Tag: la route que nous suivons

Bon matin !

Normalement, je ne donne pas dans le politique mais là, j’en ai ras le bol ! La situation  est présentement insupportable. Le peuple se fait jouer de «royaux» mauvais tours. Vraiment, plus que jamais, c’est le temps de manifester son mécontentement. Afin de célébrer allègrement mon indignation, voici quelques citations glanées dans le livre de Falardeau Rien n’est plus précieux que la liberté et l’indépendance.

«Propagande ouverte ou subtile, manipulation des esprits pour conforter le moral de son camp et propager le doute et, si possible, le désarroi chez l’adversaire sont les buts de la guerre psychologique.» Serge Halami

«La guerre psychologique est un substitut à la violence et, en cas de conflit, son complément. La guerre psychologique vise les esprits et les volontés.» Gérard Challand

«Ils mentent avec une telle conviction qu’ils se trompent eux-mêmes et en viennent à croire ce qu’ils font semblant d’être.» Miguel Torga

«Songez à tous ceux qui mirent leurs doigts, leurs mains de chair dans l’engrenage, pour que cela change et songez à ceux qui ne discutaient même pas leur cage.» Aragon

«Il faut à présent hausser le ton. Le temps du hurlement est venu.» José Saramago

«Tenir, tenir, à force de volonté, ne pas accepter le désespoir.» Henri Alleg, Les chemins de l’espérance

«[…] à force d’avoir pris en haine toutes les servitudes
nous serons devenus des bêtes féroces de l’espoir.» Gaston Miron, La route que nous suivons

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dans un autre ordre d’idées

«Nos émissions ont pour vocation de rendre le cerveau du téléspectateur disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible.» Patrick Delay président de TF1

Argh ! ça fait du bien…

Gaston Miron 
La route que nous suivons

À la criée du salut nous voici
armés de désespoir

au nord du monde nous pensions être à l’abri
loin des carnages de peuples
de ces malheurs de partout qui font la chronique
de ces choses ailleurs qui n’arrivent qu’aux autres
incrédules là même de notre perte
et tenant pour une grâce notre condition

soudain contre l’air égratigné de mouches à feu
je fus debout dans le noir du Bouclier
droit à l’écoute comme fil à plomb à la ronde
nous ne serons jamais plus des hommes
si nos yeux se vident de leur mémoire

beau désaccord ma vie qui fonde la controverse
je ne récite plus mes leçons de deux mille ans
je me promène je hèle et je cours
cloche-alerte mêlée au paradis obsessionnel
tous les liserons des désirs fleurissent
dans mon sang tourne-vents
venez tous ceux qui oscillent à l’ancre des soirs
levons nos visages de terre cuite et nos mains
de cuir repoussé burinés d’histoire et de travaux

nous avançons nous avançons le front comme un delta
« Good-bye farewell ! »
nous reviendrons nous aurons à dos le passé
et à force d’avoir pris en haine toutes les servitudes
nous serons devenus des bêtes féroces de l’espoir

Patrice Michaud et son alchimie des formes géométrique opère ici dans Le triangle des Bermudes [bandcamp track=2397352831  bgcol=FFFFFF linkcol=4285BB size=venti]

On peut acheter des billets ici.

Martin Léon au service du génie de Miron le magnifique, de la musique organique de Gilles Bélanger et des arrangements de Louis-Jean Cormier [youtube=http://www.youtube.com/watch?v=iNNfgmTgmcs]

Gaston Miron
L’art Poétique

J’ai la trentaine à bride abattue dans ma vie
je vous cherche encore pâturages de l’amour
je sens le froid humain de la quarantaine d’années
qui fait glace en dedans, et l’effroi m’agite

je suis malheureux ma mère mais moins que toi
toi mes chairs natales, toi qui d’espérance t’insurges
ma mère au cou penché sur ton chagrin d’haleine
et qui perds gagnes les mailles du temps à tes mains

dans un autre temps mon père est devenu du sol
il s’avance en moi avec le goût du fils et des outils
mon père, ma mère, vous saviez à vous deux
nommer toutes choses sur la terre, père, mère

j’entends votre paix
se poser comme la neige…

Louis-Jean Cormier, comme un seul homme, interprète la grandiose La route que nous suivons [youtube=http://www.youtube.com/watch?v=3Sp-Q8ARaic]

