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À la prochaine génération d’artistes

Nous nous trouvons dans une période trouble et imprévisible.

Des horreurs du Bataclan, aux bouleversements en Syrie, à la tuerie de San Bernardino, nous vivons dans une époque de confusion et de douleur. En tant qu’artistes, créateurs et rêveurs de ce monde, nous vous demandons de ne pas être découragés par ce que vous voyez mais plutôt de vous servir de vos vies, et par extension de votre art, comme moyen de propagation de la paix.

Bien qu’il soit vrai que les problèmes auxquels le monde fait face sont complexes, y répondre par la paix est simple : ça commence par soi-même. Vous n’avez pas besoin de vivre dans un pays du tiers-monde ou de travailler pour une ONG pour faire une différence. Chacun de nous a une mission qui lui est propre. Nous sommes les pièces d’un casse-tête géant et changeant, où la plus petite des actions de l’une d’elles affecte profondément chacune des autres. Vous êtes importantes, les gestes que vous posez sont importants, votre art est important.

Nous souhaitons préciser que bien que cette lettre ait été écrite avec un auditoire artistique en tête, ses idées transcendent les classes professionnelles et s’appliquent à tous et toutes, indépendamment de la profession.

D’abord, s’éveiller à sa propre humanité

Nous ne sommes pas seuls. Nous n’existons pas seuls et nous ne pouvons créer seuls. Ce dont ce monde a besoin est un éveil humaniste mu par un désir d’améliorer les conditions de vie de tous et toutes; un lieu où nos actions prennent racine dans l’altruisme et la compassion. Vous ne pouvez vous cacher derrière une profession ou un instrument : vous devez être humain. Appliquez-vous à devenir aussi bon humainement que possible. Par ce processus, vous découvrirez une riche source d’inspiration prenant ses fondements dans le fait complexe et étrange de notre simple existence sur cette planète. À ce titre, la musique n’est qu’une goutte dans l’océan de la vie.

Partez à la conquête du chemin le moins fréquenté

Le monde a besoin de nouvelles voies. Ne vous permettez pas d’être détournée par une rhétorique bon marché, de fausses croyances et illusions dictant comment votre vie doit être vécue. C’est à vous d’être les pionniers. Que ce soit par l’exploration de nouveaux sons, rythmes et harmonies, ou par des collaborations, processus et expériences inattendues, nous vous encourageons à abandonner la répétition sous toutes ses formes et répercussions négatives. Visez à créer de nouvelles actions, musicalement comme sur le chemin de votre vie. Ne vous conformez jamais.

Accueillir l’inconnu

L’inconnu requiert une improvisation émergeant sur le coup ou encore un processus créatif offrant un potentiel d’expression et d’épanouissement sans pareil. Il n’y a pas de répétition générale pour la vie, car la vie elle-même est la vraie répétition. Chaque relation, obstacle, interaction, etc. est une répétition préparant à la prochaine aventure de la vie. Tout est interrelié. Tout peut servir. Rien n’est jamais perdu. Entretenir ce genre de pensée requiert du courage. Soyez courageuses et ne perdez pas votre faculté d’émerveillement et d’égard pour ce monde merveilleux qui nous entoure.

Comprenez l’origine des obstacles

Nous nous faisons une idée de l’échec, mais elle n’est pas vraie; c’est une illusion. Il n’y a pas de chose telle que l’échec. Ce que vous percevez comme un échec est, en fait, une nouvelle opportunité, un nouveau jeu de cartes, un nouveau canevas sur lequel créer. Dans la vie, les possibilités sont infinies. Les mots « succès » et « échec » ne sont rien de moins que des étiquettes. Chaque moment recèle une opportunité. Vous, en tant qu’être humain, n’avez pas de limite, donc il existe des possibilités infinies en toute circonstance.

N’ayez pas peur d’interagir avec celles qui sont différentes de vous

Le monde a besoin de plus d’interactions « un à un » entre des gens d’origines diverses dialoguant de sujets tels que l’art, la culture et l’éducation. Nos différences sont ce que nous avons en commun. Nous pouvons créer un endroit ouvert et pérenne où tous peuvent partager idées, ressources, attention [toughtfulness] et gentillesse. Nous devons créer des liens avec tout un chacun, apprendre de tout un chacun et expérimenter la vie avec tout un chacun. Nous ne pourrons jamais établir la paix sans la compréhension de la douleur résidant dans le cœur de chacun. Plus nous interagirons, plus nous réaliserons que notre humanité transcende nos différences.

Visez à créer un dialogue libre de toute attente

L’art sous n’importe quelle forme offre un moyen d’établir un dialogue, ce qui fait donc de l’art un outil puissant. Il est temps pour le monde de la musique de créer des histoires sonores évoquant les mystères de notre humanité. Quand nous parlons des mystères de notre humanité, nous voulons dire réfléchir et remettre en question les peurs qui nous empêchent de découvrir la source infinie de courage reposant en chacun de nous. Oui, vous avez ce qu’il faut. Oui, vous êtes importante. Oui, vous devriez continuer.

Faites gaffe à l’égo

L’arrogance peut se développer chez les artistes, entre autres chez celles et ceux qui croient que leur statut les rend plus importants, ou encore chez celles et ceux qui pensent qu’évoluer dans un certain milieu artistique leur permet d’exercer sur les autres une sorte de supériorité. Faites attention à l’égo : la créativité ne peut surgir quand seul l’égo est comblé.

Travaillez vers une industrie sans frontières

Il y a dans le domaine médical une organisation nommée Médecins sans frontières. Cet effort louable peut servir de modèle pour transcender les limites et stratégies de vieilles formules d’affaires consistant à perpétuer les anciens systèmes aux dépens des nouveaux. Nous nous adressons directement au système en place, un système qui conditionne les consommateurs à acheter les produits qu’on dicte comme étant vendables, un système où l’argent est seulement un moyen d’obtenir une fin. L’industrie de la musique est une fraction de l’industrie de la vie. Vivre selon une intégrité créatrice peut engendrer des bienfaits jamais entrevus.

Reconnaissez la valeur de la génération précédente

Vos ainées peuvent vous aider. Ils et elles sont une source de richesse à l’état de sagesse. Ils et elles ont traversé tempêtes et peines d’amour; laissez leurs combats devenir des lumières qui éclairent votre chemin dans le noir. Ne perdez pas de temps à répéter leurs erreurs. À la place, apprenez de ce qu’ils ont fait et catapultez-vous dans la construction progressive d’un monde meilleur pour la progéniture à venir.

