Category: Interprétation musicale

Les pressions sont énormes dans la société d’aujourd’hui. Démesurées, en fait. On doit être rapide, efficace, performant, jeune, maigre, pas trop poilu, etc.

Personne n’y échappe.

La musicienne, lors de l’exécution de son geste artistique, ne dois pas viser une cible extérieur (i.e. vouloir paraître bonne, être perçue comme une grande artiste, être la meilleure, etc.) Si elle concentre son attention sur un résultat externe, elle manquera la cible à tout coup, s’enfargera dans ses doigts, fera des fausses notes. Bref, malgré les applaudissements, les tappes d’encouragements, elle ne sera sans doute pas satisfaite d’elle-même, si elle est moindrement honnête et intègre.

Elle doit plutôt se concentrer sur son geste, faire un avec lui, se dissoudre dans lui. L’idéal est qu’elle agisse en pleine confiance, en se permettant de briller, sans attente aucune, sans retenu, en se dévoilant totalement, sans artifice. Elle doit donc s’investir corps et âme à faire apparaître à l’extérieur la beauté de son paysage intérieur.

Cette attitude de transparence, de partage et de confiance doit être présente dès les premières notes de la pratique musicale. Ce faisant, la musicienne développe une attitude sincère face à elle-même et à sa pratique. Ce qui rend les heures de répétitions beaucoup plus agréable, il va sans dire.

Pour l’aider à orienter sa pratique, elle peut se poser des questions :

  • Qu’est-ce que cette musique me fait ressentir?
  • Qu’est-ce que j’ai envie d’exprimer quand je joue cette musique?
  • De quoi cette musique a-t-elle besoin?
  • Qu’est-ce qui est vrai pour moi dans cette musique?

La réponse à ces questions (et à d’autres) aide à organiser la pratique d’un instrument de musique.

Un peu comme les champignons qui poussent naturellement sur le fumier (sauf pour les cultures de champignons magiques, mais ça c’est une autre histoire), la pratique doit être orientée vers ce qui est naturel à la musicienne et non vers ce qu’elle croit qui serait susceptible de plaire à telle ou telle personne. De toute façon, ne dit-on pas que le naturel revient au galop?

Aucun musicien n’y échappe : tous doivent pratiquer.

Grosso modo, la pratique sert à améliorer les différents aspects du jeu du musicien. Donc, inutile de répéter des passages dans lesquels la musicienne excelle déjà.

Une des façons de «bien» pratiquer est de s’imposer certaines contraintes.

En voici quelques-unes :

1.    Cibler. Au lieu d’essayer de jouer une pièce difficile en entier, cibler  des passages d’une, deux, quatre ou huit mesures. Une fois chacun des passages maîtrisés, rapiécer les parties ensemble.
2.    Spécifier. En jazz, pratiquer une pièce en utilisant seulement une méthode :

a.    jouer des arpèges sur chacun des accords de la grille
b.    utiliser des gammes avec mouvements conjoints seulement (pas de saut d’intervalle)
c.    utiliser un motif et le transposer de tel sorte qu’il s’agence à chacun des accords
d.    etc.

3.    Contraste. Développer l’habileté à jouer : angulairement/de façon fluide, calmement/avec agitation, aigu/grave, fort/doux, mélodiquement/harmoniquement
4.    Gossage. Par gossage, j’entends se laisser aller sur son instrument sans réfléchir. Il est fort probable que de beaux, agréables et surprenants moments musicaux en résulteront. Après tout, ne dit-on pas jouer d’un instrument de musique? J’encourage la musicienne à noter-enregistrer ses trouvailles
5.    Accompagnement. Un guitariste passe sans doute 80% de son temps à accompagner. Il est donc impératif de se poser la question : « qu’est-ce qu’un bon accompagnement?» Les réponses obtenues aideront à définir les sujets à aborder lors de la pratique.
6.    Interpréter. La partie du «bonbon» de la pratique : à ce moment, la musicienne se paie la traite en jouant une pièce du début à la fin, comme si elle se donnait en concert.

