Tag: Gaston Miron

Bon matin !

Normalement, je ne donne pas dans le politique mais là, j’en ai ras le bol ! La situation  est présentement insupportable. Le peuple se fait jouer de «royaux» mauvais tours. Vraiment, plus que jamais, c’est le temps de manifester son mécontentement. Afin de célébrer allègrement mon indignation, voici quelques citations glanées dans le livre de Falardeau Rien n’est plus précieux que la liberté et l’indépendance.

«Propagande ouverte ou subtile, manipulation des esprits pour conforter le moral de son camp et propager le doute et, si possible, le désarroi chez l’adversaire sont les buts de la guerre psychologique.» Serge Halami

«La guerre psychologique est un substitut à la violence et, en cas de conflit, son complément. La guerre psychologique vise les esprits et les volontés.» Gérard Challand

«Ils mentent avec une telle conviction qu’ils se trompent eux-mêmes et en viennent à croire ce qu’ils font semblant d’être.» Miguel Torga

«Songez à tous ceux qui mirent leurs doigts, leurs mains de chair dans l’engrenage, pour que cela change et songez à ceux qui ne discutaient même pas leur cage.» Aragon

«Il faut à présent hausser le ton. Le temps du hurlement est venu.» José Saramago

«Tenir, tenir, à force de volonté, ne pas accepter le désespoir.» Henri Alleg, Les chemins de l’espérance

«[…] à force d’avoir pris en haine toutes les servitudes
nous serons devenus des bêtes féroces de l’espoir.» Gaston Miron, La route que nous suivons

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dans un autre ordre d’idées

«Nos émissions ont pour vocation de rendre le cerveau du téléspectateur disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible.» Patrick Delay président de TF1

Argh ! ça fait du bien…

Gaston Miron 
La route que nous suivons

À la criée du salut nous voici
armés de désespoir

au nord du monde nous pensions être à l’abri
loin des carnages de peuples
de ces malheurs de partout qui font la chronique
de ces choses ailleurs qui n’arrivent qu’aux autres
incrédules là même de notre perte
et tenant pour une grâce notre condition

soudain contre l’air égratigné de mouches à feu
je fus debout dans le noir du Bouclier
droit à l’écoute comme fil à plomb à la ronde
nous ne serons jamais plus des hommes
si nos yeux se vident de leur mémoire

beau désaccord ma vie qui fonde la controverse
je ne récite plus mes leçons de deux mille ans
je me promène je hèle et je cours
cloche-alerte mêlée au paradis obsessionnel
tous les liserons des désirs fleurissent
dans mon sang tourne-vents
venez tous ceux qui oscillent à l’ancre des soirs
levons nos visages de terre cuite et nos mains
de cuir repoussé burinés d’histoire et de travaux

nous avançons nous avançons le front comme un delta
« Good-bye farewell ! »
nous reviendrons nous aurons à dos le passé
et à force d’avoir pris en haine toutes les servitudes
nous serons devenus des bêtes féroces de l’espoir

«Un jour, j’aurai accepté ma naissance.» Gaston Miron

«Le jour se lève, me nourrit et se couche.» Richard Desjardins dans Nataq

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=V1NQD-drIqI]

La nuit, Léo Ferré 

«C’est ma frangine en noir
Celle que j’appelle bonsoir
C’est un gars qu’a son bien
Dans le bistrot du coin
La nuit

C’est le bourgeois qui se profile
Sous l’oeil des filles de ville
Qui croit que c’est arrivé
Et qui paie pour monter
La nuit

C’est cette dame qui s’en va
Donner sa langue au chat
Et mêle à ses dentelles
La tendresse des gamelles
La nuit

C’est un amour qui meurt
Aussitôt qu’il se fait
C’est mille ans de bonheur
Dans un baiser vite fait
C’est cette môme qu’a perdu
La seule fleur qu’elle avait
Des fois qu’on la retrouverait
La nuit, la nuit

C’est le soleil du soir
Qui enfile son peignoir
Dans son arrière-boutique
Sous des becs électriques
La nuit

C’est le voleur qui va faire
Des heures supplémentaires
Et qu’est pas tatillon
Sur les allocations
La nuit

C’est cet homme qui s’en va
Sa Rolls au bout des bras
Et mêle à ses ficelles
Le trésor des poubelles
La nuit

C’est des chevaux qu’on amène
Au derby des côtelettes
Des moutons qui s’promènent
Du côté d’la Villette
C’est un soldat traqué
A sa dernière ronde
Et qui compte les années
Comme on compte les secondes
La nuit, la nuit

C’est une copine qui vend
C’que d’habitude on prend
Et qui pour cent sous de plus
Se met sens dessous-dessus
La nuit

C’est un chouette courant d’air
Pour les amours pas chères
Un p’tit hôtel furtif
Pour les mini tarifs
La nuit

C’est le mec qui transite
Tout, sauf de l’eau bénite
Et mêle à ses hoquets
Le parfum du beaujolais
La nuit

C’est cet homme qui s’promène
La nuit, en plein midi
Et sa canne qui l’entraîne
Dans les autos d’Paris
C’est cet homme qu’a pas vu
La pitié qui passait
Et qu’attend dans la rue
Des fois qu’on lui inventerait
Le jour, le jour»

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=Llx7-dVYUSQ]

« Était-ce ma mort
invisible
pêchant à la ligne dans l’horizon visible.»

