Category: Interprétation musicale

Dans le cadre de la campagne Adoptez un Musicien du Conseil Québécois de la Musique, je serai en entrevue radio demain matin lors de l’émission Allez… debout ! avec Louis-Philippe Guy au 103,3 MF. On devrait parler msique et… Kung Fu.

Adoptez un musicien est une campagne médiatique qui vise à démystifier le métier de musicien dans le cadre de la Journée internationale de la musique (1er octobre). Lors de cette campagne, (qui peut durer de quelque heures à quelques jours), les musiciennes sont invitées à parler de leur métier et d’une passion extra-musicale.

Ça risque d’être drôle parce que je n’aurai pas dormi beaucoup à cause d’un concert que j’aurai donné ce soir… C’est ça le show biz !

Au plaisir de partager tout ça !

Les « quadrilles », les « reels », « les cotillons », les « gigues », les « rondes » et les « jeux dansés », telles sont les grandes familles de danse traditionnelle que l’on retrouve au Québec. Ces types ont tous pour origine, plus ou moins lointaine, la Grande-Bretagne (Angleterre, Irlande, Écosse) et la France.

Au fil des années et des générations, le répertoire s’est nettement « québécisé » et régionalisé. Il s’est accru de centaines et de centaines de pièces, inspirées des origines européennes, composées à l’occasion d’une veillée ou d’une noce, d’une rencontre avec un feu follet ou le loup-garou, d’une grande peine ou d’une grande joie ou simplement lors d’une « poudrerie » qui nous encabane pendant trois, quatre ou cinq jours.

Cette musique, éminemment québécoise,  n’est plus celle de la rigueur irlandaise, de l’aristocratie sévère d’Écossse ou de la gravité française d’où elle est issue. Elle est devenue une musique du coeur et de l’esprit, une musique du plaisir essentiellement, celle qui a le pouvoir de faire lever le pied pour la danse, une musique active, corporelle qui n’est pas faite pour la passivité de l’écoute ou d’une salle de concert.

Qu’on ne recherche donc pas dans cette musique traditionnelle les formes et les structures classiques du solfège, de l’harmonie et de la composition. Peu importe au joueur de violon si sa phrase musicale a 14, 16 17 ou 22 temps; s’il juxtapose deux reels que d’aucuns, en certaines régions, interprèteraient séparément et d’autres, en d’autres lieux, ne connaîtraient même pas; peu importe s’il joue à son humeur la gigue que l’écriture musicale, le disque ou la radio avaient fixée; ce qui compte c’est le rythme, le « soulevant » sur lequel le coeur et le pied du danseur battront.

C’est dans cette optique qu’il faut comprendre l’esprit de la musique traditionnelle. Une musique dépouillée du carcan de l’Art où l’amateur est artiste, et l’artiste, amateur, une musique libre de toute contrainte.

Jean Trudel

Notes de livret d’un enregistrement réalisé en 1975 sur étiquette TAMANOIR – MAGHCD  52

Voici un extrait qui nous montre Jean Carignan interprétant une version paresseuse… du Rêve du diable

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=HzTDtHARW70&NR=1]

Voici un extrait vidéo du concerto pour Carignan d’André Gagnon. Il met en vedette Yehudi Menuhin et Jean Carignan. Ça swing la bacaisse!

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=h6DfrB7l5JI]

Il y a presque deux ans sortait un album qui était, en quelques sorte, un hommage musical à la poésie de Gaston Miron. Aujourd’hui, les hommes rapaillés récidivent et nous offrent une relecture musicale des mots et maux de Miron.

Le premier opus s’est instantanément frayé un chemin au sommet de mes disques préférés. Les mots y sont boulversants et humains d’une fraîcheur aïgue.

Voici les interprètes qui livrent la marchandise …:

  1. Yann Perreau
  2. Michel Rivard
  3. Martin Léon
  4. Pierre Flynn
  5. Vincent Vallières
  6. Richard Séguin
  7. Yves Lambert
  8. Michel Faubert
  9. Daniel Lavoie
  10. Louis-Jean Cormier
  11. Gilles Bélanger
  12. Jim Corcoran

(Plume Latraverse nous livrait une version sentie de Désemparé sur le premier album.)