Gaston Miron
La route que nous suivons

À la criée du salut nous voici
armés de désespoir

au nord du monde nous pensions être à l’abri
loin des carnages de peuples
de ces malheurs de partout qui font la chronique
de ces choses ailleurs qui n’arrivent qu’aux autres
incrédules là même de notre perte
et tenant pour une grâce notre condition

soudain contre l’air égratigné de mouches à feu
je fus debout dans le noir du Bouclier
droit à l’écoute comme fil à plomb à la ronde
nous ne serons jamais plus des hommes
si nos yeux se vident de leur mémoire

beau désaccord ma vie qui fonde la controverse
je ne récite plus mes leçons de deux mille ans
je me promène je hèle et je cours
cloche-alerte mêlée au paradis obsessionnel
tous les liserons des désirs fleurissent
dans mon sang tourne-vents
venez tous ceux qui oscillent à l’ancre des soirs
levons nos visages de terre cuite et nos mains
de cuir repoussé burinés d’histoire et de travaux

nous avançons nous avançons le front comme un delta
« Good-bye farewell ! »
nous reviendrons nous aurons à dos le passé
et à force d’avoir pris en haine toutes les servitudes
nous serons devenus des bêtes féroces de l’espoir


MIRON, Gaston, L’Homme rapaillé, Montréal, l’Hexagone, 1994

Il y a 13 ans maintenant s’éteignait un grand poète québécois : Gaston Miron.

Son recueil de poème le plus connu est l’homme rapaillé. Récemment, en 2003, un recueil du nom de poèmes épars a vu le jour.

En novembre 2008 paraissait 12 hommes rapaillés un album de poèmes de Miron mis en musique par Gilles Bélanger et réalisé par Louis-Jean Cormier. C’est un album riche à découvrir.

Voici quelques extraits tirés de l’homme rapaillé :

la marche à l’amour

je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi
lentement je m’affale de tout mon long dans l’âme

je marche à toi, je titube à toi, je bois
à la gourde vide du sens de la vie
à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud
à ces taloches de vent sans queue et sans tête

je n’ai plus de visage pour l’amour
je n’ai plus de visage pour rien de rien
parfois je m’assois par pitié de moi
j’ouvre les bras à la croix des sommeils

mon corps est un dernier réseaux de tics amoureux
avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus

je n’attends pas à demain je t’attends
je n’attends pas la fin du monde je t’attends
dégagé de la fausse auréole de ma vie

Je t’écris

Je t’écris pour te dire que je t’aime
que mon cœur qui voyage tous les jours
– le cœur parti dans la dernière neige
le cœur parti dans les yeux qui passent
le cœur parti dans le ciel d’hypnose –
revient le soir comme une bête atteinte

Qu’es-tu devenu toi comme hier
moi j’ai noir éclaté dans la tête
j’ai froid dans la main
j’ai l’ennui comme un disque rengaine
sans ta vague à mon corps
sans ta voix de mousse humide
c’est ma vie que j’ai mal en ton absence

Le temps saigne
quand donc aurai-je de tes nouvelles
je t’écris pour te dire que je t’aime
que tout finira dans tes bras amarré
que je t’attends dans la saison de nous deux
qu’un jour mon cœur s’est perdu dans sa peine
que sans toi il ne reviendra plus

La route que nous suivons

À la criée du salut nous voici
armés de désespoir

Au nord du monde nous pensions être à l’abri
loin des carnages de peuples
de ces malheurs de partout qui font la chronique
de ces choses ailleurs qui n’arrivent qu’aux autres
incrédules là même de notre perte
et tenant pour une grâce notre condition

soudain contre l’air égratigné de mouches à feu
je fus debout dans le noir du Bouclier
droit à l’écoute comme fil à plomb à la ronde
nous ne serons jamais plus des homme
si nos yeux se vident de leur mémoire

beau désaccord ma vie qui fonde la controverse
je ne récite plus mes leçons de deux mille ans
je me promène je hèle et je cours
cloche-alerte mêlée au paradis obsessionnel
tous les liserons des désirs fleurissent
dans mon sang tourne-vents
venez tous ceux qui oscillent à  l’encre des soirs
levons nos visages de terre cuite et nos mains
de cuir repoussé burinés d’histoire et de travaux

nous avançons nous avançons le front comme un delta
«Good-bye farewell !»
nous reviendrons nous aurons à dos le passé
à force d’avoir pris en haine toutes les servitudes
nous serons devenus des bêtes féroces de l’espoir