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Ce billet est une traduction-adaptation d’un texte de Bert Ligon, trouvé dans son livre Comprehensive Technique for Jazz Musicians

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Tiré du fanzine graphique Alfred autour d’une contrainte ou d’un thème différent à chaque numéro. Volume 2 /// numéro 3 /// thème : rock’n roll /// contrainte : guitare électrique noire
en collaboration avec Samuel Lemercier

Récemment, j’ai découvert le livre Fondement de la composition musicale écrit par Arnold Shoenberg. C’est un joyau.

Avant de l’ouvrir, je dois dire que je m’attendais à toutes sortes de théories très précises sur le sérialisme et le dodécaphonisme. Quelle ne fut pas mon  agréable surprise de constater qu’il n’abordait pas ces matières, mais plutôt des exemples très simples tirés d’un répertoire facilement accessible. Donc, les théories enseignées sont basées sur de la vrai musique et non sur de simples fantasmes intellectuels.La plupart des exemples (avec partitions à l’appui) proviennent d’oeuvre de Beethoven.

Voici ici reproduit quelques méthodes de développement musical qui peuvent être utiliser autant en composition qu’en improvisation :

Le rythme
* modification de la longueur des notes
* répétition des notes
* répétition de certains rythmes
* déplacement des rythmes sur d’autres temps
* ajout de levées
* changement de la mesure (i.e. chiffres indicateurs)

Les intervalles
* modification de l’ordre ou de la direction d’origine des notes
* ajout ou omission d’intervalles
* remplissage d’intervalles à l’aide de notes auxiliaires
* réduction au moyen d’omissions ou de condensations
* répétitions de certains traits
* décalage de traits sur d’autres temps

L’harmonie
* emploi de renversements
* ajouts à la fin
* insertions au milieu
* substitution d’un autre accord ou en chaînement

La mélodie
* transposition
* ajout d’harmonies de passage
* traitement «semi-contrapuntique» de l’accompagnement

Malgré toutes ces belles idées, gardons en tête, chère lectrice, cher lecteur, que ce sont les gens qui font la musique, non les théories.

Bonnes expérimentations !

Sylvain

Voici le deuxième billet d’une série de trois billets consacré au zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc

«Pour que la flèche soit bien lancée, la détente corporelle doit être prolongé dans la détente mentale et spirituelle de telle sorte que l’esprit n’est pas seulement agile, mais libre : agile grâce à sa propre liberté et libre grâce à son agilité originelle.»

«L’objectif est de devenir complètement dénué d’ego, de telle sorte que l’âme, submergée en elle-même, se tient dans la plénitude de son origine sans nom.»

«Si cet état est atteint, ne serait-ce qu’une seule fois, il sera désormais possible de le retrouver avec certitude.»

«…céder sans résister…»

«Pour que cette activité sans action soit accomplie instinctivement, l’esprit a besoin d’un soutien interne qu’il obtient en se concentrant sur la respiration.»

«Plus l’artiste se concentre sur sa respiration, plus les stimulus externes s’évanouissent dans l’arrière-plan.»

Lors du geste artistique «la seule façon de faire face à un manque d’attention est de continuer à respirer calmement, imperturbablement, et d‘entrer en relation amicale avec l’objet de cette distraction, de s’y habituer, de le voir entièrement pour qu’enfin il se dissipe.»

«Avant même qu’il se dévoue et s’ajuste à sa tâche, invoque cette présence d’esprit et s’assure de sa présence tout au long de la pratique.»

Extraits tirés de Zen in the art of archery, Eugen Herigel, © Vintage Books edition 1971, © Pantheon Books 1953 (traductions libres)

«Chaque pièce de musique nécessite un traitement qui lui est propre.»

«Avec le bon tempo, on dirige non pas la pulsation, mais bien la musique.»

«J’aime éveiller l’imagination des auditeurs, et c’est plus facile pour moi de le faire à partir de langues inventées.»

«J’ai développé une stratégie qui implique que je compose une pièce, l’enregistre et la mixe toutes les 30 minutes.»

«Tout cet aspect de spectacle requiert un état d’esprit particulier. J’essaie d’être comme les Africains du Botswana : la musique est tellement présente dans leur mode de vie que leur vocabulaire ne contient pas de mot ou de concept pour «interprétation.»»

