Comment chanter Scelsi?

Publié le Publié dans Pensée du vendredi

Giancinto Scelsi est un compositeur dont les œuvres suscitent les passions, tant chez ses admirateurs que chez ses détracteurs.

Voici un extrait d’un entretien entre lui et une interprète qui se demandait comment livrer sa pièce.

« En 1961, j’ai fait un certain travail avec Michiko Hirayama. Elle venait ici, chez moi, à Rome deux fois par semaine. Dans un certain sens, je lui ai suggéré la manière de chanter mes compositions. Non pas comme un professeur de chant – je n’y connais rien –, mais par exemple, je lui ai dit :
“Tu as été sur mer, dans un bateau?
– Oui.
– As-tu déjà eu le mal de mer?
– Oui.
– Qu’est-ce que tu fais?
– Je fais aaaahhh!
– Alors, c’est ça. Tu fais comme ça. Sur ces notes-là, tu vomis.”

Mais si je devais lui expliquer comment elle doit prendre son souffle, comment passer ou comment fermer ou ouvrir la respiration… ça, je ne saurais le faire. Une autre fois, je lui ai dit : « tu rentres le soir chez toi, tu ouvres la porte. Tu trouves dans le noir un homme qui est là, devant toi. Qu’est-ce que tu fais? » « Je hurle » « Eh bien, hurle! » Ça ce sont des choses psychologiques que l’on peut faire. Autrement, elle n’aurait pas chanté de cette manière. On ne peut pas écrire ça sur une partition. »

Extrait de KANACH, Sharon Giacinto Scelsi : les anges sont ailleurs, textes inédits recueillis et commentés par Sharon Kanach, Paris, Actes Sud, 2006, pp.78-79