« Il fait un temps fou de soleil carroussel
La végétation de l’ombre partout palpitante
Le jour qui promène les calèches du bonheur
Le ciel est en marche sur des visages d’escale
D’un coup le vent s’éprend d’un arbre seul
Il allume tous les rêves de son feuillage.»

Gaston Miron, extraits tirés de l’Homme rapaillé

Paul-Marie Lapointe 1929-2011 – «Le plus grand poète qu’ait produit le Québec», disait Gaston Miron

Le poète Paul-Marie Lapointe photographié par Maurice Perron à L’Île-Perrot en 1948. Perron sera aussi le premier éditeur de cet artiste hors-norme, décédé hier à l’âge de 81 ans.

Photo : Maurice Perron – Musée national des beaux-arts du Québec
Le poète Paul-Marie Lapointe photographié par Maurice Perron à L’Île-Perrot en 1948. Perron sera aussi le premier éditeur de cet artiste hors-norme, décédé hier à l’âge de 81 ans.

Nous sommes en 1947. Un jeune garçon de 17 ans, venu à Montréal depuis Saint-Félicien afin de poursuivre ses études, présente à Claude Gauvreau des poèmes insolites où il cultive transgression et érotisme. À leur lecture, Gauvreau est enchanté: «Il faut publier», dit-il. Ce sera Le Vierge incendié, premier jalon d’une œuvre immense signée Paul-Marie Lapointe. Le poète est décédé hier, à l’âge de 81 ans. Il était un des écrivains les plus importants du Québec du XXe siècle, un des derniers de son époque à être parfaitement à la hauteur des Miron et Giguère.

L’oeuvre de cet homme calme à la prestance toute naturelle est reconnue à raison comme l’une des plus fortes de la littérature québécoise. Mais on n’arrive pas à comprendre facilement d’où elle put tirer sa force originelle, sinon d’une fulgurante jeunesse de surdoué, un peu à la manière d’un Rimbaud. Précoce, venu de nulle part, sans contact direct avec aucune avant-garde culturelle, un adolescent, Paul-Marie Lapointe, taille seul, dans des éclats de lumière, une synthèse unique entre son milieu nord-américain et des explorations culturelles plus ou moins inspirées par les surréalistes. Voici un extrait de Crânes scalpés (1948): «Les grands châteaux / poires pourries / avec quoi des vieillards à des femmes mutuelles / lapident leurs vacheries / les églises de faux sentiments / l’écroulement des cadavres / les haines dans les schistes séculaires. / Quand le marteau se lève / quand les bûchers vont flamber noir / sur le peuple déterminé.»

En entrevue en 1994 au Devoir, il confiait que sa connaissance des traditions culturelles, acquise en partie grâce aux études classiques qu’il fit à Chicoutimi, lui permit de repérer les balises propres à situer son oeuvre. «Peinture, musique, poésie: tout cela n’existe que parce que cela a existé. On ne peut faire d’oeuvre d’art si on ne part pas d’une autre oeuvre d’art. Et la motivation est alors de renouveler, ou de poursuivre.»

Il parlait encore volontiers de son premier livre. «Le Vierge, c’est un livre d’adolescent, disait-il, un livre de pureté et de découverte du monde. Je ne crois pas que je l’aurais écrit si je n’avais vécu dans une société à ce point noire et fermée. Ce livre exprime une révolte absolue, une révolte contre tout ce qu’il y avait de sinistre dans le Québec d’alors. Il y avait la crise. Et puis le nationalisme très fermé et très paysan de Duplessis. Ce n’était pas une société très drôle. Et le collège, le pensionnat, c’étaient aussi, malgré tout ce que j’en ai dit, des lieux fermés.»

L’édition originale du Vierge incendié, très rare aujourd’hui, est publiée par Maurice Perron aux éditions Mithra-Mythe. Cet éditeur-photographe vient alors tout juste de faire paraître le Manifeste du Refus global, rédigé par Paul-Émile Borduas. Les automatistes reconnaissent en Lapointe un des leurs. Le Vierge incendié sera repris plus tard à l’enseigne où se démène son ami Gaston Miron, les éditions de l’Hexagone, où Lapointe sera aussi, pour un temps, directeur littéraire, à l’époque où il devient un membre fondateur de la revue Liberté.

