Tag: Michel Rivard

Pic et les blancs de mémoire jousent Noël

Salut, salut!

J’espère que ça va bien. Ici, dans les rues de Villeray, les honnêtes gens se promènent la langue sortie pour attraper des flocons et les yeux écarquillés pour éviter les flaques de slush…

Demain, jeudi 20 décembre, les huit heureux amnésiques de Pic et les blancs de mémoire présenteront un spectacle de Noël débridé. L’octuor se paiera la traite et fera la fête à quelques-unes de ces tounes qui décorent nos hivers depuis belle lurette. En plus de ce répertoire givré, nous jouerons aussi des pièces cuivrés de Vigneault, Charlebois, Desjardins, Karkwa et autres «gosseux» de chansons de par chez nous.

Ça sent la fête…

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Pic et les blancs de mémoire sur 

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Pic et les blancs de mémoire jousent Noël - 4 déc Divan Orange, 20 déc. Labo

Salut, salut!

J’espère que ça va bien. Ici, dans les rues de Villeray, les honnêtes gens ont la langue sortie pour attraper des flocons…

Nous sommes très enthousiastes, les huit heureux amnésiques de Pic et les blancs de mémoire, à l’idée de présenter pas un, mais deux spectacles de Noël. L’octuor se paiera la traite et fera la fête à ces tounes qui décorent nos hivers depuis belle lurette. En plus de ce répertoire givré, nous jouerons aussi des pièces cuivrées de Vigneault, Charlebois, Desjardins, Karkwa et autres «gosseux» de chansons de par chez nous.

Ça sent la fête…

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=W8nO8fCmspM]

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=tX3jXWtTkII] 

Pic et les blancs de mémoire sur 

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La situation politique Québécoise (les différentes commissions d’enquête en particulier) me font penser à cette pièce de Richard Desjardins.

La maison est ouverte
Ils versent un pauvre miel
sur leurs mots pourris.
Ils te parlent de pénurie
et sur ta faim, sur tes amis,
ils aiguisent leur appétit.

Leur haleine brûle l’air
comme la chaux
sur le pain.

La beauté que tu oses,
ils la saluent encore
d’un grognement de porc
fouillant dans l’auge.
Ils ont raison
comme des cadavres
et la vie les a coulés.

Ils ont tout
mais ne sont
que le ciment du havre.

Toi qui marches sur les tessons
du concert,
viens boire cette bouteille
pleine de clarté,
coulant comme un secret
sur les lèvres des amants.
Sous l’aile du huard
Le lac a calé.
C’est le moment.

Ce que tu trouves,
tu le gardes pour toi.
 » Ce qui n’est pas donné est perdu.  »
N’entends-tu pas battre ton coeur
dans le sourd tambour de la terre ?

Nous sommes les bêtes noires de l’ennui.
C’est toi mon pain béni.
Nous sommes la prairie,
le feu, le vent.
Nous sommes vivants.

Il est temps d’apaiser
cette fleur de la peur
qu’on appelle le monde.
Nous sommes cueilleurs,
le fruit est la Loi.
C’est nous le roi
et tout est là.

Le reste meurt ailleurs
au fond de voûtes carsidérales.

Un chant millénaire monte dans l’air.
La lampe, le lit, la nuit t’attendent.
Viens voir jusqu’où
le ciel peut couler
quand la terre est une offrande.

Et sur la nappe de toile
tendue comme une voile,
un navire de paix.

La maison est ouverte.
Les femmes-corsaires
ont mis le feu
aux galères de la nuit,
l’armateur aux enfers,
le capitaine aux fers.