Vivez dans un état d’émerveillement constant

En vieillissant, certaines parties de notre imagination ramollissent. Que ce soit causé par la tristesse, une lutte incessante, ou encore un conditionnement social, il arrive qu’en chemin l’on oublie la façon d’accéder à la source de magie inhérente à notre esprit. Ne laissez pas cette partie de votre imagination s’estomper : regardez les étoiles et imaginez l’émotion que vous auriez en tant qu’astronaute ou pilote; imaginez-vous explorant les pyramides ou le Machu Picchu; imaginez-vous volant comme un oiseau ou traversant un mur comme Superman; imaginez-vous courant avec les dinosaures ou nageant telles des créatures marines. Tout ce qui existe est le fruit de l’imagination de quelqu’un; choyez et entretenez la vôtre, et vous serez en permanence sur le précipice de la découverte.

Vous vous demandez « comment tout ceci peut nous mener à une société paisible. » Ça commence par une visée. Votre visée a pour effet de façonner votre future et celui de celles et ceux qui vous entourent. Soyez les leaders du film de votre vie. Vous êtes la réalisatrice, la directrice et l’actrice. Soyez audacieuses et faites preuve d’une compassion incessante tout en dansant dans le voyage que représente cette existence.

 

Traduction libre S. Picard

Source : http://nesthq.com/wayne-shorter-herbie-hancock-open-letter/

Récemment, Dave Grohl donnait une conférence («keynote») à South by South West (SXSW).

Dans celle-ci, il partage un récit de vie de musicien et décrit avec un vocabulaire coloré différents événements qui ont jalonné son développement.

Pour ceux qui cherchent de l’inspiration et pour les autres voici ladite conférence (en anglais) :

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=Efv0Y5Fs7m4]

Récemment se tenait à Montréal un forum sur l’état de la chanson au Québec. Considérant que la politique culturelle du Québec (1991) a été instaurée avant l’avènement d’Internet, il était impératif qu’un tel forum ait lieu, et même surprenant qu’il n’ait pas eu lieu avant. 

Sur place se trouvait toues sortes d’intervenants et d’acteurs du milieu dont Louis-Jean Cormier, Alan Côté (directeur du Festival en Canson de Petite-Vallée), Solange Drouin (directrice de l’ADISQ), Guillaume Déziel (gérant de Misteur Valaire et membre de musiQCnumériQC). [On peut lire un article très informatif que Déziel a écrit dans le HuffPost : Réalité 2.0: la chanson du Québec en péril]

On y abordait entre autres les cinq éléments suivants : 

  • La chanson québécoise : francité et diversité
  • La chanson québécoise à l’ère numérique
  • La diffusion de la chanson et sa circulation au Québec et hors Québec
  • La création, la formation et le perfectionnement en chanson
  • Les mécanismes de financement et l’organisation du milieu de la chanson

En ouverture, les participants du forum ont eu droit à un vibrant plaidoyer de l’ami Marc Chabot (parolier de métier, philosophe et auteur.) Le revoici transcrit ici avec son aimable autorisation.  (Cette allocution est disponible en version PDF.)

La culture, la chanson et le divertissement

En 1966, la revue Liberté publiait un numéro spécial intitulé Pour la chanson. À la question : qu’est-ce que la chanson pour vous ? Félix Leclerc répondait :

L’accumulation de joies et de peines ferait éclater le cœur de l’homme, s’il n’y avait pas la chanson.

Ses limites. Ça ne se voit pas dans les hautes sphères comme la symphonie, ça ne s’attarde pas dans les couloirs de l’âme comme la psychanalyse, ça ne s’explique pas comme la philosophie, ça ne juge pas comme la morale, ça ne s’enseigne pas comme la doctrine, ça ne se copie pas comme la photographie, ce n’est pas un aigle, c’est un vivant petit oiseau sensible et intelligent dont l’univers est la cour, il connaît et ressent tout mais en petit, c’est très parent avec le conte et la fable. Ce n’est pas un océan, c’est une source, un grelot d’argent dans l’épaisseur du silence, une allumette dans la nuit.

Quelle est la bonne, quelle est la mauvaise ?

La mauvaise est une mouche qui bourdonne1.

Quand on m’a invité à participer à ce Forum sur la chanson québécoise, je me suis demandé si c’était vraiment la place d’un parolier. Après tout, une bonne partie d’entre vous vit de la chanson, vous êtes des artistes, des interprètes, des musiciens, des techniciens, des diffuseurs, des propriétaires de salle, des publicitaires, des agents. Moi, je suis un parolier. Je ne fais pas de scène, je suis occasionnellement formateur, mais je ne suis jamais parvenu à faire de mon travail un métier qui me permettait de vivre.

Mon vrai métier a été professeur de philosophie dans un cégep. Maintenant, je suis à la retraite et je continue d’écrire des chansons pour les chanteurs et les chanteuses qui en font la demande. J’aime les mots, j’aime ces mariages de toutes sortes entre les mots et les notes. Pour moi, une chanson est une œuvre, le travail de plusieurs pour que vive une idée, une émotion, un rythme. Brassens disait qu’une chanson est une petite fête de mots de notes.

Je ne suis pas venu ici pour vous parler d’argent. La chanson, c’est d’abord et avant tout un individu qui, souvent dans la solitude, s’occupe de sa peine ou de sa joie d’être au monde. Il écrit, il compose. Ce peut être Les vieux pianos ou Quand les hommes vivront d’amour. Il ne sait pas encore ce qu’il adviendra de son travail. En fait, il ne sait pas grand-chose. Il s’occupe le mieux possible à dire où il en est avec le monde. Il s’attriste des violences, il sympathise avec les démunis, il danse avec ceux et celles qui fêtent, il travaille, il biffe, il jette, il recommence, il avance et il recule.

Une fois sa création terminée, beaucoup de choses ou peu de choses sont possibles. Beaucoup ou peu de choses qui ne dépendent pas de lui. Son seul pouvoir était d’écrire une chanson, son seul pouvoir était au bout de son crayon ou de son clavier. Beaucoup du reste tient du hasard, de la chance, des rencontres, de la diffusion, du désir des autres de nous faire exister ou non.