Mais n’allons pas si vite. Très tôt donc, Lapointe fréquente les gens de l’École des Beaux-Arts, des peintres, des écrivains, les artistes. Il lit René Crevel, auteur difficile à trouver dans le Québec de l’époque, auquel il rendra plus tard hommage dans écRiturEs (1980). Il écoute Claude Gauvreau, qui lui semble avoir tout lu. Dans l’immédiate après-guerre, dit-il, «j’avais besoin de révolte, mais je n’étais pas organisé sur le plan intellectuel pour faire la révolution». Il quitte donc la grande ville.

Il reviendra à Montréal, après avoir touché au journalisme une première fois, dans son coin de pays. Né en 1929 à Saint-Félicien, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il mènera pratiquement toute sa carrière dans la métropole, comme journaliste. Mais après Le Vierge incendié, l’écriture lui apparaît plus difficile, comme il l’expliquait au Devoir en 1980: «J’avais dit ce que j’avais à dire. Je n’avais pas envie d’ajouter à cela.» Pendant dix ans, il ne publiera donc rien, même s’il continue d’écrire. Il apprivoise alors le monde, dira-t-il, avant de livrer Choix de poèmes: Arbres (1960). Puis, il s’inspire du jazz, de sa forme d’improvisation particulière.

Il écrit, explique-t-il, dans une totale liberté, afin d’affirmer quelque chose de précis, quitte à devoir pour cela ébranler le langage, le remettre tout à fait en question, comme il le fait volontiers dans certains livres, par exemple dans ce pavé qui a pour titre écRiturEs (1980).

«La poésie, disait-il, est la forme suprême de l’expression. Mais elle est rare: parce qu’elle est impossible s’il n’y a pas de révolte, d’âme et de remise en question. Ainsi, je ne crois pas que la véritable poésie soit très répandue aujourd’hui. Ou qu’elle soit possible à la télévision.»

Ailleurs, il affirmait avoir «toujours pensé qu’on écrit pour les âmes, pour la partie un peu secrète et importante de nous». Pour les âmes (1993), ce sera le titre d’un recueil où il tente de poursuivre son avancée en littérature, à la recherche de possibilités nouvelles, toujours sans contrainte.

«Les gens qui n’aiment pas les oeuvres libres, disait-il, sont de ceux qui n’aiment pas la liberté, très souvent. Ce sont des gens qui aiment plutôt l’ordre, le déjà-vu, le déjà-entendu. Mais la création, c’est justement le contraire du cliché. L’art, c’est comme l’amour: c’est un moment privilégié de l’existence humaine.»

Pour gagner sa vie, Lapointe entre au quotidien La Presse, puis se lance dans l’aventure éphémère du Nouveau Journal. Il sera par la suite rédacteur en chef du magazine MacLean, ancêtre de L’Actualité. En 1964, on le voit apparaître dans son propre rôle d’homme sensible et bien au fait du monde dans un film aux accents révolutionnaires réalisé par Gilles Groulx: Le Chat dans le sac. Il entre à Radio-Canada en 1969, où il devient directeur de la programmation à la radio. À l’époque, la radio de nos impôts compte en son sein nombre de littéraires, dont Hubert Aquin, André Langevin, Jean-Guy Pilon, Réginald Martel, Wilfrid Lemoine et Gilles Archambault, pour ne nommer que ceux-là.

Paul-Marie Lapointe restera attaché à Radio-Canada jusqu’en 1992, au moment de savourer sa retraite dans les Laurentides et, assez souvent aussi, au sud du Rio Grande, où la vie des «Tabarnacos» lui inspire Le Sacre (1998), un livre aux accents joyeux. «Il s’agit de parvenir aussi à rigoler un peu devant le sérieux criminel des gens qui nous dirigent, pour dire que le monde, ce n’est pas que ça, c’est aussi des millions de personnes qui réussissent à se lever le matin et à trouver des raisons de vivre.»

Il a reçu notamment le prix Athanase-David, le prix d’État en littérature le plus prestigieux du Québec, le Prix du Gouverneur général, le Prix de la Francophonie Leopold-Senghor. L’Université de Montréal l’a fait docteur à titre honorifique. Ses poèmes ont notamment été traduits en anglais, en ukrainien, en hébreu et en portugais.

En 1999, il se voit décerner le prix Gilles-Corbeil, doté d’une bourse de 100 000 $. À cette occasion, le poète formule une charge contre les égorgeurs de société. «Les gouvernements, dit-il alors, de plus en plus soumis aux lois du marché, trahissent leur mandat, qui est de veiller au bien-être de leurs collectivités, et se mettent plutôt au service des nouveaux maîtres du monde.»