J’éteins le phare,
la fanfare dort.
On peut parler

Paroles: Michel X. Côté, Richard Desjardins. Musique: Richard Desjardins   1998  « Boom boom »-#- -#- -#- -#- -#- -#- -#- -#-

Voici la version de Richard Desjardins enregistrée lors de la tournée Kanasuta. (Normand Guilbault est à la contrebasse et Marie-Soleil Bélanger est au violon.)
[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=lHkNMUj_3Sg]
Voici Pic et les blancs de mémoire qui joue mon arrangement de la maison est ouverte.
[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=lvIxmWrW5ss]

Deux fois plutôt qu’une en décembre, Pic et les blancs de mémoire jouseront Noël. L’octuor se paiera la traite et fera la fête à ces tounes qui décorent nos hivers depuis belle lurette. En plus de ce répertoire givré, nous jouerons aussi des pièces cuivrées de Vigneault, Charlebois, Desjardins, Karkwa et autres «gosseux» de chansons de par chez nous.

Ça sent la fête…

Pic et les blancs de mémoire sur la toile

Bandcamp

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=qm0X1x5RJKo]

Le vent m’appelle par mon prénom

(paroles et musique : Louis-Jean Cormier et Michel Rivard)

Dans le tourbillon du centre-ville
Dans le flou bruyant
Dur à voir si les étoiles brillent

Entre deux essoufflements futiles
Et, trois bouchons saoûlant
Dur à croire que la vie scintille

Je suis un fantôme en abîme
Au beau milieu de millions d’anonymes

J’vis déraciné ma vie dans un cinéma
Dans un film, anonyme
Dans un rôle muet

Sans musique et sans couleur
Sans pouvoir arrêter l’heure
Va savoir si le cœur tient bon

Je suis un fantôme en abîme
Au beau milieu de millions d’anonymes
Au beau milieu de tous ces fous qui dansent
Je m’imagine le chant d’une mer immense

Mais quand j’reviens d’où je viens
Je retrouve mon horizon
Le ciel me prend par la main
Le vent m’appelle par mon prénom

Parti pour de bon
Je tournais en rond, dans l’air du temps
Faux-fuyant, j’dessinais des rêves

Dans le tourbillon du centre-ville
J’ai cherché longtemps
Patiemment l’inutile, plus d’espoir

Je suis un fantôme en abîme
Au beau milieu de millions d’anonymes
Au beau milieu de tous ces fous qui dansent
Je m’imagine le vent de mon enfance

Mais quand j’reviens d’où je viens
Je retrouve mon horizon
Le ciel me prend par la main
Le vent m’appelle par mon prénom (bis)

Pont (mêmes accords que le refrain)

Le ciel me prend par la main
Le vent m’appelle par mon prénom

Il y a presque deux ans sortait un album qui était, en quelques sorte, un hommage musical à la poésie de Gaston Miron. Aujourd’hui, les hommes rapaillés récidivent et nous offrent une relecture musicale des mots et maux de Miron.

Le premier opus s’est instantanément frayé un chemin au sommet de mes disques préférés. Les mots y sont boulversants et humains d’une fraîcheur aïgue.

Voici les interprètes qui livrent la marchandise …:

  1. Yann Perreau
  2. Michel Rivard
  3. Martin Léon
  4. Pierre Flynn
  5. Vincent Vallières
  6. Richard Séguin
  7. Yves Lambert
  8. Michel Faubert
  9. Daniel Lavoie
  10. Louis-Jean Cormier
  11. Gilles Bélanger
  12. Jim Corcoran

(Plume Latraverse nous livrait une version sentie de Désemparé sur le premier album.)

Voici un extrait signé Yann Perreau lors d’un passage de la bête de scène à Belle & Bum

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=snMblLLJcy4]

Voici maintenant un entretien avec les différents interprètes

Tout aussi poignant et réussi que le premier, le deuxième chapitre du projet Douze Hommes rapaillés redonne vie à la poésie de Gaston Miron à travers les voix de douze chanteurs d’ici. Plongeant au coeur des écrits de l’auteur, Voir s’est inspiré des poèmes mis en musique par le compositeur Gilles Bélanger pour poser une question à chaque homme rapaillé.

