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Une critique de Gloria dans le Journal Le Mouton Noir (par Jacques Bérubé)

« Sylvain Picard est l’un des secrets les mieux gardés du jazz au Québec. Et comme le jazz au Québec relève parfois lui-même du secret, notre type, guitariste compositeur de son état, commence à être difficile à tracer. Bien sûr, la présence d’un bon et grand festival de jazz en cette cité — dite du bonheur — de Rimouski pourrait aider à la découverte, mais… pas t’encore.

MÈCHE ALLUMÉE

J’ai connu Sylvain Picard par l’album de son trio, Airs à faire frire, librement inspiré de la suite Airs à faire fuir d’Erik Satie et saluant tout autant son professeur de kung-fu que Saint-Exupéry et les réalisateurs de films expérimentaux. Une belle trouvaille qui rappelait au vieux rocker que je suis une certaine époque de King Crimson mais aussi la musique bigarrée dite « jazz blanc » des Terje Rypdal et autres Abercrombie de l’écurie ECM.

La dernière œuvre de Sylvain Picard, Gloria, a été produite par Note Musik de Rimouski. La composition et l’enregistrement —impeccable! — de Gloria découlent d’une commande de « messe jazz de rite catholique romain » reçue de l’église du Gésu, qui est aussi une salle de production culturelle, de Montréal. Mais attention, ce n’est pas un disque pour grenouilles de bénitier, et les amateurs de belle musique, mécréants compris, y trouveront leur compte. C’est un album concept défini par son compositeur comme « une suite jazz luxuriante de dix films pour l’oreille jouée par quatre musiciens complices ». Outre Sylvain Picard à la guitare et à la composition, les autres célébrants — ceci était ma dernière allusion cléricale  — sont Yannick Rieu aux saxophones, Maxime St-Pierre à la trompette et au flugelhorn et Guy Boisvert à la contrebasse. Belle brochette!

Oui, les titres réfèrent à une messe : Kyrie, Agnus dei, Offertoire, Psaume, Action de grâce, etc., mais j’oserais dire que ce sont là les seules références à l’église. Dans le livret, Sylvain Picard parle de l’une de ses intentions de création — pour la pièce Alléluia — : « dépeindre musicalement l’émotion vivifiante que l’on ressent en contemplant les jeux d’ombre et de lumière dans les feuilles, les fleurs et les fruits d’un arbre luxuriant. »

Ça coule, ça transporte, ça touche, ça atteint son but. Nous sommes avec Gloria en contact intime avec une grande œuvre musicale, recherchée et très inspirée. C’est d’ailleurs probablement dans ce dernier qualificatif que réside sa connotation la plus spirituelle. »