Gaëtan Dostie, véritable bibliothèque vivante de la poésie québécoise, rappelle à juste titre qu’au sujet de Paul-Marie Lapointe, Gaston Miron affirmait qu’il était «le plus grand poète que le Québec ait produit», en prenant toujours soin d’ajouter «depuis le Régime français».

Source : Le Devoir 17 août 2011

Tabouère ! Quelle soirée ce fut mes amiEs!

En première partie du grand rapaillement, on retrouvait Patrice Michaud. Il était accompagné du guitariste André Lavergne. À eux seuls (une armée de deux) ils ont su remplir l’espace sonore du théâtre Maisonneuve d’émotions et d’humour. Il faut souligner au passage les talents de conteur de Michaud (la désopilante et électrique (!) guitare rouge…)

Pour ceux que ça intéresse, une pièce de Michaud est offerte en téléchargement gratuit cette semaine. Il s’agit de l’excellente On fait comme si. «Ton coeur échappé au fond de mon char…»

– – – –

Les douze hommes rapaillés ont donné une séance de rapaillement mémorable : la musique y était; les émotions ornaient les commissures de chacune des notes; les douze voyageaient somptueusement propulsés par une section rythmique qui leur assuraient le confort d’un vieux char de luxe (genre Cadillac «pimpé».)

Chacun des interprètes a été extraordinaire. Je dois toute fois mentionner quelques moments que j’ai trouvé particulièrement fort.

Des frissons m’ont traversé chaque fois où le compositeur de la maudite machine a pris le micro. Pierre Flynn chantait avec une telle vulnérabilité qu’on aurait dit qu’il marchait sur des coquilles d’oeufs vides sans que celles-ci ne cassent. Son interprétation imposait en noblesse.

Richard Séguin, à la fin de Pour retrouver le monde et l’amour a chanté une note qui semblait provenir du fond de l’univers : la note était si intense qu’on aurait dit d’elle qu’elle était apparu en même temps que le big band. (Le poil dressé partout, même dans la barbe!)

Le Charbonnier de l’Enfer, Michel Faubert, semblait un peu nerveux. Sa sensibilité éclairait et éclatait dans toutes les syllabes…

Le temps s’est arrêté quand Louis-Jean Cormier (réalisateur des deux opus, musicien, la voix de Karkwa) a donnée le coup de grâce en interprétant l’incommensurable au long de tes hanches. Il l’a interprété en toute modestie, seul face à la foule.

– – – –

Pendant tout le concert des douze, Louis-Jean dirigeait le band avec un plaisir évident et contagieux. Son visage était fendu d’un sourire qui partait d’une oreille à l’autre. Du plaisir ! du plaisir. Pour moi, il incarnait ce que Nadia Boulanger définit comme une bonne interprétation.

Patrice Michaud et son alchimie des formes géométrique opère ici dans Le triangle des Bermudes [bandcamp track=2397352831  bgcol=FFFFFF linkcol=4285BB size=venti]

On peut acheter des billets ici.

Martin Léon au service du génie de Miron le magnifique, de la musique organique de Gilles Bélanger et des arrangements de Louis-Jean Cormier [youtube=http://www.youtube.com/watch?v=iNNfgmTgmcs]

Gaston Miron
L’art Poétique

J’ai la trentaine à bride abattue dans ma vie
je vous cherche encore pâturages de l’amour
je sens le froid humain de la quarantaine d’années
qui fait glace en dedans, et l’effroi m’agite

je suis malheureux ma mère mais moins que toi
toi mes chairs natales, toi qui d’espérance t’insurges
ma mère au cou penché sur ton chagrin d’haleine
et qui perds gagnes les mailles du temps à tes mains

dans un autre temps mon père est devenu du sol
il s’avance en moi avec le goût du fils et des outils
mon père, ma mère, vous saviez à vous deux
nommer toutes choses sur la terre, père, mère

j’entends votre paix
se poser comme la neige…

Louis-Jean Cormier, comme un seul homme, interprète la grandiose La route que nous suivons [youtube=http://www.youtube.com/watch?v=3Sp-Q8ARaic]

Gaston Miron
La route que nous suivons

À la criée du salut nous voici
armés de désespoir

au nord du monde nous pensions être à l’abri
loin des carnages de peuples
de ces malheurs de partout qui font la chronique
de ces choses ailleurs qui n’arrivent qu’aux autres
incrédules là même de notre perte
et tenant pour une grâce notre condition

soudain contre l’air égratigné de mouches à feu
je fus debout dans le noir du Bouclier
droit à l’écoute comme fil à plomb à la ronde
nous ne serons jamais plus des hommes
si nos yeux se vident de leur mémoire

beau désaccord ma vie qui fonde la controverse
je ne récite plus mes leçons de deux mille ans
je me promène je hèle et je cours
cloche-alerte mêlée au paradis obsessionnel
tous les liserons des désirs fleurissent
dans mon sang tourne-vents
venez tous ceux qui oscillent à l’ancre des soirs
levons nos visages de terre cuite et nos mains
de cuir repoussé burinés d’histoire et de travaux

nous avançons nous avançons le front comme un delta
« Good-bye farewell ! »
nous reviendrons nous aurons à dos le passé
et à force d’avoir pris en haine toutes les servitudes
nous serons devenus des bêtes féroces de l’espoir


MIRON, Gaston, L’Homme rapaillé, Montréal, l’Hexagone, 1994

Je l’ai découvert récemment. Ses musiques sont fraîches comme une brise de bord de mer en Gaspésie. On peut en prendre une bonne bouffée ici.