Voici un extrait signé Yann Perreau lors d’un passage de la bête de scène à Belle & Bum

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=snMblLLJcy4]

Voici maintenant un entretien avec les différents interprètes

Tout aussi poignant et réussi que le premier, le deuxième chapitre du projet Douze Hommes rapaillés redonne vie à la poésie de Gaston Miron à travers les voix de douze chanteurs d’ici. Plongeant au coeur des écrits de l’auteur, Voir s’est inspiré des poèmes mis en musique par le compositeur Gilles Bélanger pour poser une question à chaque homme rapaillé.

La Corneille

Interprète: Michel Faubert

Corneille, ma noire

Tu me fais prendre la femme que j’aime

Du même croassement rauque et souverain

Dans l’immémoriale et la réciproque

Secousse de nos corps

Dans les contes, les corneilles et les corbeaux symbolisent la mort. Pour l’auteur de L’Homme rapaillé, ici, l’oiseau noir évoque aussi un désir brûlant, inéluctable. À laquelle de ces deux fatalités pensiez-vous en enregistrant la chanson?

« Au Québec, beaucoup des contes transmis de génération en génération viennent de France, où l’imaginaire et le symbolisme ne sont pas les mêmes qu’ici. Pour les Français, les corneilles et les corbeaux sont associés à la mort, alors qu’au Québec, la corneille annonce l’arrivée du printemps, avec toute la montée du désir que ça comporte, ce qu’évoque ici Miron. Dans la région de Lanaudière, l’expression « la tempête des corneilles » désigne la dernière tempête de neige de l’année. C’est un peu la même chose avec l’imaginaire autour du loup. Dans les contes, on parle toujours du grand méchant loup, mais ici, les loups ont de l’espace, des montagnes, des forêts et des champs à explorer. Puisqu’il le voit moins souvent, le Québécois n’a pas vraiment peur du loup. »
Ma rose éternité

Interprète: Pierre Flynn

Comme aujourd’hui quand me quitte cette fille

Chaque fois j’ai saigné dur à n’en pas tarir

Par les sources et les noeuds qui m’enchevêtrent

Je ne suis plus qu’un homme descendu à sa boue

Magnifique Poème de séparation 1. Est-ce que, sans le vouloir, un interprète se remémore inévitablement de lourds chagrins d’amour personnels lorsque vient le temps de mordre dans la souffrance de tels écrits?

« Pas dans le cas qui nous concerne, et je ne crois pas que ce soit nécessaire. L’auteur a écrit dans le vif d’une séparation soudaine et dévastatrice. On est déjà transporté par le grand souffle de Miron, et Gilles Bélanger a bien compris ce côté haletant, éperdu, abandonné. Le parcours est déjà tracé. On s’accroche et on fonce en laissant agir les mots et la musique. Parfois quand je chante, les images envahissent ma tête. Mais souvent, c’est quelque chose de physique, de musculaire. La chanson vit dans notre corps et sa vibration aussi. Pour le meilleur ou le pire, notre vie est notre voix. »
Retour à nulle part

Interprète: Yves Lambert

Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver

Nous entrerons là où nous sommes déjà

Ça ne pourra pas car il n’est pas question

De laisser tomber notre espérance

Gaston Miron a écrit Retour à nulle part après la première défaite référendaire de 1980. Votre interprétation a capella a tout d’un chant patriotique. Quel message l’homme doit-il en retenir?

« Chanter cette chanson trente ans plus tard revêt pour moi, dans l’air du temps présent, une occasion de réaffirmer mes convictions politiques sur l’avenir du Québec que j’aime avec passion. Les deux négations du refrain ont pour but d’exprimer une affirmation positive et rappellent l’importance de l’autodétermination. Quand j’observe la mollesse de nos politiciens devant le totalitarisme industriel, il me paraît évident que de donner nos territoires sans retombées économiques valables soit une entrave au développement social, culturel et environnemental. En prenant pour acquis que l’addition de deux négatifs nous donne un positif, les chances sont bonnes pour le prochain référendum! »
Sentant la glaise

Interprète: Jim Corcoran

Sentant la glaise le sanglot

J’ai aussi, que j’ai

La vie comme black-out

Sommeil blanc

Dans cet extrait de Six Courtepointes, Gaston Miron utilise pour une rare fois un terme anglophone. Vous qui présentez la culture québécoise au reste du Canada par le biais de votre émission de radio À Propos diffusée sur les ondes de la CBC, comment introduisez-vous Miron à nos compatriotes anglophones?

