Pensée du vendredi : l’interprétation musicale selon Nadia Boulanger

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«Au mot « interpréter », j’ai toujours préféré le mot « transmettre » qui me semble mieux rendre compte de ce que devrait être l’attitude de ceux qui sont chargés de porter de la lumière sur une oeuvre. Il fut une époque où l’on s’octroyait tous les droits, où l’oeuvre était livrée au vandalisme des interprètes. Or pour moi, dès que c’est l’interprète qui domine, le jeu est faussé. L’interprète gagne mais l’oeuvre perd. Au fond, une interprétation sublime est une interprétation qui fait que j’oublie le compositeur, que j’oublie l’interprète, que je m’oublie moi-même ; j’oublie tout excepter le chef-d’oeuvre : je suis devant le Titus à la National Gallery de Londres ; s’il est mal éclairé, je ne le vois pas, mais il est là. Il s’agit de le mettre à une place telle que je puisse le voir.

Je crois que l’oeuvre d’art domine l’ensemble de tous les interprètes.»

 

«[…] c’est pour moi rendre hommage à son rôle [l’interprète] que de dire : celui qui disparaît, celui-là est l’interprète suprême. Il faut que l’interprète soit extraordinaire pour rendre tout son être, toute son identité à l’oeuvre, en s’immergeant dans l’oeuvre, au lieu de ramener l’oeuvre à lui, ce qu’il fait fatalement dans une certaine mesure. Mais je crois qu’il doit ne penser qu’à l’oeuvre.»

Monsaingeon, Bruno, Mademoiselle, Paris, Éditions Van de Velde, 1977,  pp 97-98

Voici un extrait du film Mademoiselle du même Bruno Monsaigeon (il y a un passage particulièrement intéressant à partir de la septième minute.)

«Alors quand vous composez, j’aime mieux que vous vous trompiez si vous vous trompez mais que vous restiez naturel que vous restiez libre que si vous commencez à vouloir paraître autre que ce que vous êtes. »

«On peut chercher pour de bonnes raisons ou on peut chercher pour de mauvaises raisons. Si on cherche pour cacher sa misère, on a tort ; si on cherche pour dire que l’on voudrait vraiment dire on le doit. »