[bandcamp album=913283599  bgcol=FFFFFF linkcol=4285BB size=venti]

(Le très polyvalent guitariste André Lavergne et le réalisateur multi-instrumentiste David Brunet ont collaboré à l’album.)

Patrice Michaud fera la première partie des Douzes Hommes Rapaillés les 17 et 18 juin au Théâtre Maisonneuve. On peut acheter des billets ici.

La corneille

Corneille, ma noire
corneille qui me saoules
opâque et envoûtante
venue pour posséder ta saison et ta déscendance
 
Déjà l’été goûte un soleil de mûres
déjà tu conjoins en ton vol la terre et l’espace
au plus bas de l’air de même qu’en sa hauteur
et dans le profond des champs et des clôtures
s’éveille dans ton appel l’intimité prochaine
du grand corps brûlant de juillet
 
Corneille, ma noire
parmi l’avril friselis*
 
Avec l’alcool des chaleurs nouvelles
la peau s’écarquillent et tu me rends
bric-à-brac sur mon aire sauvage et fou braque
dans tous les coins et recoins de moi-même
j’ai mille animaux et plantes par la tête
mon sang dans l’air remue comme une haleine
 
Corneille, ma noire
jusqu’en ma moelle
 
Tu me fais prendre la femme que j’aime
du même trébuchant et même
tragique croassement rauque et souverain
dans l’immémoriale et la réciproque
secousse de nos corps**
 
Corneille, ma noire

          – – – – –

* lors de mes premières écoutes de cette pièce sur l’album Les Douze Hommes Rapaillés vol. 2 , chaque fois que j’entendais « parmi l’avril friselis », je croyais comprendre « parmi l’homme, ils frisent unis » Inutile de dire que je ne la comprenais vraiment pas (!) Ha, ha, ha !

** secousse de nos corps dans la chanson ; secousse des corps dans le texte

© Gaston Miron, L’homme Rapaillé, Montréal, Typo, 1996

La corneille n’étant pas encore disponible sur youtube, je vous propose ici Soir tourmente/le vieil Ossian chanté par Daniel Lavoie. [youtube=http://www.youtube.com/watch?v=Vpf3n4UlClA]

Il y a presque deux ans sortait un album qui était, en quelques sorte, un hommage musical à la poésie de Gaston Miron. Aujourd’hui, les hommes rapaillés récidivent et nous offrent une relecture musicale des mots et maux de Miron.

Le premier opus s’est instantanément frayé un chemin au sommet de mes disques préférés. Les mots y sont boulversants et humains d’une fraîcheur aïgue.

Voici les interprètes qui livrent la marchandise …:

  1. Yann Perreau
  2. Michel Rivard
  3. Martin Léon
  4. Pierre Flynn
  5. Vincent Vallières
  6. Richard Séguin
  7. Yves Lambert
  8. Michel Faubert
  9. Daniel Lavoie
  10. Louis-Jean Cormier
  11. Gilles Bélanger
  12. Jim Corcoran

(Plume Latraverse nous livrait une version sentie de Désemparé sur le premier album.)

Voici un extrait signé Yann Perreau lors d’un passage de la bête de scène à Belle & Bum

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=snMblLLJcy4]

Voici maintenant un entretien avec les différents interprètes

Tout aussi poignant et réussi que le premier, le deuxième chapitre du projet Douze Hommes rapaillés redonne vie à la poésie de Gaston Miron à travers les voix de douze chanteurs d’ici. Plongeant au coeur des écrits de l’auteur, Voir s’est inspiré des poèmes mis en musique par le compositeur Gilles Bélanger pour poser une question à chaque homme rapaillé.

La Corneille

Interprète: Michel Faubert

Corneille, ma noire

Tu me fais prendre la femme que j’aime

Du même croassement rauque et souverain

Dans l’immémoriale et la réciproque

Secousse de nos corps

Dans les contes, les corneilles et les corbeaux symbolisent la mort. Pour l’auteur de L’Homme rapaillé, ici, l’oiseau noir évoque aussi un désir brûlant, inéluctable. À laquelle de ces deux fatalités pensiez-vous en enregistrant la chanson?