« Je ne me gêne pas pour dire au public anglophone à quel point Gaston Miron était un indépendantiste farouche et un ardent militant pour l’identité culturelle québécoise. Impossible de le passer sous silence, c’est l’une des définitions de Miron. Contrairement à bien des auteurs que je présente, je ne traduis pas les écrits de Miron à la radio. Je les récite en français parce que je ne comprends pas tout Miron. Ce qui est très bien ainsi. Les choses trop faciles à consommer, trop rapidement comestibles, ont une date d’expiration. »
Oh secourez-moi!

Interprète: Michel Rivard

Comme on fait pour les noyés de l’eau noire

Qui passent sous le pont du bout de l’île

Dans le charroi morne des glaces

et des soleils moirés

Secourez-moi

Peut-être un peu naïvement, ce passage nous a rappelé L’Oubli, cette pièce que vous avez écrite sur Claude Jutra. Quel lien voyez-vous entre Secourez-moi et les dernières années de la vie du cinéaste qui a préféré le suicide à l’alzheimer?

« Le seul lien que je puisse voir en est un de synchronicité, et j’avoue bien humblement qu’il m’a échappé jusqu’à ce que vous me posiez la question. Les images qui déferlent en moi à la lecture ou à l’interprétation des textes de Miron sont à l’extrême opposé de l’anecdotique. C’est pour moi une poésie de l’essentiel insaisissable, de la précision dans l’intangible… Chaque fois que je chante Secourez-moi, je suis littéralement transporté par la musique des mots et tout ce qu’ils véhiculent de possibilités humaines. »
Au long de tes hanches

Interprète: Louis-Jean Cormier

Si j’étais mort avant de te connaître

Ma vie n’aurait été que fil rompu

Pour la mémoire et pour la trace

Je n’aurais rien su

Sur cet extrait très personnel de L’Amour et le Militant, vos arrangements se veulent dépouillés et vaporeux, échafaudés à partir de chants planants et de bruits de vent. Est-ce les textes de Miron qui dictent ici vos enrobages ou les interprètes choisis?

« Pour moi, ce qui dicte l’arrangement des chansons, c’est tout d’abord le mariage entre le texte de Miron et la musique de Bélanger, ce qui ressort de la version guitare-voix, ce que je ressens. Après avoir remanié la forme, cherché à trouver la structure la plus cohérente, je vois souvent le tableau final. Je peux aussi penser à l’interprète qui la chantera et influencer la direction vers son habitat naturel, mais j’essaie surtout d’avoir un ensemble de 12 chansons homogènes. Il arrive aussi qu’il y ait des flashs comme dans Au long de tes hanches où j’ai eu le goût de chanter sur la terrasse du studio et de capter le bruit de l’autoroute pour rappeler celui de la mer. Méchant contraste, méchant contrat. »
Compagnon des Amériques

Interprète: Richard Séguin

Dans la liberté criée de débris d’embâcle

Compagnons des Amériques

Nos feux de position s’allument vers le large

L’aïeule prière à nos doigts défaillante

La pauvreté luisant comme des fers à nos chevilles

Autant porteuse d’espérance et de liberté que d’injustice et d’asservissement, l’Amérique fascine. Y a-t-il un lien entre l’Amérique ici évoquée par Miron et celle à laquelle vous faites référence dans Journée d’Amérique?

« Nous sommes les héritiers de toute une génération de poètes qui ont provoqué la grande transformation sociale du Québec. Moi et Marc Chabot (coauteur de la chanson Journée d’Amérique) voulions nous approprier notre propre vision de l’autre Amérique. Une journée comme le prolongement d’une vie en terre du Québec. La vie d’un homme qui porte ses rêves, son histoire et ses combats dans la poitrine. Terminer la chanson avec « Vingt-quatre heures de combat » faisait ainsi écho à l’éveil de notre condition sociale. Ce Québec d’aujourd’hui, je le vois silencieux, son souffle est court, son sol encaisse les vieilles blessures, ses lois 101 s’effritent dans les tranchées. La parole de Miron est toujours d’actualité, car tout reste à faire et tout appelle à une vigilance par rapport à nos choix de société et conséquemment avec le politique. Les mots de Miron ont encore plus de force aujourd’hui, une force essentielle, celle qui nomme la longue quête individuelle et collective, celle qui donne une conscience de notre existence dans cette partie de l’Amérique. »
Amour sauvage, amour

Interprète: Yann Perreau

Amour, sauvage amour de mon sang dans l’ombre

Mouvant visage du vent dans les broussailles

Femme, il me faut t’aimer femme de mon âge

Comme le temps précieux et blond du sablier

Dans cet extrait de L’Amour et le Militant, l’auteur célèbre un amour sauvage qui perdure malgré l’épreuve du temps et de l’âge. Est-ce que le jeune fougueux et ardent en vous y a vu une utopie?