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=1qOQHB_V2g0]

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=iimMKWF7SK0]

 

Source :  Downbeat mars 2002 (traduction libre)

Le concours Jazz en Rafale offrira quelques classes de maître avec des musicens de renom en mars prochain : Yaron Herman (piano), Sylvain Luc (Guitare), Ari Hoenig (batterie), Steve Davis (trombone), Larry Grenadier (Contrebasse) et Karen Young (chant).

CALENDRIER

16 mars – Yaron Herman (piano)
Université de Sherbrooke à 19h
2500 boulevard de l’Université, Sherbrooke

19 mars – Larry Grenadier (contrebasse)
Université de Montréal
Changement d’horaire : 13h30
Salle B-421
900 boulevard Edouard-Montpetit, Montreal
présentée par LA GUILDE DES MUSICIENS

20 mars – Ari Hoenig (batterie)
Université McGill à 11h30
Room C310 (one floor above the Pollack Hall entrance.)
555 Sherbrooke St. West., Montréal
présentée par la Boîte à Musique

22 mars – Karen Young (chant)– complet
Bibliothèque Rosemont 19h
3131 Boulevard Rosemont, Montréal
Informations et réservations : 514-872-4701
présentée par la SOCAN

25 mars – Steve Davis (trombone)
Université de Montréal à 15h
2900 boulevard Edouard-Montpetit, Montreal

26 mars – Sylvain Luc (guitare)
Université de Montréal à 14h
Salle B-421
900 boulevard Edouard-Montpetit, Montreal

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[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=kx9UXTe5D8A]

Le guitariste Sylvain Luc sera aussi en concert aux dates suivantes :

Mercredi 24 mars, 20h, en duo avec Michel Donato
Au Théatre Hector-Charland, L’Assomption

Jeudi 25 mars, 20h, en solo
Au Largo Resto-club, Québec

Vendredi 26 mars, 14h, Masterclasse à l’Université de Montréal

Samedi 27 mars, 20h, en duo avec Sylvain Provost
À L’Astral, Montréal
Dans le cadre des rencontres internationales Jazz en Rafale

Samedi 8 janvier 2011, alors qu’il revenait d’un concert des Charbonniers de l’Enfer, Bruno Fecteau a succombé à un malaise cardiaque. Il était âgé de 52 ans.

Bien connu de la communauté des musiciens du Québec, Bruno a été le proche collaborateur de Gilles Vigneault pendant plus de 15 ans.

Ses talents d’accompagnateur demeurent pour moi une référence absolue en la matière. On peut l’entendre au sommet de son art sur le magistral album quadruple de Gilles Vigneault en spectacle à l’Olympia de Paris et au Théâtre Petit Champlain de Québec. La moitié de cet opus consiste en un duo entre Messieurs Vigneault et Fecteau enregistré dans la Basse-Ville de Québec. Sur ces pièces, Bruno respire musicalement au même rythme que Gilles récite : si Vigneault prend une pause, Bruno, presque télépathiquement, fait de même ; si Vigneault hésite, Bruno comme son ombre attend ; si la pièce nécessite la fougue et la tempête Bruno la fait (écoutez le Nord du Nord) ; etc. C’est grandiose.

J’ai eu le plaisir de rencontrer Bruno à plusieurs reprises soit en 2005 et en 2008. À chaque fois il s’est montré très honnête, généreux et franc.

Je me rappelle encore mon étonnement lorsque, lui ayant demandé de prendre un cours d’accompagnement avec lui, il m’avait répondu : «je ne donne pas de cours ; on ira prendre un café.» Wow! C’était encore mieux que ce que j’imaginais.

Lors de cette rencontre, nous avons parlé de toutes sortes de musiques. Bruno m’avait, entre autres, fait part de son intérêt pour la musique post-grégorienne, celle de Stevie Wonder et son amour de la fugue et du contrepoint (je crois qu’il enseignait ces matières au conservatoire de Québec.)

Toujours est-il que lorsque venu le temps d’aborder la question de l’accompagnement musical, ses propos furent d’une simplicité étonnante. «Quand tu accompagnes, tu te mets au service de l’espace poétique de la personne que tu accompagnes. Tu n’imposes ce que tu veux ; tu écoutes et tu épouses la sensibilité de l’artiste.» Cette idée a littéralement transformé ma façon de jouer de la musique, point à la ligne.