« Au Québec, beaucoup des contes transmis de génération en génération viennent de France, où l’imaginaire et le symbolisme ne sont pas les mêmes qu’ici. Pour les Français, les corneilles et les corbeaux sont associés à la mort, alors qu’au Québec, la corneille annonce l’arrivée du printemps, avec toute la montée du désir que ça comporte, ce qu’évoque ici Miron. Dans la région de Lanaudière, l’expression « la tempête des corneilles » désigne la dernière tempête de neige de l’année. C’est un peu la même chose avec l’imaginaire autour du loup. Dans les contes, on parle toujours du grand méchant loup, mais ici, les loups ont de l’espace, des montagnes, des forêts et des champs à explorer. Puisqu’il le voit moins souvent, le Québécois n’a pas vraiment peur du loup. »
Ma rose éternité

Interprète: Pierre Flynn

Comme aujourd’hui quand me quitte cette fille

Chaque fois j’ai saigné dur à n’en pas tarir

Par les sources et les noeuds qui m’enchevêtrent

Je ne suis plus qu’un homme descendu à sa boue

Magnifique Poème de séparation 1. Est-ce que, sans le vouloir, un interprète se remémore inévitablement de lourds chagrins d’amour personnels lorsque vient le temps de mordre dans la souffrance de tels écrits?

« Pas dans le cas qui nous concerne, et je ne crois pas que ce soit nécessaire. L’auteur a écrit dans le vif d’une séparation soudaine et dévastatrice. On est déjà transporté par le grand souffle de Miron, et Gilles Bélanger a bien compris ce côté haletant, éperdu, abandonné. Le parcours est déjà tracé. On s’accroche et on fonce en laissant agir les mots et la musique. Parfois quand je chante, les images envahissent ma tête. Mais souvent, c’est quelque chose de physique, de musculaire. La chanson vit dans notre corps et sa vibration aussi. Pour le meilleur ou le pire, notre vie est notre voix. »
Retour à nulle part

Interprète: Yves Lambert

Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver

Nous entrerons là où nous sommes déjà

Ça ne pourra pas car il n’est pas question

De laisser tomber notre espérance

Gaston Miron a écrit Retour à nulle part après la première défaite référendaire de 1980. Votre interprétation a capella a tout d’un chant patriotique. Quel message l’homme doit-il en retenir?

« Chanter cette chanson trente ans plus tard revêt pour moi, dans l’air du temps présent, une occasion de réaffirmer mes convictions politiques sur l’avenir du Québec que j’aime avec passion. Les deux négations du refrain ont pour but d’exprimer une affirmation positive et rappellent l’importance de l’autodétermination. Quand j’observe la mollesse de nos politiciens devant le totalitarisme industriel, il me paraît évident que de donner nos territoires sans retombées économiques valables soit une entrave au développement social, culturel et environnemental. En prenant pour acquis que l’addition de deux négatifs nous donne un positif, les chances sont bonnes pour le prochain référendum! »
Sentant la glaise

Interprète: Jim Corcoran

Sentant la glaise le sanglot

J’ai aussi, que j’ai

La vie comme black-out

Sommeil blanc

Dans cet extrait de Six Courtepointes, Gaston Miron utilise pour une rare fois un terme anglophone. Vous qui présentez la culture québécoise au reste du Canada par le biais de votre émission de radio À Propos diffusée sur les ondes de la CBC, comment introduisez-vous Miron à nos compatriotes anglophones?

« Je ne me gêne pas pour dire au public anglophone à quel point Gaston Miron était un indépendantiste farouche et un ardent militant pour l’identité culturelle québécoise. Impossible de le passer sous silence, c’est l’une des définitions de Miron. Contrairement à bien des auteurs que je présente, je ne traduis pas les écrits de Miron à la radio. Je les récite en français parce que je ne comprends pas tout Miron. Ce qui est très bien ainsi. Les choses trop faciles à consommer, trop rapidement comestibles, ont une date d’expiration. »
Oh secourez-moi!

Interprète: Michel Rivard

Comme on fait pour les noyés de l’eau noire

Qui passent sous le pont du bout de l’île

Dans le charroi morne des glaces

et des soleils moirés

Secourez-moi

Peut-être un peu naïvement, ce passage nous a rappelé L’Oubli, cette pièce que vous avez écrite sur Claude Jutra. Quel lien voyez-vous entre Secourez-moi et les dernières années de la vie du cinéaste qui a préféré le suicide à l’alzheimer?

