La campagne «Adoptez un musicien» : Sylvain Picard, un musicien de jazz assez éclectique

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Dans le cadre du programme adoptez un musicien du Conseil Québécois de la Musique (CQM), j’ai récemment donné une entrevue à au site Pieuvre.ca.

Voici les propos recueillis par Caroline Lévesque (@CaroLevek)

C’est autour d’un bon café, par un matin automnal au marché Jean-Talon, que nous avons discuté avec Sylvain Picard, guitariste de jazz. Le but n’était pas tellement de parler de ses projets musicaux, mais plutôt d’aborder le sujet des autres intérêts qui l’animent et ainsi découvrir qui se cache derrière le musicien d’adoption. Notre journaliste ne pouvait cependant pas évacuer la question de la place du jazz dans sa vie afin de mieux comprendre ses autres passions. Portrait d’un musicien féru des arts martiaux, de bons vins et de politique.

Photo: © 2012 Dan Baragar

Visiblement, Sylvain Picard affectionne l’endroit de notre rencontre. « Je fais toutes mes épiceries au Marché Jean-Talon. C’est ici qu’il y a les meilleurs prix, les gens sont fins et on y trouve les meilleures pommes au monde. Quand tu ne peux pas aller dans un verger, elles sont ici ». Il habite d’ailleurs dans Villeray, un quartier qu’il apprécie pour son atmosphère agréable et ses nombreux petits cafés.

Passer du punk au jazz en quelques mois

L’homme de 33 ans est définitivement un artiste passionné. Il a commencé à écouter de la musique jazz à l’âge de 18 ans alors qu’il étudiait au cégep en technique administrative, en Outaouais. Avant cette période, il avait une préférence pour le rock progressif et le heavy métal, et affectionnait particulièrement les groupes punks de la vague londonienne et californienne de la fin des années 1970. « Subhumans, Dead Kennedeys, Sex Pistols… J’écoutais les punks qui ne faisaient pas de vidéos… Les vrais punks! » Comment a-t-il pu soudainement passer de l’anarcho-punk au jazz? « Je suis rentré dans la musique jazz parce que je sentais que j’étais arrivé au bout de ce que je pouvais sortir en rock progressif. »

Il est donc parti de Hull, sa ville d’origine, pour aller étudier à l’Université Concordia en musique où il s’est spécialisé en écriture et arrangements. Il peut maintenant écrire des partitions pour tous les instruments, même s’il ne joue pas de ceux-ci: « Cuivres, trompette, trombone, cor français, tuba et batterie… Je comprends comment ces instruments fonctionnent à partir de principes d’orchestration. La connaissance de ces principes, additionnée à une connaissance musicale, permet de bien traduire les idées. »

L’art de savoir acheter sa bière en mandarin au dépanneur du coin

Très curieux de nature, Sylvain Picard est un autodidacte. Nous avons été surpris d’apprendre qu’il maîtrise des notions de mandarin. « J’ai acheté un DVD de mandarin et j’ai fait des essais dans des dépanneurs et des restos chinois, et ça marche! » Le musicien nous a fait une démonstration de ses apprentissages en lançant sur un ton lyrique la phrase « je prendrais bien une petite bière » dans la langue en question. « Ce sont des affaires importantes à savoir, nous dit-il, très pince-sans-rire. Je suis toujours impressionné quand on me répond. Je me dis: “merde, je n’ai rien compris!” »

Outre la bière achetée en parlant chinois au dépanneur du coin, Sylvain Picard aime le bon vin. « Il y a des vins de semaine, et il y a des vins de fin de semaine ». Il voit d’ailleurs un lien évident entre la musique et le vin: « La musique peut être comme un bon syrah australien que tu as envie de déguster en prenant ton temps, en partageant ça tranquillement, langoureusement ou prestement avec du monde. »

Pour en revenir sur la question du mandarin, pourquoi cette langue en particulier? « Ça fait huit ans que je fais des arts martiaux. Kung-fu, wing-chun… Ça m’a amené à étudier la culture chinoise. Actuellement, je fais du tai-chi martial: c’est une forme de tai-chi qui permet, à partir des mouvements, de savoir comment dégager de la force. » Le musicien fait quotidiennement une heure et demie de tai-chi qu’il pratique au parc Jarry, dans son quartier. La pratique du tai-chi est devenue pour lui un mode de vie, et il ne peut s’en passer. « Je ne peux pas faire cela à moitié, c’est comme la musique. »

Le musicien de jazz en est venu à faire des liens entre les arts qu’il pratique. Cette hybridité des domaines se traduit aussi dans sa manière d’aborder le mouvement. « Si tu as une progression d’accords à jouer et si tu as développé cette pensée-là dans une autre gestuelle, c’est plus facile de l’apporter et vice versa. »

Les réflexions politiques québécoises

Quand nous l’avons interrogé sur les lectures qu’il préfère, il nous a répondu sans hésiter qu’il aime les réflexions des essayistes québécois. « J’aime de plus en plus la politique. J’adore Pierre Vadeboncoeur, un intello québécois décédé en 2010. C’est un contemporain de Michel Chartrand. Un penseur québécois important. » Il trouve d’ailleurs qu’au Québec, nous ne connaissons pas assez nos intellectuels, qui sont souvent cloisonnés dans leur tour d’ivoire…

En terminant, nous lui avons demandé comment il s’y prend pour se démarquer dans son art, ce qui n’est pas toujours simple en tant qu’artiste. « Je fais de la musique comme je la sens, j’essaie d’aller au fond de ça. Plus tu te donnes dans ta démarche et que tu as les outils pour la traduire de façon concrète, plus ça peut être reçu avec passion. Peu importe le projet, il faut s’investir et trouver des gens susceptibles d’avoir ce même intérêt-là. Le défi est de rejoindre les personnes intéressées. » C’est d’ailleurs un bonheur pour lui de savoir qu’il peut aller chercher l’intérêt d’un public qui n’est pas à la base familier avec le jazz.

source : http://www.pieuvre.ca/2012/10/17/culturel-adoptez-musicien-picard/