Je veux insister sur ce désir d’exister, car c’est ce qui distingue en tout premier lieu la culture du divertissement. La culture peut faire exister les œuvres et généralement elle se soucie aussi de les conserver, de les rappeler à notre mémoire, de leur faire traverser le temps et les générations.

C’est une responsabilité qui devrait incomber aussi à ceux et celles qui s’occupent du divertissement, même si ce n’est pas leur premier défi. Une responsabilité oubliée, une responsabilité qu’on a parfois délibérément gommée.

Il y a quelques années, au Festival de la chanson de Petite-Vallée, Daniel Boucher a chanté la chanson L’ange vagabond que j’ai écrite avec Richard et Marie-Claire Séguin. Nous étions tous les trois dans la salle. Pour ceux et celles qui s’en souviennent et qui la connaissent, vous savez qu’il s’agit d’un hommage à l’écrivain Jack Kerouac. C’est une œuvre pour la mémoire.

Après sa prestation, Daniel Boucher est venu me voir, il m’a pris dans ses bras et il m’a dit : merci Marc, tu sais, c’est depuis que je suis Ti-Cul que je rêvais de chanter cette chanson sur scène. Richard Séguin qui était tout près ajouta : il y en a au moins une qui aura traversé une génération.

Il est là le pouvoir de la culture. Dans un moment comme celui-là, je me soucie bien peu d’en être l’auteur. Je sais depuis longtemps maintenant que le nom des paroliers n’est pas ce qui prime. Mais une œuvre est vivante et ça me suffit.

Ce qui compte, c’est de pouvoir dire : merci Kerouac, merci la littérature, merci la musique, merci Daniel Boucher, merci l’américanité, merci la poésie, merci la culture.

Réduire la chanson à un art de divertissement, c’est peut-être passer à côté de l’essentiel. Réduire la chanson à un art de divertissement, ce n’est pas lui rendre service.

Je voudrais qu’on me comprenne bien. Je ne suis pas en train de vous dire qu’il y aurait d’un côté les bons de la chanson, ceux qui plaident pour la culture, et de l’autre côté ceux qui sont pour le divertissement et qui seraient les méchants.

Je pense que nous pouvons tous penser plus loin. Je pense que nous nous devons de faire cet effort. Nous le pouvons et, si nous y arrivons, nous parviendrons peut-être à résoudre une partie de la crise qui nous amène tous ici. Il y a des ponts à rétablir entre la culture et le divertissement. La solution est là, pas dans l’acte de creuser davantage le fossé entre les deux.

Cette crise exige d’être réfléchie de plusieurs manières. Cette crise, elle vient aussi de cette séparation que nous encourageons jour après jour entre culture et divertissement.

Une chanson peut nous faire réfléchir, une autre peut nous faire danser, une autre peut nous faire pleurer et une autre encore peut nous faire rire. La chanson est un art multiple. La chanson doit être tout autant une fête qu’un hymne. La chanson doit être tout autant une folie qu’un recueillement ou une dénonciation des violences. Chanter, c’est tenter de dire et tenter de décrire tous les mondes possibles. La danse à Saint-Dilon fait son travail comme La danse des canards ou La danse du Smatte. Le plus beau voyage fait son travail comme La langue de chez nous ou Bozo les culottes. Les oies sauvages font leur travail comme La planque à libellules ou On va s’aimer encore.

Nous avons besoin des chansons pour tous les instants de la vie des êtres et pour tous les instants de la vie d’un peuple. J’ai besoin de ces petits oiseaux dans ma cour, comme le disait Félix. Comme j’ai besoin du cinéma, du théâtre, du roman, de la peinture et de la poésie.

Admettons que comme créateur, comme compositeur, comme parolier, comme interprète, nous ne serions que trop peu de choses si notre seul but, notre seule action dans la culture était de divertir. La chanson doit être libérée des carcans dans laquelle on tente de l’emprisonner. Elle est plus qu’un genre, elle est plus qu’un son, elle est plus qu’une voix, elle est plus qu’une mode, elle est plus que ce qu’elle vend ou ne vend pas. C’est ce plus que nous devrions rechercher. C’est ce plus qui fait que, quelque part, un jeune vient de s’acheter une guitare et s’apprête à partir à l’aventure, qu’un autre vient de s’acheter un dictionnaire de rimes et se rend compte avec tristesse que bien peu de mots riment avec amour et qu’il devra trouver le moyen de nous le faire oublier.

Oui, il y a une crise. Elle est profonde, elle est terrible. Depuis l’arrivée du CD notre chanson se disperse et se perd. Le répertoire disparaît petit à petit. Nous sommes un petit marché et beaucoup de nos créations sont complètement disparues avec l’arrivée des CD. Il est strictement impossible, même avec la plus belle volonté du monde, de posséder l’intégrale de l’œuvre de Claude Léveillée ou Pauline Julien. Qui se souvient des albums d’une Ginette Ravel ou du groupe Toubabou2 ?

Nous n’aimons pas la chanson quand nous nous enfermons dans le présent. Il n’est jamais bon pour l’avenir de ne pas avoir de passé.

Je rêve depuis des années d’un vrai site Internet qui aurait le souci du passé. Contrairement à ce que l’on pense, il y a une grande différence entre l’histoire et la nostalgie.

Pouvons-nous nous donner les moyens de sortir de l’éphémère ? La chanson a une histoire, comme le cinéma ou la littérature.

Écrire une chanson, c’est ouvrir à la liberté. C’est la réclamer quand on n’en voit plus le bout du nez. C’est tout autant la liberté de l’amoureux que la liberté d’un peuple. J’aime savoir que les chansons naissent d’une émotion, mais c’est justement parce qu’elles sont une émotion qu’elles sont fragiles et cette fragilité peut faire tout autant notre bonheur que notre malheur.

Idéalement, la chanson ne devrait pas être au service de quelque chose. Elle est un mode d’expression, une manière d’être et de dire le monde. On ne peut pas se contenter de penser la chanson comme un simple soutien à l’industrie, à la publicité, aux radios ou aux commerces de tous genres. Quand j’écris dans un texte de chanson : je veux encore d’un grand verre de bonheur, j’aimerais bien qu’on sache que je n’écris pas pour qu’on boive plus de lait, une liqueur ou une bière. Je veux d’une chanson qui existe pour elle-même, je veux des chansons qui s’adressent à nous tous.