Voici plusieurs extraits à écouter : Le nord du nord et  Les arpilles

Le voici qui interprète, en compagnie de sa femme Paule-Andrée Cassidy et de Reggie Brassard, une chanson de Barbara.

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=WwEZNnUujOE]

Chanson de Barbara
Voix : Reggie Brassard et Paule-Andrée Cassidy
Piano : Bruno Fecteau
Photos : Richard-Max Tremblay
Laklé d’un noël sismique 2005 (Studio Sismique et Caméléon)

Repose en paix l’ami.

À propos de la création

« […] j’aime ça faire des documentaires sur des choses que personne ne connaît, et moi non plus. En bas de ça, ce n’est pas intéressant. […] Tu sais, quand on a fait L’erreur boréale, qui connaissait la foresterie au Québec ? Rien. Tout le monde [tenait ça pour] acquis, ça va bien, il y a bien du bois, il va toujours en avoir. Là on arrive – bang ! -, ce n’est pas ça [du tout]. Et puis là, on fait ce film-là, moi j’apprends un peu aussi comment ça fonctionne, la gestion de forêts, tu sais, c’est quoi ça, cette grande abstraction-là si importante. Là c’est le fun, là, [maintenant] c’est avec les Algonquins – je ne les connaissais pas. Donc, là, c’est un plaisir parce qu’en même temps que j’apprends, bien le monde [va] apprendre aussi, ça, c’est clair. Ça fait que, ça, c’est cela que j’aime beaucoup des documentaires. »

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« Le monde, il faut que tu leur projettes un univers, il faut qu’ils rentrent dedans, puis ils vont « tripper » pendant trois minutes. Faut qu’ils « trippent » pour de vrai, là. C’est ça qui est la job. […] Il y a juste des mots qui flottent avec un petit peu de musique, puis ils sont dedans jusqu’aux dents. Il n’y a pas d’écran, il n’y a pas de projecteurs, pas de pop-corn, ils sont aux vues. C’est, c’est fantastique. Du cinéma pour les aveugles. »

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« […] de façon générale, j’ai toujours plus de musique en avance, parce que quand tu as trouvé ton thème, sur une chanson, tu as beaucoup de fait, déjà. Après, c’est des nuances. Mais quand tu as trouvé le titre de ton poème, il reste tout le poème à faire encore. C’est plus dur, c’est plus dur, ça. »

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« […] la chanson aussi c’est un art extrêmement… c’est très, très délicat, c’est un univers en deux minutes et demie. »

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« Il ne faut pas que tu sentes jamais la rime, puis il faut qu’elle soit là. Il faut que tu la ressentes. Il ne faut pas que tu y penses. Tu sais, aujourd’hui, tu écoutes une chanson, il y a des fois j’écoute des chansons qui viennent de sortir, et je devine trois phrases avant ce qui va arriver. »

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« Je peux me passer de la scène n’importe quand. Facilement. Ce n’est pas une drogue. Pas vraiment. Peut-être que je me trompe, il faudrait que je l’essaye un temps. »

« C’est souvent le dilemme des artistes, ça prend 23 ans pour écrire le premier album et il faut que tu produises le deuxième en six mois. »

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« La poésie, souvent, ça marche en confrontant des choses qui, en principe, ne se confrontent pas. Il y a un terme […] c’est le choc des images, tu sais. Puis, c’est ça qui frappe […] chez nous ou en région, je ne sais pas, on appelle ça “parler en fou”. »

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« […] c’est quand même un art, faire une chanson, c’est une pièce d’orfèvrerie, ça prend beaucoup de ta tête, tes yeux, tes sentiments, des affaires que tu ne comprends même pas comment ça fonctionne. Ça demande une concentration inouïe. »

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« [L’inspiration] ça ne se commande pas. Tu sais, ça se conditionne, mais ça ne se commande pas. »

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« Quand j’écris, je construis une chanson, il faut que les repères soient identifiables par tout le monde, facilement. Tu sais, je n’emploie pas beaucoup de concepts abstraits comme “pensée” ou “croire” ou… Ça, ça veut dire n’importe quoi pour tout le monde. Mais si tu mets une chaise, tu mets une table, tu mets un “char”… tu sais, quelque chose de précis […] Tu roules ça, des objets identifiables et des situations identifiables. Là, c’est la base. On est dans le concret. Tout le monde voit l’histoire. C’est toujours une histoire […]. »