La Corneille

Interprète: Michel Faubert

Corneille, ma noire

Tu me fais prendre la femme que j’aime

Du même croassement rauque et souverain

Dans l’immémoriale et la réciproque

Secousse de nos corps

Dans les contes, les corneilles et les corbeaux symbolisent la mort. Pour l’auteur de L’Homme rapaillé, ici, l’oiseau noir évoque aussi un désir brûlant, inéluctable. À laquelle de ces deux fatalités pensiez-vous en enregistrant la chanson?

« Au Québec, beaucoup des contes transmis de génération en génération viennent de France, où l’imaginaire et le symbolisme ne sont pas les mêmes qu’ici. Pour les Français, les corneilles et les corbeaux sont associés à la mort, alors qu’au Québec, la corneille annonce l’arrivée du printemps, avec toute la montée du désir que ça comporte, ce qu’évoque ici Miron. Dans la région de Lanaudière, l’expression « la tempête des corneilles » désigne la dernière tempête de neige de l’année. C’est un peu la même chose avec l’imaginaire autour du loup. Dans les contes, on parle toujours du grand méchant loup, mais ici, les loups ont de l’espace, des montagnes, des forêts et des champs à explorer. Puisqu’il le voit moins souvent, le Québécois n’a pas vraiment peur du loup. »
Ma rose éternité

Interprète: Pierre Flynn

Comme aujourd’hui quand me quitte cette fille

Chaque fois j’ai saigné dur à n’en pas tarir

Par les sources et les noeuds qui m’enchevêtrent

Je ne suis plus qu’un homme descendu à sa boue

Magnifique Poème de séparation 1. Est-ce que, sans le vouloir, un interprète se remémore inévitablement de lourds chagrins d’amour personnels lorsque vient le temps de mordre dans la souffrance de tels écrits?

« Pas dans le cas qui nous concerne, et je ne crois pas que ce soit nécessaire. L’auteur a écrit dans le vif d’une séparation soudaine et dévastatrice. On est déjà transporté par le grand souffle de Miron, et Gilles Bélanger a bien compris ce côté haletant, éperdu, abandonné. Le parcours est déjà tracé. On s’accroche et on fonce en laissant agir les mots et la musique. Parfois quand je chante, les images envahissent ma tête. Mais souvent, c’est quelque chose de physique, de musculaire. La chanson vit dans notre corps et sa vibration aussi. Pour le meilleur ou le pire, notre vie est notre voix. »
Retour à nulle part

Interprète: Yves Lambert

Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver

Nous entrerons là où nous sommes déjà

Ça ne pourra pas car il n’est pas question

De laisser tomber notre espérance

Gaston Miron a écrit Retour à nulle part après la première défaite référendaire de 1980. Votre interprétation a capella a tout d’un chant patriotique. Quel message l’homme doit-il en retenir?

« Chanter cette chanson trente ans plus tard revêt pour moi, dans l’air du temps présent, une occasion de réaffirmer mes convictions politiques sur l’avenir du Québec que j’aime avec passion. Les deux négations du refrain ont pour but d’exprimer une affirmation positive et rappellent l’importance de l’autodétermination. Quand j’observe la mollesse de nos politiciens devant le totalitarisme industriel, il me paraît évident que de donner nos territoires sans retombées économiques valables soit une entrave au développement social, culturel et environnemental. En prenant pour acquis que l’addition de deux négatifs nous donne un positif, les chances sont bonnes pour le prochain référendum! »
Sentant la glaise

Interprète: Jim Corcoran

Sentant la glaise le sanglot

J’ai aussi, que j’ai

La vie comme black-out

Sommeil blanc

Dans cet extrait de Six Courtepointes, Gaston Miron utilise pour une rare fois un terme anglophone. Vous qui présentez la culture québécoise au reste du Canada par le biais de votre émission de radio À Propos diffusée sur les ondes de la CBC, comment introduisez-vous Miron à nos compatriotes anglophones?