La vie n’est pas un éclat de rire permanent. Nous le savons tous. Depuis quelques années, bien des arts sont disparus des médias. Il y a peu ou pas de place pour notre poésie, peu ou pas de place pour le roman, peu ou pas de place pour la peinture et le théâtre. Est-ce normal qu’il y ait à chaque semaine dans trois de nos chaînes publiques entre six et dix heures d’émissions pour rire ? Je prendrais bien quelques-unes de ces heures pour rencontrer un chanteur, une chanteuse, un romancier ou un poète. Je voudrais le dire sans dénigrer pour autant l’humour.

Oui, choisir la culture est plus exigeant que le divertissement, mais c’est un choix de société et pour moi, il y a une différence entre un choix de société et des cotes d’écoute.

Durant les deux jours qui viennent, vous aurez la chance ou la malchance d’en apprendre bien davantage sur les différentes crises de la chanson. Problèmes de diffusion, problèmes de ventes de billets, problèmes de droits d’auteur.

Il y a vraiment beaucoup de problèmes à résoudre pour que la chanson existe mieux et existe plus. Je pense que nous sommes d’accord pour dire avec ceux et celles qui nous convient à cette réflexion, que les enjeux et les défis sont grands. Mais il faut aussi ne pas confondre les enjeux collatéraux avec une interrogation majeure : quelle place voulons-nous vraiment pour la chanson dans la culture ? Et cette question ne s’adresse pas seulement aux créateurs des chansons mais aussi à ceux et celles qui font vivre nos œuvres.

Le philosophe Vladimir Jankélévitch a écrit :

… la jeunesse rend tout le monde jeune, comme la poésie fait de chacun un poète3!

Il suffit d’aller entendre le spectacle des Douze hommes rapaillés pour s’en convaincre. Nous sommes au plus proche de ce que peut faire la culture : provoquer chez l’humain l’élévation dont il a besoin pour espérer. La chanson, comme tous les arts, est un arrachement au réel. Nous avons besoin qu’on nous invite dans l’ailleurs. Nous avons besoin de savoir que nous sommes autre chose que des travailleurs ou des consommateurs. Il est bon pour les hommes et les femmes que nous sommes de retrouver notre noblesse. Je refuse l’idée que nos élévations, nos arrachements au réel et notre noblesse soient des concepts creux.

On nous a habitués avec trop de facilité à consommer. Même le malheur et les guerres se consomment. J’ai besoin de la chanson pour aller ailleurs, pour approcher la beauté. La chanson m’a si souvent permis d’espérer, de grandir, de rêver. La chanson sauve des vies, elle aide à vivre, elle aide à mieux comprendre nos complexités, nos contradictions, nos divagations, nos égarements. J’aime savoir qu’elle peut continuer à faire son métier. Simplement, sans prétention, sans exagération. J’aime qu’elle prenne ma main pour m’aider à rester debout et vivant.

Mais je pense aussi qu’elle a besoin d’être défendue par chacun de nous. Je pense que nous devons refuser qu’on oublie sa grandeur, qu’on oublie qu’elle n’a pas à être traînée dans les marges de la consommation parce que nous manquons d’imagination. Elle peut encore être un refuge quand l’insignifiance déferle sur nous.

Je relisais récemment un livre du philosophe Peter Sloterdijk, Essai d’intoxication volontaire. Il disait ceci de la mission de l’écrivain. Je pense qu’on pourrait très facilement le dire aussi de la chanson.

La mission de l’écrivain n’est pas d’être anodin. Il me semble que nous avons oublié ce qu’est un écrivain et ce qu’il fait lorsqu’il se consacre à son métier. Les écrivains sont des expérimentateurs. Leur boulot, c’est de dépister ces substances dangereuses que l’on appelle les thèmes, les thèmes profonds de leur époque, ces thèmes sont traités, décomposés, filtrés, renversés et recomposés par les auteurs. Il s’agit d’un boulot (…) risqué.

Un peu plus loin il ajoute :

C’est un sérieux symptôme du déclin de la vie publique, lorsque même les critiques, (…) ne comprennent plus ce que fait un auteur en menant des expériences sur des aspects explosifs des matériaux dangereux4.

Cette mission de l’écrivain, c’est peut-être aussi celle du chanteur, du parolier et du musicien. Pouvoir dire qu’il y a des secousses sismiques en chaque être humain. Pouvoir dire que nous avons besoin d’être réveillés.

Et Sloterdijk en ajoute une dernière :

Toute personne disposant d’un téléviseur peut s’écœurer de tout5.

C’est par écœurement justement qu’on finit par éteindre. Vivement la culture, vivement le retour de la chanson dans la culture.

Si la culture est un arrachement au monde ou au réel, elle n’est pas un aveuglement, une manière de m’endormir, un détournement de l’esprit. Il y a une réclame de bonheur dans l’histoire de notre chanson qui mérite d’être entendue. Elle est là cette réclame. Elle nous vient des artistes eux-mêmes. Elle nous vient des artistes de tous les âges. Je l’entends tout autant chez Lucille Dumont que chez Bernard Adamus. Elle ne vient pas d’un son mais du sens.

Je vous remercie.

Marc Chabot

Janvier 2013

1 Félix Leclerc, Pour la chanson, Liberté, no 46, 1966, p. 32.

2 D’autres noms : Marie-Claire Séguin, Mario Trudel, Lawrence Lepage, Vos Voisins, Geneviève Paris, Sylvie Tremblay. Nous avons chacun notre liste et cette liste n’est rien d’autre qu’un avis de disparition.

3 Vladimir Jankélévitch et Béatrice Berlowitz, Quelque part dans l’inachevé, Folio essais, 1987, p. 233.

4 Peter Sloterdijk, Essai d’intoxication volontaire, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Calmann-Lévy, 1999, p. 146-147.

5 Ibid., p. 43.

Dans le cadre du programme adoptez un musicien du Conseil Québécois de la Musique (CQM), j’ai récemment donné une entrevue à au site Pieuvre.ca.