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« C’est toujours une histoire, c’est toujours une histoire, on ne s’en sortira pas, on est des humains, nous autres, depuis qu’on est sur le bord du feu, il y a deux millions d’années qu’on se conte des histoires, ça ne changera pas, ça. C’est toujours… Un bon conteur d’histoires va toujours être capable de fasciner son monde ou de le transporter. »

À propos de l’identité

« […] même dans l’histoire, je me suis même demandé s’ils n’avaient pas envisagé ça, de tuer [les Amérindiens]. Mais, ça ne se faisait pas, comme on dit, on n’est pas des Américains, peut-être. Mais quand en 1850-1860, quand l’industrie du bois est arrivée, ils étaient carrément dans les jambes, eux autres. Donc là, ils les ont ramassés dans deux grandes réserves, les Algonquins – une à Maniwaki, et l’autre, à lac Témiscamingue -, mais c’étaient des camps de réfugiés, ce n’était pas d’autre chose que ça. C’était carrément de l’apartheid. Mais dans le but de les assimiler, leur faire perdre leur langue… Ils se disaient qu’en une vingtaine d’années, ils feraient la job. [Mais] ça a fait le contraire. Ça les a raffermit dans leur différence. »

*******

« Coupé à blanc en français ou bien en anglais, quelle différence ça fait ? Ce n’est pas prêt là, tu sais… Je ne le vois pas, le projet. Tu ne peux pas faire l’indépendance en même temps, puis continuer à gaspiller ton territoire. »

À propos du temps

« […] les gens ont dit : “Ça ne bouge pas, ça ne bouge pas.” Mais en général, les gens sont pris dans leur vie quotidienne, c’est bien préoccupant, tu sais. Moi, je suis un peu libre de mon temps, ça fait que je peux faire un certain travail que les gens n’ont pas le loisir de pouvoir faire. Je regarde ça, les chiffres, on voit ça, des fois, les chiffres, l’occupation d’une journée par l’ensemble de la population mondiale, c’est effrayant. »

*******

« […] les organisations ont beaucoup de difficulté à se dynamiser, à avoir du monde. Le monde, la majorité du monde… Ils regardent la télévision trois heures par jour. C’est la moyenne, ça. C’est 21 heures par semaine. Franchement, c’est beaucoup. Mais ce n’est pas juste au Québec, c’est à la grandeur de la Terre. C’est comme ça, c’est un phénomène, mais le monde est gelé par la télé. C’est ça que je voyais… J’hallucine. Vingt-et-une heures par semaine. Tu divises par sept jours, ça fait trois. Là, t’en travailles huit, t’en dors huit, t’en voyages deux, trois, t’en manges une couple… T’as le temps de te brosser les dents, puis c’est tout. »

*******

« Du temps libre. C’est ça, la plus grosse richesse. Du temps libre, puis de la soupe, puis t’es correct. »

À propos de la société

« Les premiers grands essais de libération ici, ça a été fait par des gars comme Leclerc, puis Vigneault, quand même, c’est des poètes, ça. […] Mais ce qu’ils disent, en fait, c’est qu’ils réactualisent quelque chose qui se perd dans le silence, qui se perd dans le quotidien. C’est le fait qu’on est quand même grégaire, tu sais, on vit ensemble, qu’on le veuille ou non, qu’on y pense ou non, on vit ensemble. Et je l’ai vu, il y a pas longtemps, sur un mur à Paris : “Ce n’est pas vrai qu’on est seul et individualiste, on est grégaire et dominé.” Je trouvais ça bien, tu sais… Les poètes, souvent, ce qu’ils font, c’est qu’ils rappellent cette chose de la nature tout à fait fondamentale. »