« Non. L’amour est un défi, et j’aime les défis. La poésie de Gaston Miron me dit qu’il était un passionné, un batailleur, un amoureux, un homme courageux… Un homme intelligent et plein de gros bon sens. Il n’y a rien d’utopique là-dedans. »
Soir tourmente/Le Vieil Ossian

Interprète: Daniel Lavoie

Certains soirs d’hiver, lorsque, dehors,

Comme nouvellement

Il fait nuit dans la neige même

Les maisons voyagent chacune pour soi

Quel lien faites-vous entre Soir tourmente, un texte saisissant sur la mort de l’homme, et Le Vieil Ossian (fortement inspiré du froid hivernal) pour les juxtaposer ainsi?

« À vrai dire, je ne vois pas tellement Soir tourmente comme un poème sur la mort de l’homme autant que sur la conscience d’être, sur la vie en fait. Nous mourons tous, tous les jours à petites lampées. Si j’avais à faire un lien, et j’ai, évidemment, vu la question, je dirais que Le Vieil Ossian vient faire un contrepoids jubilatoire à ce constat bien vrai, mais quand même triste, que la mort nous accompagne tous les jours de notre vie. Le lien, une conscience intense de la vie et de la mort, de la beauté et de la magie qui sont là, dans la matière même de l’univers. »
Nature vivante

Interprète: Gilles Bélanger

En un tourbillon du coeur dans le corps entier

Comme un ciel défaillant tu viens t’allonger

En un tourbillon du coeur dans le corps entier

Mes paumes te portent comme la mer

Cet extrait et bien d’autres démontrent à quel point Gaston Miron a toujours accordé une importance capitale à la musicalité de ses poèmes, au point d’en faire une exigence. Comment avez-vous laissé cette musicalité guider vos compositions pour le projet Douze Hommes rapaillés?

« Gaston Miron était le poète de l’oralité; le recueil de poèmes n’était pas la finalité. Il défendait ses poèmes sur la place publique. Je suppose que, comme il y a eu plusieurs versions de L’Homme rapaillé où il apportait des corrections, c’est sur le terrain qu’il découvrait le mot juste, une faiblesse ou une longueur. Pour moi, les textes de Gaston Miron chantent déjà, de là le bonheur de les mettre en musique. »
Avec toi

Interprète: Martin Léon

Je suis un homme simple avec

Des mots qui peinent

Et je ne sais pas écrire en poète éblouissant

Je suis tué (cent fois je fus tué), un tué rebelle

Vrai que Gaston Miron, homme du peuple, se distingue par une poésie aux mots simples, mais aux images fortes. Est-ce l’ultime but d’un chansonnier, être aussi évocateur et en même temps si simple?

« Idéalement, oui, mais ce n’est pas vraiment la première étape au moment d’écrire. L’essence de la démarche demeure d’abord assez simple: avoir quelque chose à dire, le ressentir vraiment, prendre un crayon, y aller avec son coeur, aimer le résultat, aimer l’offrir. Pour le reste, la force d’évocation et la grandeur d’un texte vont beaucoup selon la sensibilité et le talent de chacun. C’est comme ça. Il y aura toujours plus grand et plus petit que soi. Mieux vaut alors y aller tout simplement avec sincérité et au meilleur de nous-mêmes. C’est un des buts ultimes, ça aussi. »
Le Camarade

Interprète: Vincent Vallières

Tu allais Jean Corbo au rendez-vous de ton geste

Tandis qu’un vent souterrain tonnait et cognait

Pour des années à venir

Dans les entonnoirs de l’espérance

Qui donc démêlera la mort de l’avenir

Le Camarade est un poème sur Jean Corbo, jeune felquiste mort en posant une bombe qui lui explosa entre les mains. Quelle image est la plus marquante, le désir de changer les choses au péril de sa vie ou la triste fin d’un révolutionnaire tué par sa propre révolution?