Voici les propos recueillis par Caroline Lévesque (@CaroLevek)

C’est autour d’un bon café, par un matin automnal au marché Jean-Talon, que nous avons discuté avec Sylvain Picard, guitariste de jazz. Le but n’était pas tellement de parler de ses projets musicaux, mais plutôt d’aborder le sujet des autres intérêts qui l’animent et ainsi découvrir qui se cache derrière le musicien d’adoption. Notre journaliste ne pouvait cependant pas évacuer la question de la place du jazz dans sa vie afin de mieux comprendre ses autres passions. Portrait d’un musicien féru des arts martiaux, de bons vins et de politique.

Photo: © 2012 Dan Baragar

Visiblement, Sylvain Picard affectionne l’endroit de notre rencontre. « Je fais toutes mes épiceries au Marché Jean-Talon. C’est ici qu’il y a les meilleurs prix, les gens sont fins et on y trouve les meilleures pommes au monde. Quand tu ne peux pas aller dans un verger, elles sont ici ». Il habite d’ailleurs dans Villeray, un quartier qu’il apprécie pour son atmosphère agréable et ses nombreux petits cafés.

Passer du punk au jazz en quelques mois

L’homme de 33 ans est définitivement un artiste passionné. Il a commencé à écouter de la musique jazz à l’âge de 18 ans alors qu’il étudiait au cégep en technique administrative, en Outaouais. Avant cette période, il avait une préférence pour le rock progressif et le heavy métal, et affectionnait particulièrement les groupes punks de la vague londonienne et californienne de la fin des années 1970. « Subhumans, Dead Kennedeys, Sex Pistols… J’écoutais les punks qui ne faisaient pas de vidéos… Les vrais punks! » Comment a-t-il pu soudainement passer de l’anarcho-punk au jazz? « Je suis rentré dans la musique jazz parce que je sentais que j’étais arrivé au bout de ce que je pouvais sortir en rock progressif. »

Il est donc parti de Hull, sa ville d’origine, pour aller étudier à l’Université Concordia en musique où il s’est spécialisé en écriture et arrangements. Il peut maintenant écrire des partitions pour tous les instruments, même s’il ne joue pas de ceux-ci: « Cuivres, trompette, trombone, cor français, tuba et batterie… Je comprends comment ces instruments fonctionnent à partir de principes d’orchestration. La connaissance de ces principes, additionnée à une connaissance musicale, permet de bien traduire les idées. »

L’art de savoir acheter sa bière en mandarin au dépanneur du coin

Très curieux de nature, Sylvain Picard est un autodidacte. Nous avons été surpris d’apprendre qu’il maîtrise des notions de mandarin. « J’ai acheté un DVD de mandarin et j’ai fait des essais dans des dépanneurs et des restos chinois, et ça marche! » Le musicien nous a fait une démonstration de ses apprentissages en lançant sur un ton lyrique la phrase « je prendrais bien une petite bière » dans la langue en question. « Ce sont des affaires importantes à savoir, nous dit-il, très pince-sans-rire. Je suis toujours impressionné quand on me répond. Je me dis: “merde, je n’ai rien compris!” »

Outre la bière achetée en parlant chinois au dépanneur du coin, Sylvain Picard aime le bon vin. « Il y a des vins de semaine, et il y a des vins de fin de semaine ». Il voit d’ailleurs un lien évident entre la musique et le vin: « La musique peut être comme un bon syrah australien que tu as envie de déguster en prenant ton temps, en partageant ça tranquillement, langoureusement ou prestement avec du monde. »

Pour en revenir sur la question du mandarin, pourquoi cette langue en particulier? « Ça fait huit ans que je fais des arts martiaux. Kung-fu, wing-chun… Ça m’a amené à étudier la culture chinoise. Actuellement, je fais du tai-chi martial: c’est une forme de tai-chi qui permet, à partir des mouvements, de savoir comment dégager de la force. » Le musicien fait quotidiennement une heure et demie de tai-chi qu’il pratique au parc Jarry, dans son quartier. La pratique du tai-chi est devenue pour lui un mode de vie, et il ne peut s’en passer. « Je ne peux pas faire cela à moitié, c’est comme la musique. »

Le musicien de jazz en est venu à faire des liens entre les arts qu’il pratique. Cette hybridité des domaines se traduit aussi dans sa manière d’aborder le mouvement. « Si tu as une progression d’accords à jouer et si tu as développé cette pensée-là dans une autre gestuelle, c’est plus facile de l’apporter et vice versa. »

Les réflexions politiques québécoises

Quand nous l’avons interrogé sur les lectures qu’il préfère, il nous a répondu sans hésiter qu’il aime les réflexions des essayistes québécois. « J’aime de plus en plus la politique. J’adore Pierre Vadeboncoeur, un intello québécois décédé en 2010. C’est un contemporain de Michel Chartrand. Un penseur québécois important. » Il trouve d’ailleurs qu’au Québec, nous ne connaissons pas assez nos intellectuels, qui sont souvent cloisonnés dans leur tour d’ivoire…

En terminant, nous lui avons demandé comment il s’y prend pour se démarquer dans son art, ce qui n’est pas toujours simple en tant qu’artiste. « Je fais de la musique comme je la sens, j’essaie d’aller au fond de ça. Plus tu te donnes dans ta démarche et que tu as les outils pour la traduire de façon concrète, plus ça peut être reçu avec passion. Peu importe le projet, il faut s’investir et trouver des gens susceptibles d’avoir ce même intérêt-là. Le défi est de rejoindre les personnes intéressées. » C’est d’ailleurs un bonheur pour lui de savoir qu’il peut aller chercher l’intérêt d’un public qui n’est pas à la base familier avec le jazz.

source : http://www.pieuvre.ca/2012/10/17/culturel-adoptez-musicien-picard/

Bien le bonjour !

Les inscriptions sont en cour pour la session d’automne des cours de musique/guitare. (Les nouvelles inscriptions sont acceptées tout au long de l’année Inscriptions)

C’est quand? La session de 15 semaines commence la semaine du 10 septembre 2012 et se termine la semaine du 17 décembre 2012.

C’est pour qui? Des guitaristes qui souhaitent se présenter à des auditions au programme de musique de CEGEP et d’université; des guitaristes qui sont intéressés par l’improvisation jazz; des guitaristes qui désirent apprendre à lire la musique; des guitaristes qui veulent jouer «à l’oreille»; des gens qui veulent démystifier la théorie musicale, ceux qui veulent améliorer leur répertoire de chansons de feu de camps, etc. En somme, c’est pour des vieux enfants et des jeunes diplômés.