« Je ne me gêne pas pour dire au public anglophone à quel point Gaston Miron était un indépendantiste farouche et un ardent militant pour l’identité culturelle québécoise. Impossible de le passer sous silence, c’est l’une des définitions de Miron. Contrairement à bien des auteurs que je présente, je ne traduis pas les écrits de Miron à la radio. Je les récite en français parce que je ne comprends pas tout Miron. Ce qui est très bien ainsi. Les choses trop faciles à consommer, trop rapidement comestibles, ont une date d’expiration. »
Oh secourez-moi!

Interprète: Michel Rivard

Comme on fait pour les noyés de l’eau noire

Qui passent sous le pont du bout de l’île

Dans le charroi morne des glaces

et des soleils moirés

Secourez-moi

Peut-être un peu naïvement, ce passage nous a rappelé L’Oubli, cette pièce que vous avez écrite sur Claude Jutra. Quel lien voyez-vous entre Secourez-moi et les dernières années de la vie du cinéaste qui a préféré le suicide à l’alzheimer?

« Le seul lien que je puisse voir en est un de synchronicité, et j’avoue bien humblement qu’il m’a échappé jusqu’à ce que vous me posiez la question. Les images qui déferlent en moi à la lecture ou à l’interprétation des textes de Miron sont à l’extrême opposé de l’anecdotique. C’est pour moi une poésie de l’essentiel insaisissable, de la précision dans l’intangible… Chaque fois que je chante Secourez-moi, je suis littéralement transporté par la musique des mots et tout ce qu’ils véhiculent de possibilités humaines. »
Au long de tes hanches

Interprète: Louis-Jean Cormier

Si j’étais mort avant de te connaître

Ma vie n’aurait été que fil rompu

Pour la mémoire et pour la trace

Je n’aurais rien su

Sur cet extrait très personnel de L’Amour et le Militant, vos arrangements se veulent dépouillés et vaporeux, échafaudés à partir de chants planants et de bruits de vent. Est-ce les textes de Miron qui dictent ici vos enrobages ou les interprètes choisis?

« Pour moi, ce qui dicte l’arrangement des chansons, c’est tout d’abord le mariage entre le texte de Miron et la musique de Bélanger, ce qui ressort de la version guitare-voix, ce que je ressens. Après avoir remanié la forme, cherché à trouver la structure la plus cohérente, je vois souvent le tableau final. Je peux aussi penser à l’interprète qui la chantera et influencer la direction vers son habitat naturel, mais j’essaie surtout d’avoir un ensemble de 12 chansons homogènes. Il arrive aussi qu’il y ait des flashs comme dans Au long de tes hanches où j’ai eu le goût de chanter sur la terrasse du studio et de capter le bruit de l’autoroute pour rappeler celui de la mer. Méchant contraste, méchant contrat. »
Compagnon des Amériques

Interprète: Richard Séguin

Dans la liberté criée de débris d’embâcle

Compagnons des Amériques

Nos feux de position s’allument vers le large

L’aïeule prière à nos doigts défaillante

La pauvreté luisant comme des fers à nos chevilles

Autant porteuse d’espérance et de liberté que d’injustice et d’asservissement, l’Amérique fascine. Y a-t-il un lien entre l’Amérique ici évoquée par Miron et celle à laquelle vous faites référence dans Journée d’Amérique?

