Category: Tradition québécoise

«Il a fallu s’aimer et posséder son âme pour apprendre à la partager.» dans Avec nos mots

Michel Rivard demande à Vigneault :

«Gilles, avec toutes les chansons que t’as écrites et composées, on peut se demander si tu doutes des fois. Doutes-tu?»

et Vigeault de répondre «Lorsque le doute m’empêche d’avancer, je doute du doute.»

(tiré d’une émission Fréquence Libre)

L’ensemble fleur de lys s’appelle maintenant Pic et les blancs de mémoire

 

Comment sonne une rencontre musicale entre la musique de Vigneault, Desjardins, Leloup et celle de Mingus? Ça nous donne Pic et les blancs de mémoire. Un festif octuor jazz qui joue des arrangements braques et cuivrés de chansons québécoises. De la Bolduc à Karkwa, Sylvain Picard (Pic) signe des arrangements ludiques de ces pièces de notre terroir. Amateurs de jazz, de Chanson et d’audace musicale peuvent entonner avec nos heureux amnésiques ces fragments historiques.

Depuis 2004, nos huit larrons en foire promènent sur les routes quelques parcelles de notre terroir. En 2006 paraissait l’album Le retour aux souches qui allait être sélectionné comme un des meilleurs albums jazz de l’année (Denis Lapierre, Radio-Canada).  Les trois années suivantes, le groupe s’est produit sur de grandes scènes, entre autres celle de la St-Jean au Parc Jarry.

Inspiré par les événements sociopolitiques du printemps, Pic lance Nous sommes arrivés à ce qui commence, un nouveau concert pour 2012.

À l’origine du nom
Pic est un diminutif du nom de famille de Sylvain Picard, instigateur et arrangeur/guitariste du projet.  Blanc de mémoire est un clin d’oeil à la devise du Québec «je me souviens».

Salut, salut!

Voici quelques dates de concert auxquels je prendrai part cette année.

Au plaisir de s’y voir et de placoter!

  • 19 février, 15h30 à 17h30, Montréal, Concert bouclé en solo, café Rico (969, Rachel est, au coin de boyer)

Riiico

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Classique de Michel Berger repris en guitare jazz et boucles

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On raconte que les journalistes du journal le Devoir, dans ses premières années d’existence, étaient payés au mérite. Le fondateur de la station de métro, Henri Bourrassa, ajoutait «50 sous à un dollars pour chaque article bien tourné.

««Pourquoi portez-vous votre casquette sur le côté de la tête?» Demanda un jour le fondateur à un jeune messager. «Monsieur Bourrassa, quand on travaille au Devoir, c’est tout ce qu’on peut se mettre de côté», avait rétorqué le jeune employé.

Hier, j’ai présenté la musique de Fred Pellerin à un de mes élèves. J’ai demandé à ce dernier ce qu’il en pensait. Celui-ci m’a répondu avec un quelconque dégoût «j’ai de la misère avec le joual.» Je trouvais que son attitude face à sa propre langue représentait de façon évidente un exemple du phénomène de colonisation.

Ça m’a rappelé ce texte que Gaston Miron à écrit en 1973 sur la chose:

Décoloniser la langue

Quelle est la situation de la langue au Québec?

Je veux préciser que je ne suis pas linguiste. Lorsque je parle de langue, la mienne, la nôtre, c’est en relation avec un travail de parle et d’écriture qui est le mien comme écrivain. Mon propos découle davantage d’une réflexion sur la langue et d’observations sociolinguistiques que d’étude de la langue en soi. En cours de route, soit pour communiquer, soit pour m’exprimer, j’ai pris conscience de carences linguistiques, de difficultés du même ordre, qui avaient provoqué des traumatismes et des conflits chez moi.

C’est alors que je me suis remis en question non seulement dans ma pratique d’écrivain mais comme sujet parlant dans ma société. J’ai fait pour mon compte une sorte de procès de mon langage, et principalement de la langue qui est une modalité particulière du langage, qui est instrument de communication dans sa fonction essentielle, de «compréhension mutuelle», dit André Martinet.