C’est où? Les cours sont donnés à Montréal, dans le quartier Villeray, près du métro Jarry.

Combien ça coûte?

  • Une session de 15 cours d’une heure coûte 500$.
  • Un cours d’une heure coûte 35$
  • Un cours d’une demi-heure coûte 20$

Qui donne les cours? Sylvain Picard

Combien d’années d’expérience a-t-il? Sylvain enseigne depuis plus de 13 ans et est diplômé en composition et guitare jazz de l’Université Concordia.

Pour s’inscrire envoyez-moi un courriel ou appelez-moi au (514) 651-3003

Pour en savoir plus, on peut visiter http://elixirmusiques.wordpress.com/cours-de-musique-guitare/

Quelques exemples :
L’accompagnement jazz : ça doit danser
Les blocs de la gamme de Do majeur
Les sept blocs de la gamme de Do majeur en détail
Pratiquer les gammes différemment
Les blocs et la guitare – vers l’improvisation…

Bonus : Quelques questions à l’attention du musicien qui a atteint un «plateau»…
Pensée du vendredi – L’esprit du gourmet

Hier, j’ai eu le plaisir de passer la soirée avec les copains au Labo de la Taverne Jarry. En entrée, Jean-Luc Thievent est venu présenter quelques pièces à la guitare àa sa façon Nashville.

Au plat principal, Doc Weld (Yves Desrosiers) et ses chirurgiens sonores (Mario Légaré à la contrebasse [le souriant ayant oublié ses lunettes!] et Benoit Morier à la batterie) nous ont présenté des chansons à scandale. On y critiquait sous tous les angles dans des textes finement ciselés et désopilants le marasme politique dans lequel nous nous trouvons. Les pièces folk à saveur punk servaient bien le propos. L’accoutrement du Doc aussi.

Labo Spectacles de la Taverne Jarry

Labo spectacles de la taverne Jarry

Puisque la gravité pesait, l’inénarrable Urbain Desbois est venu clôturer la soirée. D’entrée de jeu, il s’est mis à narguer son contrebassiste (l’excellent et souriant Philippe Leduc) dont s’était la première soirée avec l’Urbain. La bête de scène nous a ensuite servi des pièces tirées entre autres de son album la gravité me pèse. (Suvicissitude, Ô Québécor [veux-tu m’acheter un char?]) L’ensemble a été livré avec fougue et intelligence. Ça fait du bien!
Labo spectacles de la Taverne JarryLabo spectacles de la Taverne Jarry


Dans le cadre de la campagne  adoptez un musicien orchestré par le Conseil Québécois de la Musique, j’ai été adopté par l’équipe de l’émission Temps Libre de Radio Ville-Marie. De 16h30 à 18h pour quelques vendredis à venir, je serai l’invité de François Beauregard.

Nous y discuterons de mon parcours de musicien, de mes expériences, de ma passion pour le kung fu, etc.

On peut syntoniser l’émission sur internet via radiovm.com ou sur les stations de radios suivantes :
– Montréal  (91,3 FM)
– Laurentides et environs (91,3 FM)
– Estrie: Sherbrooke et environs (100,3 FM)
– Mauricie: Trois-Rivières et environs (89,9 FM)
– Centre: Victoriaville et environs (89,3 FM)
– Bas St-Laurent: Rimouski et environs (104,1 FM)
– Outaouais: Gatineau-Hull et environs (1350 AM)

Qu’est-ce qu’Adoptez un musicien ?
Adoptez un musicien ! est une campagne médiatique qui vise principalement à démystifier l’image du musicien auprès des médias et du public. Adoptez un musicien ! présente une trentaine de musiciens (compositeurs, chanteurs, instrumentistes, etc.) aux médias et les invite à en adopter un pour quelques heures (ou pourquoi pas quelques jours !). L’adoption résulte en une entrevue pour la presse écrite, la radio ou la télé dans le cadre de la Journée internationale de la musique (1er octobre). Les médias visés ne sont pas nécessairement des médias spécialisés en musique puisque la campagne cherche avant tout à rejoindre de nouveaux publics. Il fut ainsi possible de voir lors des précédentes éditions, un électroacousticien faire l’objet d’un article de la revue Québec Science pour l’invention d’un instrument; ou un chef d’orchestre, amateur de hockey, faire la chronique sport à l’émission Matin express week-end de RDI; ou un pianiste, amateur d’auto, faire une chronique automobile à l’émission Monde de l’auto de Canal Vox (en écoutant du Chopin); ou un flûtiste discuter de whisky avec Joël LeBigot à Samedi et rien d’autre à la Première chaîne de la SRC et interpréter quelques pièces solos en direct.

Le 15 septembre dernier, dans le cadre de l’enregistrement d’Airs à Faire Frire (premier album du trio Sylvain Picard), Claude Thibault muni de sa caméra m’a posée quelques questions pour son site sortiesjazznights.com.

Voici ce que ça a donné.

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=n3YsI5DPY0E]

Airs à Faire Frire en studio en septembre

Le jour j arrive à grands pas. Le trio Sylvain Picard commencera l’enregistrement de son premier long jeu le 13 septembre. N’étant pas soutenu par une maison de disque et les coûts étant dispendieux, j’ai eu l’idée de proposer différentes formes de contributions qui nous permettrons de financer l’album. Une de celles-ci est la diffusion de concerts privés. Ça pourrait t’intéresser !

Pourquoi nous aider?

Car le projet sera entièrement auto-financé. C’est-à-dire que nous ne demanderons aucune bourse ou subvention d’aucun palier du gouvernement, ni aucune aide de maison de disques. Cette façon de financer un projet est moderne et intime. Moderne car elle fait fit des modèles économiques existants, et intime car, les intermédiaires étant éliminés, le contact entre l’artiste et le «fan» est direct.

Par ailleurs, réaliser un album de qualité dans des conditions optimales est dispendieux. En l’échange de récompenses diverses, vos dons contribueront à l’aboutissement de notre projet d’enregistrement. L’argent amassé servira à couvrir plusieurs dépenses :

  • payer le temps de studio
    • enregistrement
    • mixage
    • matriçage
  • infographie
  • gravure des cd
  • lancement d’album

Nous enregistrerons au Studio 270, sous la supervision des oreilles bioniques de Robert Langlois.