« Le seul lien que je puisse voir en est un de synchronicité, et j’avoue bien humblement qu’il m’a échappé jusqu’à ce que vous me posiez la question. Les images qui déferlent en moi à la lecture ou à l’interprétation des textes de Miron sont à l’extrême opposé de l’anecdotique. C’est pour moi une poésie de l’essentiel insaisissable, de la précision dans l’intangible… Chaque fois que je chante Secourez-moi, je suis littéralement transporté par la musique des mots et tout ce qu’ils véhiculent de possibilités humaines. »
Au long de tes hanches

Interprète: Louis-Jean Cormier

Si j’étais mort avant de te connaître

Ma vie n’aurait été que fil rompu

Pour la mémoire et pour la trace

Je n’aurais rien su

Sur cet extrait très personnel de L’Amour et le Militant, vos arrangements se veulent dépouillés et vaporeux, échafaudés à partir de chants planants et de bruits de vent. Est-ce les textes de Miron qui dictent ici vos enrobages ou les interprètes choisis?

« Pour moi, ce qui dicte l’arrangement des chansons, c’est tout d’abord le mariage entre le texte de Miron et la musique de Bélanger, ce qui ressort de la version guitare-voix, ce que je ressens. Après avoir remanié la forme, cherché à trouver la structure la plus cohérente, je vois souvent le tableau final. Je peux aussi penser à l’interprète qui la chantera et influencer la direction vers son habitat naturel, mais j’essaie surtout d’avoir un ensemble de 12 chansons homogènes. Il arrive aussi qu’il y ait des flashs comme dans Au long de tes hanches où j’ai eu le goût de chanter sur la terrasse du studio et de capter le bruit de l’autoroute pour rappeler celui de la mer. Méchant contraste, méchant contrat. »
Compagnon des Amériques

Interprète: Richard Séguin

Dans la liberté criée de débris d’embâcle

Compagnons des Amériques

Nos feux de position s’allument vers le large

L’aïeule prière à nos doigts défaillante

La pauvreté luisant comme des fers à nos chevilles

Autant porteuse d’espérance et de liberté que d’injustice et d’asservissement, l’Amérique fascine. Y a-t-il un lien entre l’Amérique ici évoquée par Miron et celle à laquelle vous faites référence dans Journée d’Amérique?

« Nous sommes les héritiers de toute une génération de poètes qui ont provoqué la grande transformation sociale du Québec. Moi et Marc Chabot (coauteur de la chanson Journée d’Amérique) voulions nous approprier notre propre vision de l’autre Amérique. Une journée comme le prolongement d’une vie en terre du Québec. La vie d’un homme qui porte ses rêves, son histoire et ses combats dans la poitrine. Terminer la chanson avec « Vingt-quatre heures de combat » faisait ainsi écho à l’éveil de notre condition sociale. Ce Québec d’aujourd’hui, je le vois silencieux, son souffle est court, son sol encaisse les vieilles blessures, ses lois 101 s’effritent dans les tranchées. La parole de Miron est toujours d’actualité, car tout reste à faire et tout appelle à une vigilance par rapport à nos choix de société et conséquemment avec le politique. Les mots de Miron ont encore plus de force aujourd’hui, une force essentielle, celle qui nomme la longue quête individuelle et collective, celle qui donne une conscience de notre existence dans cette partie de l’Amérique. »
Amour sauvage, amour

Interprète: Yann Perreau

Amour, sauvage amour de mon sang dans l’ombre

Mouvant visage du vent dans les broussailles

Femme, il me faut t’aimer femme de mon âge

Comme le temps précieux et blond du sablier

Dans cet extrait de L’Amour et le Militant, l’auteur célèbre un amour sauvage qui perdure malgré l’épreuve du temps et de l’âge. Est-ce que le jeune fougueux et ardent en vous y a vu une utopie?

« Non. L’amour est un défi, et j’aime les défis. La poésie de Gaston Miron me dit qu’il était un passionné, un batailleur, un amoureux, un homme courageux… Un homme intelligent et plein de gros bon sens. Il n’y a rien d’utopique là-dedans. »
Soir tourmente/Le Vieil Ossian

Interprète: Daniel Lavoie

Certains soirs d’hiver, lorsque, dehors,

Comme nouvellement

Il fait nuit dans la neige même

Les maisons voyagent chacune pour soi

Quel lien faites-vous entre Soir tourmente, un texte saisissant sur la mort de l’homme, et Le Vieil Ossian (fortement inspiré du froid hivernal) pour les juxtaposer ainsi?

« À vrai dire, je ne vois pas tellement Soir tourmente comme un poème sur la mort de l’homme autant que sur la conscience d’être, sur la vie en fait. Nous mourons tous, tous les jours à petites lampées. Si j’avais à faire un lien, et j’ai, évidemment, vu la question, je dirais que Le Vieil Ossian vient faire un contrepoids jubilatoire à ce constat bien vrai, mais quand même triste, que la mort nous accompagne tous les jours de notre vie. Le lien, une conscience intense de la vie et de la mort, de la beauté et de la magie qui sont là, dans la matière même de l’univers. »
Nature vivante

Interprète: Gilles Bélanger

En un tourbillon du coeur dans le corps entier

Comme un ciel défaillant tu viens t’allonger

En un tourbillon du coeur dans le corps entier

Mes paumes te portent comme la mer

Cet extrait et bien d’autres démontrent à quel point Gaston Miron a toujours accordé une importance capitale à la musicalité de ses poèmes, au point d’en faire une exigence. Comment avez-vous laissé cette musicalité guider vos compositions pour le projet Douze Hommes rapaillés?