J’ai cherché à comprendre comment la langue fonctionnait chez moi et quelle était le fonctionnement de la langue commune à l’échelle de mon entourage et de la communauté. Peu à peu s’est imposé à moi le constat que j’étais devenu, pour une bonne part, étranger à ma propre langue, que celle-ci subissait à mon insu l’intrusion d’une autre langue, en l’occurence l’anglais. Je ne savais pas l’anglais, et cependant j’étais un unilingue sous-bilingue: je savais une centaine d’expressions toutes faites comme where is Peel Street?, qui me permettent d’être fonctionnel et directionnel dans cette société.

Quand je lisais: Glissant si humide, je croyais que c’était du français, je comprenais parce qu’en même temps je lisais Slippery when wet, alors que c’est de l’anglais en français, c’est l’altérité. Pendant dix ans j’ai emprunté des centaines de fois les autoroutes sans tiquer au sujet de la signalisation: Automobiles avec monnaie exacte seulement/Automobiles with exact change onlyPartez au vert/Go on green, etc., et j’ai constaté que des milliers d’usagers en faisaient autant.

Un jour, j’ai ressenti un étrange malaise, presque schizophrénique. Je ne savais plus dans ce bilinguisme instantané, colonial, reconnaître mes signes, reconnaître que ce n’était plus du français. Cette coupure, ce fait de devenir étranger à sa propre langue, sans s’en apercevoir, c’est une forme d’aliénation (linguistique) qui reflète et renvoie à une aliénation plus globale qui est le fait de l’homme canadien-français, puis québécois, dans sa société, par rapport à sa culture et à l’exercice de ses pouvoirs politiques et économiques.

Cette situation existe-t-elle toujours?

[…] Notre langue comme outil de communication, et même d’expression, est toujours dans une situation prépondérante de diglossie. Ce terme désignerait une situation où une communauté utilise, suivant les circonstances, un idiome plus familier et de moindre prestige (le français) ou un autre perçu comme plus savant, plus recherché et prestigieux (l’anglais). Mais la situation est encore plus complexe car non-seulement sommes nous au prise avec un idiome perçu comme prestigieux (l’anglais), mais à l’intérieur même des dialectes québécois et français certains voudraient nous faire adhérer à un dialecte lui aussi perçu comme prestigieux: le français international.

Là encore, , cette situation renvoie au statut du sujet parlant, l’homme québécois, son statut social dans la société canadian, et dans sa propre société où il est majoritaire. Pourtant sa langue n’est le signe d’aucune promotion sociale, d’aucune mobilité verticale, sauf dans les cas où la société québécoise constitue un marché. Il n’est relativement à l’aise pour sa communication que dans les domaines de l’intériorité culturelle: la religion, l’école, la famille, les services, les manifestations spécifiquement culturelles. Ces domaines correspondent d’ailleurs aux pouvoirs partiels dont il dispose à Québec, que ses pères ont durement négociés et payés par le passé, au prix d’échecs et de guérillas parlementaires, et sur lesquelles il s’appuie pour résister, pour se survivre comme entité culturelle et linguistique distincte.

[…]

Il en vient à percevoir sa culture, et sa langue qui en est le produit, comme dévalorisées, pour usage domestique seulement. […] L’homme québécois n’est pas à blâmer pour cette situation, il n’a pas à rougir non plus de sa langue commune qui se dégage de l’ensemble de ses dialectes, qui tient le coup. Les responsables, se sont les élites politiques et bourgeoises en collusion avec la minorité possédante canadian du Québec et le centralisme d’Ottawa, qui le maintiennent sur son propre territoire dans un modèle de société coloniale infériorisant.

Cet extrait est tiré du recueil monument de Gaston Miron, L’homme rapaillé paru en 1998 aux Éditions Typo, pp. 207-218

Bonne année !

Dumas le 30 décembre au National

Le 30 décembre dernier, sur un coup de tête, je suis allé écouter Dumas au National. J’y suis allé sans attente ne connaissant pas l’oeuvre de l’artiste. Wow! J’ai été fasciné par la simplicité et l’efficacité de ses musiques. Il était accompagné, entre autres, par le Dr. Joss Tellier à la guitare électrique (toujours à propos).