La sortie du disque est prévue avant la fin de l’automne.

Comment contribuer?

C’est facile! En l’échange d’une contribution financière, plusieurs options alléchantes s’offrent à vous. Voici comment faire :

  • Choisissez la contribution de votre choix
  • Cliquez sur le bouton Paypal (paiements sécurisés par carte de crédit)
  • Faites votre achat

Les options de contributions

Option 1 : avec une contribution de 10$, recevez en primeur Airs à Faire Frire en téléchargement une semaine avant sa parution

Option 2 : avec une contribution de 25$, recevez une copie dédicacée de l’album et le téléchargement en primeur

 Option 3 : avec une contribution de 100$, recevez un cours de guitare de 60 minutes (sur l’île de Montréal) et le contenu des options 1 et 2

  Option 4 : avec une contribution de 400$, Sylvain ira faire un concert privé (20 personnes ou moins) sur l’ïle de Montréal. Le concert est d’une durée de 2 heures (deux parties de 45 minutes et une entracte.) Nous choisissons la date de concert ensemble. De plus, et le contenu des options 1 et 2

 Option 5 : avec une contribution de 900$, le trio Sylvain Picard fera un concert privé (20 personnes ou moins) sur l’île de Montréal et recevez le contenu des options 1 et 2 en primeur. Le concert est d’une durée de 2 heures (deux parties de 45 minutes et une entracte.) Nous choisissons la date de concert ensemble.

 Option 6 : avec une contribution de 1 500$, chacun des membres du trio donnera une classe de maître d’une heure à propos de son instrument (guitare, contrebasse, percussions) et il y aura un concert privé (20 personnes ou moins) sur l’île de Montréal et recevez le contenu des options 1 et 2 en primeur. Le concert est d’une durée de 2 heures (deux parties de 45 minutes et une entracte.) Nous choisissons la date de concert ensemble.

Merci six mille fois !

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À propos du Trio Sylvain Picard

Depuis 2009, le Trio Sylvain Picard promène ses compositions déglinguées et interprétations bringuebalantes. En plus d’être influencées par les impressionnistes (Érik Satie en tête et en queue), les compositions de Sylvain Picard sont entre autres inspirées des univers braques de Tom Waits, Ennio Morricone et Danny Elfman, des paysages sonores telluriques de Bill Frisell et ceux contemplatifs de Kenny Wheeler.

Quand on lui demande de décrire la musique de son trio, Sylvain aime à répondre en utilisant une expression imagée de Richard Desjardins : « la musique de mon trio, c’est comme du « cinéma pour les aveugles. » »

Airs à Faire Frire est une suite en trois mouvements composée en l’honneur de l’iconoclaste Érik Satie. Son titre est un clin d’oeil à la pièce de Satie qui s’intitule Air à Faire Fuir.

Les artisans de la friture

  • Charles Duquette est aux percussions.
  • Mathieu Deschenaux est à la contrebasse
  • Sylvain Picard aux compositions et à la guitare

Pro bono publico

À l’ère des mégaspectacles, des festivals et des superproductions, la culture est-elle condamnée à se justifier par le discours économique?

«Pour le bien du public» - U2360º Tour : le premier des concerts du week-end était offert hier soir dans un stade spécialement érigé à Montréal.

Photo : Jacques Nadeau – Le Devoir
«Pour le bien du public» – U2360º Tour : le premier des concerts du week-end était offert hier soir dans un stade spécialement érigé à Montréal.
U2 déploie ce week-end sa formidable machine à générer du plaisir et du pognon. Normal. La culture est une industrie; l’art, un produit. Même la poésie a son marché, alors, hein? Seulement, comment et pourquoi en est-on arrivé là? Et y a-t-il même moyen de résister?

On sait ce que vaut maintenant le U2360º Tour, dont le premier des concerts du week-end était offert hier soir dans un stade spécialement érigé à Montréal: bon, pas bon, le supermégaspectacle a déjà rapporté 740 millions en revenus juste aux guichets, ce qui en fait la tournée la plus lucrative de l’histoire de la musique. L’ancien record appartenait aux Rolling Stones, qui ont engrangé à peine 660 millions avec A Bigger Bang Tour, entre 2005 et 2007. Pas fort, les papis…

Dans tous les cas, il faut ajouter les non moins lucratives recettes des produits dérivés du produit principal. Un fan dépenserait une quinzaine de belles piastres en moyenne. Ils sont 80 000 par représentation au stade youtouesque.

U2 joue pour le bien de tous, mais il ne s’active pas vraiment pro bono publico, comme disent les juristes, à titre gracieux, quoi. La musique qui adoucit les moeurs endurcit donc aussi les portefeuilles. Celui de Paul David Hewson, dit Bono, chanteur et auteur de la formation irlandaise, pèse son milliard de dollars, sans compter les profits de la présente tournée, évalués à plus du tiers des revenus.

Il n’y a pas que ça, évidemment. Le baobab du nabab de la pop cache une forêt où la culture triomphe en business pour vendre des produits plus ou moins artistiques. Même les PME et les entrepreneurs-créateurs en marge justifient leur existence (et leurs subventions) à coups de retombées économiques et de créations d’emploi. Reprenons et généralisons donc la question fondamentale à plusieurs milliers de milliards: quelle est la valeur de l’art? La culture est-elle maintenant condamnée à trouver ses justifications premières dans le marché et dans le discours économique, en glissant pour ainsi dire d’une valeur à l’autre, du sens aux sous?

La mercantilisation généralisée

«Il reste par bonheur nombre de lieux et d’acteurs qui résistent à l’emprise de ce discours d’asservissement économiste, mais il est vrai que la tendance très largement dominante est bien celle d’une mercantilisation générale des esprits et, par suite, des pratiques, répond par écrit Pierre Popovic, professeur de littérature de l’Université de Montréal, spécialiste des théories du discours. «Pour en rencontrer un exemple des plus communs, il suffit d’écouter la façon dont les invités sont présentés dans les émissions dites « culturelles » et dans les talk-shows à la radio ou à la télévision. Cela donne lieu à des exercices d’adoration extatique de ce type: « Voici X qui a vendu 15 millions d’exemplaires de son dernier album. Waouh! » ou « C’est un honneur de recevoir Y qui a conquis le coeur de centaines de milliers de lecteurs. Waouh! » Il ne faut pas s’y tromper: ce genre de propos est plus retors qu’il n’y paraît. Ils laissent et font croire que le fait d’avoir vendu énormément est en soi un critère de qualité musicale ou littéraire et qu’il y aurait dans l’énormité des chiffres de vente une manière de vertu: les acheteurs seraient allés spontanément, naturellement vers la musique de X ou les romans de Y. C’est évidemment faux. La demande est créée de toutes pièces et l’émission, dans sa forme même, fait partie intégrante du processus de fabrication du succès de X ou de Y.»