« Nous sommes les héritiers de toute une génération de poètes qui ont provoqué la grande transformation sociale du Québec. Moi et Marc Chabot (coauteur de la chanson Journée d’Amérique) voulions nous approprier notre propre vision de l’autre Amérique. Une journée comme le prolongement d’une vie en terre du Québec. La vie d’un homme qui porte ses rêves, son histoire et ses combats dans la poitrine. Terminer la chanson avec « Vingt-quatre heures de combat » faisait ainsi écho à l’éveil de notre condition sociale. Ce Québec d’aujourd’hui, je le vois silencieux, son souffle est court, son sol encaisse les vieilles blessures, ses lois 101 s’effritent dans les tranchées. La parole de Miron est toujours d’actualité, car tout reste à faire et tout appelle à une vigilance par rapport à nos choix de société et conséquemment avec le politique. Les mots de Miron ont encore plus de force aujourd’hui, une force essentielle, celle qui nomme la longue quête individuelle et collective, celle qui donne une conscience de notre existence dans cette partie de l’Amérique. »
Amour sauvage, amour

Interprète: Yann Perreau

Amour, sauvage amour de mon sang dans l’ombre

Mouvant visage du vent dans les broussailles

Femme, il me faut t’aimer femme de mon âge

Comme le temps précieux et blond du sablier

Dans cet extrait de L’Amour et le Militant, l’auteur célèbre un amour sauvage qui perdure malgré l’épreuve du temps et de l’âge. Est-ce que le jeune fougueux et ardent en vous y a vu une utopie?

« Non. L’amour est un défi, et j’aime les défis. La poésie de Gaston Miron me dit qu’il était un passionné, un batailleur, un amoureux, un homme courageux… Un homme intelligent et plein de gros bon sens. Il n’y a rien d’utopique là-dedans. »
Soir tourmente/Le Vieil Ossian

Interprète: Daniel Lavoie

Certains soirs d’hiver, lorsque, dehors,

Comme nouvellement

Il fait nuit dans la neige même

Les maisons voyagent chacune pour soi

Quel lien faites-vous entre Soir tourmente, un texte saisissant sur la mort de l’homme, et Le Vieil Ossian (fortement inspiré du froid hivernal) pour les juxtaposer ainsi?

« À vrai dire, je ne vois pas tellement Soir tourmente comme un poème sur la mort de l’homme autant que sur la conscience d’être, sur la vie en fait. Nous mourons tous, tous les jours à petites lampées. Si j’avais à faire un lien, et j’ai, évidemment, vu la question, je dirais que Le Vieil Ossian vient faire un contrepoids jubilatoire à ce constat bien vrai, mais quand même triste, que la mort nous accompagne tous les jours de notre vie. Le lien, une conscience intense de la vie et de la mort, de la beauté et de la magie qui sont là, dans la matière même de l’univers. »
Nature vivante

Interprète: Gilles Bélanger

En un tourbillon du coeur dans le corps entier

Comme un ciel défaillant tu viens t’allonger

En un tourbillon du coeur dans le corps entier

Mes paumes te portent comme la mer

Cet extrait et bien d’autres démontrent à quel point Gaston Miron a toujours accordé une importance capitale à la musicalité de ses poèmes, au point d’en faire une exigence. Comment avez-vous laissé cette musicalité guider vos compositions pour le projet Douze Hommes rapaillés?

« Gaston Miron était le poète de l’oralité; le recueil de poèmes n’était pas la finalité. Il défendait ses poèmes sur la place publique. Je suppose que, comme il y a eu plusieurs versions de L’Homme rapaillé où il apportait des corrections, c’est sur le terrain qu’il découvrait le mot juste, une faiblesse ou une longueur. Pour moi, les textes de Gaston Miron chantent déjà, de là le bonheur de les mettre en musique. »
Avec toi

Interprète: Martin Léon

Je suis un homme simple avec

Des mots qui peinent

Et je ne sais pas écrire en poète éblouissant

Je suis tué (cent fois je fus tué), un tué rebelle

Vrai que Gaston Miron, homme du peuple, se distingue par une poésie aux mots simples, mais aux images fortes. Est-ce l’ultime but d’un chansonnier, être aussi évocateur et en même temps si simple?