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« Ici, au Québec, on a une situation particulière, c’est parce que les Indiens n’ont jamais rien cédé. À partir de la rivière des Outaouais jusqu’aux Rocheuses, il y a des traités qui couvrent tout l’ensemble : c’est à cause du chemin de fer. Rendu au Québec, non, rien. Pourquoi qu’ils faisaient signer les traités avec les Indiens de l’Ouest ? C’est parce qu’ils reconnaissaient qu’ils avaient un certain droit sur le territoire. Mais, sans ça, tu ne fais pas de traités, si tu ne reconnais pas ça. Mais ils faisaient un traité pour l’éteindre tout de suite après, tu sais, éteindre les droits tout de suite après. Au Québec, ça ne s’est jamais fait encore. Les Algonquins pourraient exproprier Mont-Tremblant. »

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« Là, [les compagnies forestières] ont tout écrémé ça. Quand ils disaient qu’on prenait juste… on laissait les bons géniteurs, on prenait des arbres malades, ou bien on faisait une sélection… C’était tout de la fraude ça, ce n’était pas vrai, ça. Ils allaient chercher le plus gros numéro, puis les plus gros arbres. […] Là, j’attends les chiffres pour 2006, de combien de bois a été coupé au Québec. Mais le rapport Coulombe, quoi, c’est 2004. Dans ce temps-là, on coupait à peu près 30-31 millions de mètres cubes par année. Alors que la forêt en produit à peu près une vingtaine naturellement. Un tiers de trop. Mais l’année qui a suivi le rapport Coulombe, ils ont coupé 33 millions de mètres cubes : record absolu. »

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« Qu’est-ce qu’il dit, le rapport Coulombe ? Il dit : “On ne peut plus fournir les usines selon [leur] capacité, mais selon la capacité de la nature à fournir du bois aux usines.” C’est ça qu’il dit. C’est un peu ça, une gestion écosystémique. À l’heure où on se parle, le ministère responsable d’attribuer le bois, le ministère des Ressources naturelles, n’a pas encore contacté le ministère de l’Environnement. C’est lui qui dispose de tout l’élément éco-forestier […] Il faut que ces recommandations du rapport Coulombe se fassent. […] il faut sortir les grosses compagnies du bois, c’est les compagnies qui nous coûtent très cher […]. »

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« […] les journalistes, aujourd’hui, ils n’ont pas le temps. Encore plus en région. Souvent tu as des hebdomadaires […] où est-ce qu’il y a un journaliste qui est [pris] pour écrire tout ce qu’il y a dedans, des sports jusqu’aux morts. Tout. Ça fait qu’il n’a pas le temps. Tout ce qu’il fait c’est qu’il prend les communiqués du gouvernement, puis les communiqués des compagnies, puis il les recopie. »

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« Ah ! Changer le monde ! […] Je ne sais pas qu’est-ce qu’on serait si on n’avait pas eu de poètes. Qu’est-ce qu’on serait devenus ? C’est quelqu’un qui a dit ça [il n’y a] pas longtemps : les arts, peut-être que les arts, ça ne sert à rien, mais s’ils n’étaient pas là, ce serait [vraiment] plate. Ça, c’est tout ce qu’on peut dire. De là à changer le monde, je ne penserais pas. Mais c’est fort pareil, la poésie. D’ailleurs, j’avais… j’ai donné une série de conférences dans les cégeps, les universités et mon cour s’appelait La poésie fait rouler l’économie, et c’était bien, bien sérieux. »

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« Mais tu sais, c’est l’histoire du territoire, ça. Tu sais jusqu’à récemment, je pense […] c’était un trait particulier du Canada. C’est une majorité du monde qui vit autour de villes-usines comme ça. […] c’est la loi de la compagnie […] On pense toujours que le pattern a été le suivant : au départ, il y avait les Indiens, hein ? Ensuite de ça, il y avait des Blancs. Mais, en fait, ce n’est pas exactement comme ça que ça s’est passé, et puis ce n’est pas exactement comme ça que ça se passe encore aujourd’hui. T’avais des Indiens, ensuite, c’est les compagnies qui sont venues. Les forestières, les minières et, plus tard, l’Hydro. Eux autres, ils ont mis… ils ont “locké” la ressource. C’est tout encore des contrats africains, ça là. C’est vingt-cinq ans, puis la loi des mines bien, ça, c’est pour toujours. Puis tasse-toi si je pense qui va y avoir un gisement qui est là, la société alentour de ça, c’est une quantité négligeable, là, tu sais. Et puis, c’est encore comme ça. »