Le Français Patrick Viveret appelle «écoligion» cet enfermement dogmatique dans l’idéologie du marché. Ce système de croyances a son clergé dans les centres de recherche, les universités et les médias, certaines grosses légumes faisant la triple trempette. C’est le cas de Nathalie Elgrably-Lévy, enseignante à HEC, membre du conseil d’administration de l’Institut économique de Montréal, un think tank de droite, et chroniqueuse au Journal de Montréal (JdeM). Elle y défendait récemment l’idée que seul le marché doit décider du sort d’une oeuvre: si ça se vend, tant mieux; sinon, tant pis. Le mois dernier, l’animatrice Krista Erickson, du réseau Sun TV, a passé à la casserole la danseuse contemporaine Margie Gillis sur le thème connexe de l’absurdité des subventions à un art jugé futile et insensé.

«Comme nous avons pu le constater avec le coup monté de Krista Erickson aux dépens de Margie Gillis, la doxa utilitaire est bien ancrée chez les gens de la droite néoconservatrice, écrit au Devoir Alain Roy, fondateur et directeur de la revue culturelle L’Inconvénient, lui aussi interrogé par courriel. La question de fond dans le débat sur le financement public des arts est la suivante: est-ce que nous consentons collectivement à ce qu’une part de l’économie relève de la pure dépense et que cette pure dépense ait pour fonction de remettre en question le primat de l’économie? Question manifestement trop sophistiquée pour Krista Erickson et les gens de Sun News. On pourrait se contenter de rire de ce genre de journalisme-poubelle, mais il est quand même un peu inquiétant de savoir qu’il émane de notre PKP [Pierre Karl Péladeau, propriétaire de Sun TV et du JdeM], lequel siphonne d’ailleurs allègrement les fonds publics pour ses propres publications de supermarché.»

M. Roy explique cet emportement dans l’utilitarisme et le tout-au-marché dans le discours entourant la culture par une «réduction de l’existence vécue comme rassurante» avec des formules simples en rapport avec la réussite, la performance et le profit. «L’utilitarisme « encadre » les hommes alors que l’art, selon le mot de Rilke, a plutôt comme vocation de nous projeter dans l' »Ouvert », poursuit-il. La contemplation esthétique peut prendre la forme d’un ravissement, mais ce ravissement n’est jamais loin d’un certain vertige, d’une prise de distance face au monde qui nous apparaît alors dans sa pure contingence; et le contingent, le non-nécessaire, l’inutile, le hasard sont toujours un peu inquiétants pour les êtres de raison que nous sommes.»

La doxa économiste

M. Popovic relie plutôt cette dérive de la mercantilisation générale des esprits au double triomphe de la révolution conservatrice et du néolibéralisme, en même temps qu’à l’incapacité des discours d’opposition à défendre la culture libre et critique, leurs propres «grands récits militants» ayant disparu. «Dans de telles circonstances, la doxa économiste n’a eu aucun mal à occuper tout le terrain, et nos petites lâchetés ordinaires (je me mets dans le lot) ont fait le reste, note-t-il. Entendons bien qu’il ne s’agit pas de nier que la culture a toujours accompagné les marchands et qu’elle a besoin de ses propres marchands (des éditeurs, des diffuseurs, des artisans, etc.), mais de rappeler que la création littéraire et artistique doit être aussi libre que possible pour assumer le rôle multiple et complexe qui lui a été dévolu depuis — grosso modo — les premiers élans avant-coureurs de la Renaissance: rôle de soutien critique aux projets d’émancipation individuelle et collective, de consolation face à la souffrance, de critique des évidences conjoncturelles, de lecture inventive du monde tel qu’il va, de mise en crise des idéologies, de brouillage et d’opacification des argumentaires monologiques, etc. Les oeuvres qui en ont résulté n’ont jamais pu le faire qu’en bataillant contre des tentatives d’instrumentalisation issues de pouvoirs externes, religieux d’abord, politiques ensuite, économiques hier et aujourd’hui.»

Aucun «secteur» ne semble à l’abri. Le professeur observe les effets concrets de la dérive dans la disparition du cinéma d’auteur italien ou allemand au profit de productions commerciales, formatées, misant sur une «hystérisation des affects et des pulsions». De même, en littérature, tout ce qui n’est pas rentable semble maintenant tenu pour «pittoresque ou supprimé».

«Premièrement, on constate que l’essentiel de la couverture médiatique est consacré à ce qu’on pourrait appeler les arts spectaculaires: cinéma, cirque, musique pop, danse, théâtre, enchaîne Alain Roy. Les arts discrets, ceux qui comme la littérature ou la peinture sont abordés sur le mode du recueillement silencieux et privé, se trouvent alors marginalisés, car il n’y a sans doute rien de plus incompatible avec l’appareil médiatico-publicitaire qui carbure aux effets de masse, à l’effusion mimétique. Deuxièmement, le tout-au-marché se manifeste dans la dissolution de la littérature au sein de la catégorie du livre. En examinant les brochures publicitaires de nos grandes chaînes de librairies, il est assez triste de constater que la « vraie littérature » y est à peu près absente, délogée qu’elle est par les livres de recettes, les guides pratiques, les manuels de croissance personnelle, les biographies, les polars, les livres jeunesse, la chicklit, les harlequinades, etc.»

Ou les livres sur U2? Dans sa chanson God Part 2, on retrouve ceci: «Don’t believe in riches / But you should see where I live». Une chanson fort agréable par ailleurs, là n’est pas la question, on se comprend, la valeur du groupe se mesurant aussi de cette manière…

Source : Le DevoirStéphane Baillargeon samedi 9 juillet 2011