« Gaston Miron était le poète de l’oralité; le recueil de poèmes n’était pas la finalité. Il défendait ses poèmes sur la place publique. Je suppose que, comme il y a eu plusieurs versions de L’Homme rapaillé où il apportait des corrections, c’est sur le terrain qu’il découvrait le mot juste, une faiblesse ou une longueur. Pour moi, les textes de Gaston Miron chantent déjà, de là le bonheur de les mettre en musique. »
Avec toi

Interprète: Martin Léon

Je suis un homme simple avec

Des mots qui peinent

Et je ne sais pas écrire en poète éblouissant

Je suis tué (cent fois je fus tué), un tué rebelle

Vrai que Gaston Miron, homme du peuple, se distingue par une poésie aux mots simples, mais aux images fortes. Est-ce l’ultime but d’un chansonnier, être aussi évocateur et en même temps si simple?

« Idéalement, oui, mais ce n’est pas vraiment la première étape au moment d’écrire. L’essence de la démarche demeure d’abord assez simple: avoir quelque chose à dire, le ressentir vraiment, prendre un crayon, y aller avec son coeur, aimer le résultat, aimer l’offrir. Pour le reste, la force d’évocation et la grandeur d’un texte vont beaucoup selon la sensibilité et le talent de chacun. C’est comme ça. Il y aura toujours plus grand et plus petit que soi. Mieux vaut alors y aller tout simplement avec sincérité et au meilleur de nous-mêmes. C’est un des buts ultimes, ça aussi. »
Le Camarade

Interprète: Vincent Vallières

Tu allais Jean Corbo au rendez-vous de ton geste

Tandis qu’un vent souterrain tonnait et cognait

Pour des années à venir

Dans les entonnoirs de l’espérance

Qui donc démêlera la mort de l’avenir

Le Camarade est un poème sur Jean Corbo, jeune felquiste mort en posant une bombe qui lui explosa entre les mains. Quelle image est la plus marquante, le désir de changer les choses au péril de sa vie ou la triste fin d’un révolutionnaire tué par sa propre révolution?

« Pour moi, Le Camarade est un hommage lucide à un jeune idéaliste maladroit. On ressent dans ce poème une grande conscience de la fatalité. L’image de la triste fin d’un révolutionnaire tué par sa propre révolution suggère un cynisme qui n’existe pas chez Miron. Celle du désir de changer les choses au péril de sa vie glorifie un peu trop le geste de Corbo. Qu’à cela ne tienne, un jeune homme doit être certes désespéré, malheureux, aliéné et exploité pour en arriver à poser un tel geste. En 2010 au Québec, sommes-nous encore prêts à mourir pour des idées? »

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MIRON ET LA MUSIQUE

On savait déjà que la poésie de Gaston Miron et la musique faisaient bon ménage. Ses textes, d’abord, en sont remplis, de musique. Il suffit de les dire à voix haute pour saisir aussitôt la maîtrise rythmique de leur auteur, sa conscience aiguë de la matière sonore.
Et puis sur scène, Miron aimait bien chanter et s’accompagner à la ruine-babines, dont lui plaisaient sans doute les sons à la fois plaintifs et rassembleurs – on trouvera d’ailleurs aisément des vidéos du Magnifique en action en tapant les mots « Gaston Miron chante » dans le moteur de recherche de YouTube.
Vers la fin de sa vie, le poète conjugue comme jamais la musique à la poésie en montant, épaulé des musiciens Bernard Buisson et Pierre St-Jak, le spectacle La Marche à l’amour, qu’ils donneront un peu partout au Québec et dont un disque sera tiré en 1992, lors d’une représentation à La Licorne.
Gaston Miron serait comblé de voir les chemins qu’emprunte aujourd’hui sa poésie, chantée depuis quelques années par Chloé Sainte-Marie, puis maintenant par ces Douze Hommes rapaillés qui non seulement en saisissent toute la portée musicale, mais en préservent aussi l’essence politique et identitaire.
Une notion fondamentale, pour qui veut comprendre pleinement le legs de celui qui disait en 1978, en recevant le prix Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal: « Quand je me bats, c’est pour ma différence, c’est-à-dire ma culture au monde. C’est ma version à moi de vivre l’humanité. Et cette version est une contribution et un enrichissement à la culture universelle. » (Tristan Malavoy-Racine)

(source)

«Je ne suis pas revenu pour revenir, je suis arrivé à ce qui commence.»

Gaston Miron, liminaire de l’Homme Rapaillé