Pensées du vendredi : l’angoisse de la page blanche (Brian Eno)

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Il nous arrive tous un jour ou l’autre d’y être confronter. Voici quelques idées émises à ce sujet par l’ami Brian Eno.

«Quelques artistes qui ne censurent pas leur propre travail: Picasso, Miles Davis, Prince. Ce sont des gens qui mettent cartes sur table, et sont peu portés vers l’auto-critique ou l’auto-censure. Ils disent, « Laisse le marché décider; laisse le monde décider. » On n’est peu-être pas bien placé pour juger soi-même.

C’est une forme d’humilité. À vrai dire, un mélange d’arrogance qui dit, « Je sais que j’ai du talent à revendre », et de l’humilité qui dit, « Je ne suis pas celui qui peut décider ».»

«C’est honteux de voir combien la production de disques peut être long de nos jours. Mais mon nom est M. Radin, M. Coupe-les-Options. Je crois que c’est une des raisons que les gens aiment travailler avec moi, car je dis, « Fais ceci, c’est correct, nous y arriverons. »

L’important ce n’est pas d’explorer toutes les options. C’est d’en faire fonctionner une.»

«Lorsqu’on a recours à l’auto-censure, on peut se débarasser autant des bons bouts que des mauvais.»

«Aussitôt qu’on extériorise une idée, on y voit des aspects qui n’étaient pas clairs lorsqu’elle ne faisait que flotter dans sa tête.»

«Je commence surtout en faisant une belle pagaille, puis voir si je peux m’en sortir.
Si le premier pas est brillant, on se retrouve dans de beaux draps. On ne sait pas trop comment le suivre; on a peur de le gâcher. Alors faire la pagaille est un bon début – et pour cela je suis très habile.»

«Aussitôt que j’avais défini la forme de la chanson, je faisais un plan sur papier, en y ébauchant tous les espaces où je voulais des mots, et je la fredonnais avec tout ce qui me passait par l’esprit. Chaque fois que je tombais sur une phrase qui j’aimais, je l’écrivais dans sa case particulière du canevas.

J’arrivais peu à peu à une sorte de document ‘trouvé’ composé de morceaux à demi obscurci – et tout ce qu’il me restait à faire était de remplir les vides en reconstituant ce que je croyais être le sens de chaque parole. Au fait, de l’écriture automatique.»

«Pensez à la culture comme un grand jardin, elle a aussi besoin de compost. Plusieurs font des choses peu dramatiques ou radicales ou même peu intéressantes; ce ne sont que de fonctions digestives. On conjugue et on essaie plusieurs petites choses.

Si vous pensez à la musique de cette façon, cela rend bien plus facile l’idée qu’il y a peut-être beaucoup de choses que vous ne voulez plus entendre. Elles arrivent et elles meurent et elles deviennent le compost qui aidera autre chose à pousser.»

Et une autre de Jeff Kauppi

«L’avis est comme une couche.
Il doit être changé à l’occasion sinon il commence à puer.»

À écouter : éloge de la page blanche de l’ami Jim Corcoran

Source : Musicthoughts.com

Une réflexion au sujet de « Pensées du vendredi : l’angoisse de la page blanche (Brian Eno) »

  1. Pour ma part, c’est un mythe qui ne fait peur qu’aux enfants. Certains finissent par succomber à la tentation de goûter à ce genre de tourments quelque peu romanesque. Sinon, il ne faut pas nier que l’être humain n’est pas une machine et à ce titre il ne peut pas produire sans interruption. Il faut parfois s’accorder des pauses et l’écriture revient naturellement. La crise, l’angoisse de la page blanche, ne s’installe que si l’on refuse cet état provisoire, comme i on voulait s’empêcher de dormir, ainsi on lutte contre soi-même, on cesse de s’écouter et on devient aussi vide que cette page que l’on tente en vain de remplir.

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