisse les apprendre et les chanter. Si je vous disais que c’est le plus beau cadeau qu’on puisse se faire à nous et à notre chanson.

La chanson, c’est la plus fidèle des compagnes de notre histoire personnelle et collective.

La chanson est là, tantôt dans les rues, dans les villages, au fond des bois ou au sommet d’une montagne. Nul besoin d’électricité ou de microprocesseurs; c’est dans notre souffle qu’elle vit, dans la joie , dans nos peines , dans nos gestes de partage.

C’est parfois un cri, souvent un mot d’amour. Les chansons sont nées des regards, des sourires, du ciel immense, des routes, des visions éphémères ou des maux du cœur.

Les chansons sont des repères affectifs dans la trame de nos vies .

La chanson a besoin d’être chantée pour prendre tout son sens. Et nous avons besoin de la chanson pour aller quérir du sens.

La chanson est un art ambulant, un art du quotidien qui vient vers les gens et qu’on transporte en soi.

Les chansons sont toujours là, elles font partie de la vie.

La chanson accompagne les gestes de la vie.

Les chansons creusent des sillons dans les rêves de ceux qui ne rêvent plus.

Demandez à ceux et celles qui écrivent des chansons, ils vous diront que l’air, la mélodie, l’ombre et la lumière tout était là. Qu’il fallait seulement s’arrêter, écrire, qu’il fallait travailler, saisir les mots, les forger pour unir les sons et les mots. Il fallait surtout vivre et transmettre la vie aux mots et en découvrir le sens.

Demandez à ceux et celles qui portent ces chansons, ils vous diront qu’ils chantent depuis toujours, même dans les jardins de leurs silences.

Ils chantent comme on respire, pour le plaisir, chanter pour l’urgence, pour le besoin de se dire.

Car il y a le pouvoir de la musique et le pouvoir des mots; des mots pour les saisons, pour l’intelligence du cœur. Des mots pour s’entendre dans sa propre langue. Des mots pour éveiller la mémoire.

Les chansons voyagent beaucoup plus loin que l’on croit. Sitôt composées, murmurées, elles prennent la route et ce sera le temps et les gens qui décideront du chemin qu’elles suivront.

Je vous apporterai des chansons qui commencent leur voyage et d’autres qui ont déjà beaucoup voyagé. J’espère qu’elles pourront faire un autre bout de chemin en votre compagnie,

Richard Séguin

«L’homme qui chante»

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=nTYeMthV8CA]

Source : http://www.spec.qc.ca/blogue/lettre-aux-spectateurs/lettre-aux-spectateurs-de-richard-seguin/