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« Les jeunes, ils ne désertent pas les régions, c’est les régions qui ont déserté [les jeunes]. »

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« Ce n’est pas le poids des mots. C’est qu’à un moment donné, il faut toujours que tu escomptes que le monde [a] une tête sur les épaules, et puis le cœur à la bonne place. Quand tu pars de ce principe-là, tu vas toujours être capable d’aller [le] rejoindre. »

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« [Mon père], lui, il est d’une école où est-ce qu’il pouvait retourner dans le même secteur forestier deux, trois fois dans leur vie. […] jusqu’à après la guerre, tu n’avais pas le droit de toucher à un arbre en bas de huit pouces. Puis, comme les coupes se faisaient l’hiver, sur des sols gelés, bien, toute la régénération était tout le temps là. Ça repoussait tout le temps. Il n’y a pas d’autre manière de faire de la foresterie. Ça fait que c’est l’appétit, c’est l’appétit des grosses compagnies qui a fait… Bien, on en veut plus, on en veut plus, on en veut plus. Ce n’est pas qu’ils ne faisaient pas d’argent, c’est qu’ils n’en faisaient pas assez. C’est ça, le problème. Ils ont rentré les abatteuses, ils ont aussi… ils ont réussi, pendant des années, à justifier que ça pouvait être bon pour la nature. En tout cas, mon père puis ses chums forestiers, ils n’en croyaient rien. Il disait : “Non, non, ça c’est du pillage. Point final.” Puis il disait : “Ça, c’est politique. C’est politique.” Je ne comprenais absolument rien de ce qu’il voulait dire. Mais là, j’ai compris. »

*******

« C’est rare que tu entendes parler du monde qui [a] dit : “Bien si une compagnie fait de l’argent, c’est parce que c’est nous autres qui lui fait faire de l’argent.” C’est Chartrand qui disait… il a tellement raison, il dit : “Tu vas mettre un million de dollars sur le bord du chemin, la “pitoune” sortira pas toute seule, là, tu sais, ça prend du monde. ” Mais on est encore comme ça, les compagnies, ici […] on n’a rien de ça, tu sais, on a [que] les salaires. On reste encore, au Québec… on est au niveau des salaires, tu sais, on n’est pas participant à rien, on n’est pas – et c’est de moins en moins syndiqué, aussi. […] on retourne dans les années 1940. »

*******

« On prend la ressource, puis that’s it. Ce n’est pas fait [l’indépendance du Québec]. Pourtant, tu sais, s’il y avait une place où est-ce que la souveraineté aurait pu être faite, c’est bien dans les ressources naturelles, c’est à nous autres. Dans les forêts. C’est à nous autres, c’est la Constitution canadienne qui le donne, les provinces sont propriétaires de leur territoire, c’est ça, la Constitution canadienne. »

À propos de l’échec

« [Les membres du groupe Abbittibbi], on s’était séparés dans des conditions qu’on n’acceptait pas. Ça a toujours été frustrant, on a travaillé comme des démons pendant cinq, six ans, puis il n’y a rien qui arrivait. Puis là, c’est plate. Là, tu te sépares, t’es pauvre, t’es cassé… Mais jamais en mauvais termes, par exemple. Ça fait que quand j’ai eu l’occasion, avec le succès de Tu m’aimes-tu… Il faut dire que j’étais producteur de mes propres affaires, pour la simple raison que personne n’en voulait. Ça fait que là, donc, j’avais la part du producteur qui est beaucoup plus importante que celle de l’artiste, là. Ça fait que c’est avec ça que j’ai produit [Chaude était la nuit, le disque d’Abbittibbi]. »

 

Source

Salut !

Voici notre interpétation du classique de Georges Brassens : les copains d’abord. La vidéo a été enregistré lors de notre concert du 30 septembre dernier au Upstair’s. Retrouvez-nous sur Find us on
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[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=vezpf23RRns]

Merci à Joëlle Cambon pour le tournage!

Bien le bonjour !

Voici un arrangement que j’ai fait de ce classique de Piaf.

Bonne écoute, et au plaisir de partager d’autres musique en direct !

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=K8lST4wA7yY]