« Pour moi, Le Camarade est un hommage lucide à un jeune idéaliste maladroit. On ressent dans ce poème une grande conscience de la fatalité. L’image de la triste fin d’un révolutionnaire tué par sa propre révolution suggère un cynisme qui n’existe pas chez Miron. Celle du désir de changer les choses au péril de sa vie glorifie un peu trop le geste de Corbo. Qu’à cela ne tienne, un jeune homme doit être certes désespéré, malheureux, aliéné et exploité pour en arriver à poser un tel geste. En 2010 au Québec, sommes-nous encore prêts à mourir pour des idées? »

Artistes variés
Douze Hommes rapaillés vol. 2
(Spectra/Select)
En magasin le 31 août

À voir si vous aimez /
La poésie, la chanson, les douze interprètes sélectionnés

ooo

MIRON ET LA MUSIQUE

On savait déjà que la poésie de Gaston Miron et la musique faisaient bon ménage. Ses textes, d’abord, en sont remplis, de musique. Il suffit de les dire à voix haute pour saisir aussitôt la maîtrise rythmique de leur auteur, sa conscience aiguë de la matière sonore.
Et puis sur scène, Miron aimait bien chanter et s’accompagner à la ruine-babines, dont lui plaisaient sans doute les sons à la fois plaintifs et rassembleurs – on trouvera d’ailleurs aisément des vidéos du Magnifique en action en tapant les mots « Gaston Miron chante » dans le moteur de recherche de YouTube.
Vers la fin de sa vie, le poète conjugue comme jamais la musique à la poésie en montant, épaulé des musiciens Bernard Buisson et Pierre St-Jak, le spectacle La Marche à l’amour, qu’ils donneront un peu partout au Québec et dont un disque sera tiré en 1992, lors d’une représentation à La Licorne.
Gaston Miron serait comblé de voir les chemins qu’emprunte aujourd’hui sa poésie, chantée depuis quelques années par Chloé Sainte-Marie, puis maintenant par ces Douze Hommes rapaillés qui non seulement en saisissent toute la portée musicale, mais en préservent aussi l’essence politique et identitaire.
Une notion fondamentale, pour qui veut comprendre pleinement le legs de celui qui disait en 1978, en recevant le prix Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal: « Quand je me bats, c’est pour ma différence, c’est-à-dire ma culture au monde. C’est ma version à moi de vivre l’humanité. Et cette version est une contribution et un enrichissement à la culture universelle. » (Tristan Malavoy-Racine)

(source)

J’ai découvert aujourd’hui un magnifique album de Terence Blanchard (trompetiste, compositeur de musique de film et ancien jazz messenger.) Cet album s’intitule A Tale of God’s Will (A Requiem for Katrina) (sur étiquette blue note). Celui-ci est un vibrant homage aux victimes de l’ouragan Katrina.

La musique est un amalgame somptueux d’influences diverses. Tout d’abord, dans l’interprétation à la trompette, on retrouve des références évidentes à Miles Davis et son mythique album Sketches of Spain. Dans le même ordre d’idées, les arrangements sont fortement influencés par le langage harmonique (choix des accords) utilisé par Gil Evans (arrangeur de Miles sur Sketches of Spain.) Au niveau mélodique maintenant, on sent un un riche héritage dont les racines vont puiser à même la source chez le maître George Gershwin. C’est d’une élégance forte et humble, ça raconte une histoire triste sans s’apitoyer. C’est vrai. C’est beau.

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=nyj79ZUaHmc]

«Quand on travaille, on oublie le mal des jours; quand on voyage, on oublie le mal d’amour.»

Gilles Vigneault dans sa pièce Théo l’orphelin

***

«La plupart des gens ont tellement peur de mal paraître que, cédant à la peur,  ils n’arrive pas à faire une oeuvre exceptionnelle.

La plupart des gens qui veulent faire quelque chose d’exceptionnel finissent par ne rien faire du tout.

On arrive à sortir de cette paralysie quand on se conçoit tel qu’un débutant pour lequel faire quoi que ce soit est un accomplissement en soi.»