La foule entonnait les pièces. Dumas jouait l’animateur de foule comblé. Un beau moment.

Fred Pellerin et son nouvel album Silence

Wow! D’une simplicité éloquente, ce disque de notre Conteux transpire l’émotion. Dans une production résolument simple de Jeannot Bournival, Fred chante ici des pièces qu’il présentait entre ses monologues. Mes coups de coeur sont là-bas (que Fabiola Toupin lui avait présentée) et le petit garçon (la petite fille) (popularisée par Reggiani).

Avec Silence, on se sent bien. Chez nous.

Haïku à faire frire

Dans l’Outaouais, pendant les fêtes, il a verglacé… Les arbres étaient superbes. Leur beauté invitante m’a inspiré cet haïku :

Soleil d’après verglas
Fête de cristal
Dans les bois

Il y a 13 ans maintenant s’éteignait un grand poète québécois : Gaston Miron.

Son recueil de poème le plus connu est l’homme rapaillé. Récemment, en 2003, un recueil du nom de poèmes épars a vu le jour.

En novembre 2008 paraissait 12 hommes rapaillés un album de poèmes de Miron mis en musique par Gilles Bélanger et réalisé par Louis-Jean Cormier. C’est un album riche à découvrir.

Voici quelques extraits tirés de l’homme rapaillé :

la marche à l’amour

je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi
lentement je m’affale de tout mon long dans l’âme

je marche à toi, je titube à toi, je bois
à la gourde vide du sens de la vie
à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud
à ces taloches de vent sans queue et sans tête

je n’ai plus de visage pour l’amour
je n’ai plus de visage pour rien de rien
parfois je m’assois par pitié de moi
j’ouvre les bras à la croix des sommeils

mon corps est un dernier réseaux de tics amoureux
avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus

je n’attends pas à demain je t’attends
je n’attends pas la fin du monde je t’attends
dégagé de la fausse auréole de ma vie

Je t’écris

Je t’écris pour te dire que je t’aime
que mon cœur qui voyage tous les jours
– le cœur parti dans la dernière neige
le cœur parti dans les yeux qui passent
le cœur parti dans le ciel d’hypnose –
revient le soir comme une bête atteinte

Qu’es-tu devenu toi comme hier
moi j’ai noir éclaté dans la tête
j’ai froid dans la main
j’ai l’ennui comme un disque rengaine
sans ta vague à mon corps
sans ta voix de mousse humide
c’est ma vie que j’ai mal en ton absence

Le temps saigne
quand donc aurai-je de tes nouvelles
je t’écris pour te dire que je t’aime
que tout finira dans tes bras amarré
que je t’attends dans la saison de nous deux
qu’un jour mon cœur s’est perdu dans sa peine
que sans toi il ne reviendra plus

La route que nous suivons

À la criée du salut nous voici
armés de désespoir

Au nord du monde nous pensions être à l’abri
loin des carnages de peuples
de ces malheurs de partout qui font la chronique
de ces choses ailleurs qui n’arrivent qu’aux autres
incrédules là même de notre perte
et tenant pour une grâce notre condition

soudain contre l’air égratigné de mouches à feu
je fus debout dans le noir du Bouclier
droit à l’écoute comme fil à plomb à la ronde
nous ne serons jamais plus des homme
si nos yeux se vident de leur mémoire

beau désaccord ma vie qui fonde la controverse
je ne récite plus mes leçons de deux mille ans
je me promène je hèle et je cours
cloche-alerte mêlée au paradis obsessionnel
tous les liserons des désirs fleurissent
dans mon sang tourne-vents
venez tous ceux qui oscillent à  l’encre des soirs
levons nos visages de terre cuite et nos mains
de cuir repoussé burinés d’histoire et de travaux

nous avançons nous avançons le front comme un delta
«Good-bye farewell !»
nous reviendrons nous aurons à dos le passé
à force d’avoir pris en haine toutes les servitudes
nous serons devenus des bêtes féroces de l’espoir