Category: Interprétation musicale

Il arrive parfois que la volonté de jouer une nouvelle pièce de musique soit si forte qu’elle presse l’élève de la jouer. Celui-ci veut l’interpréter parfaitement tout de suite et maintenant; il pratique trop vite en répétant invariablement les mêmes erreurs dans les passages difficiles. En fin de compte, la puissance de sa volonté combinée à une attention orienté vers l’avenir font que l’élève prend beaucoup de temps à atteindre ses objectifs.

Paradoxalement, il est plus rapide pour l’élève d’arriver à bien jouer une pièce en la pratiquant lentement. En pratiquant la pièce lentement, tout en respectant le rythme (et les nuances), l’élève s’habitue à goûter aux subtilités de la pièce. C’est comme s’il était en voyage : en auto (vitesse de pratique rapide), le paysage défile à tout allure et on ne sent presque rien; à vélo (vitesse de pratique moyenne), on a le temps de voir et d’humer les fragrances des champs et les arômes des fournées de pain chaud des boulangeries accueillantes ; à pied (vitesse de pratique lente), on a le temps de s’arrêter de discuter avec le monde et de savourer une crème glacée (ou une pizza, ou un café, alouette!)

Si un passage s’avère particulièrement difficile, il convient de le cibler et de le travailler avec le souci du tailleur de diamant : on l’explore lentement, on reconnaît ses particularités, on l’améliore l’interprétation à chaque répétition et, surtout, on le déguste. Une fois cette étape terminée, on joue la pièce dans son entier.

Lentement mais sûrement…

Dans la plupart des sports professionnels, les athlètes font des rituels avant d’effectuer leur performance sportive. Dans les arts martiaux, c’est la méditation et la visualisation de même que, dans certaines écoles traditionnelles, le salut aux ancêtres-fondateurs; les cyclistes du tour de France, quant à eux, s’étirent et reçoivent des massages.

En musique, il y a autant de rituels qu’il y a de musiciens. L’un d’eux consiste à s’asseoir confortablement et à écouter notre musique préférée du moment et à s’en laisser imprégner (pendant toute la pièce.) Un autre rituel qui commence bien la pratique consiste à accorder son instrument lentement et sûrement. Ce faisant, on accorde l’esprit, on se met au diapason de la pratique en se concentrant sur le sujet du jour (ex : mélodies, rythmes, progressions harmoniques et substitutions, accompagnement, «picking», techniques de main gauche, nuances, phrasé, visualisations, etc.)

À quoi sert la pratique (d’un instrument ou de toute forme d’art)?

La pratique sert à améliorer certains aspects techniques et à maintenir nos forces.

Sans y réfléchir, il est facile de tomber dans un piège : l’égo. Celui-ci fait en sorte que nous voulons nous sentir bien et fier de nous. Nous jouons donc ce que nous  connaissons déjà bien obtenant facilement un sentiment d’accomplissement éphémère.

Une des bonnes façons de pratiquer est de cibler les passages difficiles d’une pièce que nous apprenons. Ensuite, il s’agit de fignoler les détails d’exécution de chaque passage. Pour terminer, nous jouons la pièce au complet.

Il est certain que cette méthode peut, à prime à bord, donner un sentiment d’incompétence passager à l’interprète. Par contre, à long terme, la récompense sera proportionnelle à l’effort mis dans la pratique : plus on en donne, plus on en reçoit…

À garder en tête : intensité, soucis du détail, attention et, bien sûr, plaisir!

Connaître la musique (littéralement et de façon stylistique)

Respecter son histoire : Comment a-t-on interprété ce genre de musique par le passé?

Phrasé : Legato, staccato, angulaire, lié, «laid back», timbre, etc.

Direction : direction générale de la ligne mélodique (tend à aller vers le registre aigu ou grave)

Forme : microcosme de la direction

Développement thématique (mélodique/harmonique/rythmique)

Émotions («feeling»)

Individualisme (ton propre son) après consolidation des bases

Liberté – Le but ultime

Y en a-t-il d’autres à ajouter?

——————————————————————-

Ces mots-clefs proviennent d’une traduction libre de notes de cours improvisation jazz 3 donné par Charles Ellison à l’Université Concordia.

Voici l’original en anglais :

Keywords for improvisation

Know the music (literally and stylistically)

Respect it’s history

Direction

Shape

Thematic development (melodic/harmonic/rhythmic)

Feeling/soulfullness/emotion

Individualism (your own sound) after consolidation of basics

Freedom – the ultimate goal

Certaines personnes emploient l’expression : «chu pas capable». En tant que prof, ça m’énerve; en tant que collègue, ça m’horripile; en tant qu’ami, ça me désole.

Pourquoi ne pas dire : c’est dur mais je vais essayer, c’est difficile mais je vais faire de mon mieux, etc.

Tout le monde est capable. Tout le monde. Il suffit d’y mettre un peu de cœur et de regarder les difficultés droit dans les yeux (avec le sourire c’est encore mieux.)

Tout projet commence par les premiers pas : va-t-on réaliser notre rêve (aller au camp de base de l’Everest, jouer un solo de Steve Vai, sauter en parachute, parler à telle personne, etc.) si l’on se dit que l’on n’est pas capable?

Dans le ring, un boxeur ne doute jamais de lui-même. Il est confiant en ses capacités et met toutes ses énergies dans le seul but de gagner le combat.

C’est plus un combat contre lui-même que contre l’adversaire. Car le boxeur qui se sent inférieur concède, avant le premier coup, la victoire à son opposant.

En musique, lors d’une interprétation (dans son salon, autour d’un feu ou sur la scène, devant des milliers de spectateurs) c’est la même chose. Le musicien se concentre et donne tout ce qu’il a sans retenu, sans gêne, en pleine confiance. Il n’y a rien à faire sauf laisser les émotions émerger d’elle-même.

Le reste n’est que Showbizz…