Traduction libre d’un article de Derek Sivers

«Il y a deux façons d’exprimer les choses: l’une est de les montrer brutalement, l’autre de les évoquer avec art. En s’éloignant de la représentation littérale du mouvement, on aboutit à plus de beauté et plus de grandeur.»

«Il faut que la peinture serve à autre chose qu’à la peinture.»

Sources : 12 et image

«Si tu dois te comparer, compare-toi à toi-même.»

«Celui qui souhaite apprendre continuellement doit aborder son art avec l’esprit du débutant.»

«Peu importe nos habiletés du moment, l’on peut toujours faire mieux. Fonce, améliore-toi, joue et donne-le au suivant. N’essaie jamais d’être Le meilleur. Essaie simplement de donner le meilleur de toi-même.»

Traduction libre d’aphorismes tirés du livre The advancing guitarist

«Parler lentement, penser vite.»

Albert Einstien

«La vitesse vient de la précision.»

En musique, ceci veut dire que l’on commence par pratiquer une nouvelle pièce lentement. Une fois que les premiers passages sont maîtrisés à cette vitesse, l’on accélère la pulsation graduellement jusqu’à temps que l’on atteigne la vitesse réelle.

Cette façon de faire correspond à l’analogie suivante : lorsqu’on construit une maison, on commence par établir des fondations solides. Par la suite, on ajoute des couches : murs, planchers, toit, eau, électricité, etc. La fondation doit donc être des plus solides pour soutenir tous les autres étages…

L’accompagnement jazz (ou «comping») est un sujet très complexe qui nécessite, avant d’être exécuté de façon convaincante, des années de pratique personnelle et en groupe. De plus, certaines idées doivent être gardées en tête lors de la pratique du «comping» afin de mener à bien l’expérience dont peut être tout interprétation musicale.

Je vous propose ici ma traduction de quelques éléments clefs de la présentation de Mulgrew Miller (superbe pianiste jazz).

«L’accompagnement est un sujet très dense et profond, du moins beaucoup plus que les jeunes ne le pensent.

Accompagner une chanteuse ou une soliste demande une sorte particulière d’implication envers la personne accompagnée. Il ne s’agit pas de se trouver sur le pilote automatique et de faire n’importe quoi.

Lorsqu’on accompagne quelqu’un, on doit rendre cette personne confortable et lui donner un soutien approprié. Si on est un pianiste/guitariste, on doit garder en tête au moins deux sortes de soutien à la fois : rythmique et harmonique. Tout cela, sans entraver la soliste. L’accompagnateur ne doit pas prendre plus de place que la soliste. Donc, soutenir sans ensevelir la soliste.

De plus, les deux parties doivent être en accord tant sur le plan harmonique (i.e. utiliser les mêmes qualités d’accords ou des accords complémentaires) que sur le plan rythmique.

Donc, une des bonnes façons de pratiquer l’accompagnment, en particulier pour l’aspect rythmique, est de s’accompagner soi-même jusqu’à temps qu’on se sente bien avec notre accompagnement. Ça doit être agréable, car la soliste doit se sentir bien aussi avec l’accompagnement. Alors, pour s’assurer que l’on soit capable de bien le faire en groupe, on doit d’abord le faire seul jusqu’à qu’on le sente bien. Si t’es un bassiste, tu dois jouer la «walking bass» jusqu’à temps que tu la sentes bien, … par toi-même. Idem pour la batterie. Par la suite, lorsque le groupe est réuni et que, individuellement, tout le monde se sent bien avec sa propre partie, alors tout le groupe se sent bien ensemble. Personne ne s’appuie sur personne d’autre; chaque partie est complémentaire.

Donc, lorsque j’accompagne une chanteuse ou un cuivre, je fais en sorte qu’ils sentent qu’ils n’ont pas besoin d’une batterie.

Aussi, lorsque je suis chez moi, je vais m’accompagner sur un blues et… ça doit danser, c’est ça, ça doit danser!

Ça doit être agréable.»

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=2lM46cSzupI]

Bonnes expérimentations!

Les bons surfers vous le diront : on ne se bat pas contre la vague, on l’épouse…

De la même façon, lorsqu’on a plein de choses à pratiquer, mieux vaut y aller sujet par sujet avec le sourire que de se laisser emporter par la vague.

À ce sujet, un petit haïku de circonstance :

Dans la vague,
le citoyen du monde
disparu…