« Idéalement, oui, mais ce n’est pas vraiment la première étape au moment d’écrire. L’essence de la démarche demeure d’abord assez simple: avoir quelque chose à dire, le ressentir vraiment, prendre un crayon, y aller avec son coeur, aimer le résultat, aimer l’offrir. Pour le reste, la force d’évocation et la grandeur d’un texte vont beaucoup selon la sensibilité et le talent de chacun. C’est comme ça. Il y aura toujours plus grand et plus petit que soi. Mieux vaut alors y aller tout simplement avec sincérité et au meilleur de nous-mêmes. C’est un des buts ultimes, ça aussi. »
Le Camarade

Interprète: Vincent Vallières

Tu allais Jean Corbo au rendez-vous de ton geste

Tandis qu’un vent souterrain tonnait et cognait

Pour des années à venir

Dans les entonnoirs de l’espérance

Qui donc démêlera la mort de l’avenir

Le Camarade est un poème sur Jean Corbo, jeune felquiste mort en posant une bombe qui lui explosa entre les mains. Quelle image est la plus marquante, le désir de changer les choses au péril de sa vie ou la triste fin d’un révolutionnaire tué par sa propre révolution?

« Pour moi, Le Camarade est un hommage lucide à un jeune idéaliste maladroit. On ressent dans ce poème une grande conscience de la fatalité. L’image de la triste fin d’un révolutionnaire tué par sa propre révolution suggère un cynisme qui n’existe pas chez Miron. Celle du désir de changer les choses au péril de sa vie glorifie un peu trop le geste de Corbo. Qu’à cela ne tienne, un jeune homme doit être certes désespéré, malheureux, aliéné et exploité pour en arriver à poser un tel geste. En 2010 au Québec, sommes-nous encore prêts à mourir pour des idées? »

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À voir si vous aimez /
La poésie, la chanson, les douze interprètes sélectionnés

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MIRON ET LA MUSIQUE

On savait déjà que la poésie de Gaston Miron et la musique faisaient bon ménage. Ses textes, d’abord, en sont remplis, de musique. Il suffit de les dire à voix haute pour saisir aussitôt la maîtrise rythmique de leur auteur, sa conscience aiguë de la matière sonore.
Et puis sur scène, Miron aimait bien chanter et s’accompagner à la ruine-babines, dont lui plaisaient sans doute les sons à la fois plaintifs et rassembleurs – on trouvera d’ailleurs aisément des vidéos du Magnifique en action en tapant les mots « Gaston Miron chante » dans le moteur de recherche de YouTube.
Vers la fin de sa vie, le poète conjugue comme jamais la musique à la poésie en montant, épaulé des musiciens Bernard Buisson et Pierre St-Jak, le spectacle La Marche à l’amour, qu’ils donneront un peu partout au Québec et dont un disque sera tiré en 1992, lors d’une représentation à La Licorne.
Gaston Miron serait comblé de voir les chemins qu’emprunte aujourd’hui sa poésie, chantée depuis quelques années par Chloé Sainte-Marie, puis maintenant par ces Douze Hommes rapaillés qui non seulement en saisissent toute la portée musicale, mais en préservent aussi l’essence politique et identitaire.
Une notion fondamentale, pour qui veut comprendre pleinement le legs de celui qui disait en 1978, en recevant le prix Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal: « Quand je me bats, c’est pour ma différence, c’est-à-dire ma culture au monde. C’est ma version à moi de vivre l’humanité. Et cette version est une contribution et un enrichissement à la culture universelle. » (Tristan Malavoy-Racine)

(source)

«Il a fallu s’aimer et posséder son âme pour apprendre à la partager.» dans Avec nos mots

Michel Rivard demande à Vigneault :

«Gilles, avec toutes les chansons que t’as écrites et composées, on peut se demander si tu doutes des fois. Doutes-tu?»

et Vigeault de répondre «Lorsque le doute m’empêche d’avancer, je doute du doute.»

(tiré d’une émission Fréquence Libre)