Category: Aphorisme

À la prochaine génération d’artistes

Nous nous trouvons dans une période trouble et imprévisible.

Des horreurs du Bataclan, aux bouleversements en Syrie, à la tuerie de San Bernardino, nous vivons dans une époque de confusion et de douleur. En tant qu’artistes, créateurs et rêveurs de ce monde, nous vous demandons de ne pas être découragés par ce que vous voyez mais plutôt de vous servir de vos vies, et par extension de votre art, comme moyen de propagation de la paix.

Bien qu’il soit vrai que les problèmes auxquels le monde fait face sont complexes, y répondre par la paix est simple : ça commence par soi-même. Vous n’avez pas besoin de vivre dans un pays du tiers-monde ou de travailler pour une ONG pour faire une différence. Chacun de nous a une mission qui lui est propre. Nous sommes les pièces d’un casse-tête géant et changeant, où la plus petite des actions de l’une d’elles affecte profondément chacune des autres. Vous êtes importantes, les gestes que vous posez sont importants, votre art est important.

Nous souhaitons préciser que bien que cette lettre ait été écrite avec un auditoire artistique en tête, ses idées transcendent les classes professionnelles et s’appliquent à tous et toutes, indépendamment de la profession.

D’abord, s’éveiller à sa propre humanité

Nous ne sommes pas seuls. Nous n’existons pas seuls et nous ne pouvons créer seuls. Ce dont ce monde a besoin est un éveil humaniste mu par un désir d’améliorer les conditions de vie de tous et toutes; un lieu où nos actions prennent racine dans l’altruisme et la compassion. Vous ne pouvez vous cacher derrière une profession ou un instrument : vous devez être humain. Appliquez-vous à devenir aussi bon humainement que possible. Par ce processus, vous découvrirez une riche source d’inspiration prenant ses fondements dans le fait complexe et étrange de notre simple existence sur cette planète. À ce titre, la musique n’est qu’une goutte dans l’océan de la vie.

Partez à la conquête du chemin le moins fréquenté

Le monde a besoin de nouvelles voies. Ne vous permettez pas d’être détournée par une rhétorique bon marché, de fausses croyances et illusions dictant comment votre vie doit être vécue. C’est à vous d’être les pionniers. Que ce soit par l’exploration de nouveaux sons, rythmes et harmonies, ou par des collaborations, processus et expériences inattendues, nous vous encourageons à abandonner la répétition sous toutes ses formes et répercussions négatives. Visez à créer de nouvelles actions, musicalement comme sur le chemin de votre vie. Ne vous conformez jamais.

Accueillir l’inconnu

L’inconnu requiert une improvisation émergeant sur le coup ou encore un processus créatif offrant un potentiel d’expression et d’épanouissement sans pareil. Il n’y a pas de répétition générale pour la vie, car la vie elle-même est la vraie répétition. Chaque relation, obstacle, interaction, etc. est une répétition préparant à la prochaine aventure de la vie. Tout est interrelié. Tout peut servir. Rien n’est jamais perdu. Entretenir ce genre de pensée requiert du courage. Soyez courageuses et ne perdez pas votre faculté d’émerveillement et d’égard pour ce monde merveilleux qui nous entoure.

Comprenez l’origine des obstacles

Nous nous faisons une idée de l’échec, mais elle n’est pas vraie; c’est une illusion. Il n’y a pas de chose telle que l’échec. Ce que vous percevez comme un échec est, en fait, une nouvelle opportunité, un nouveau jeu de cartes, un nouveau canevas sur lequel créer. Dans la vie, les possibilités sont infinies. Les mots « succès » et « échec » ne sont rien de moins que des étiquettes. Chaque moment recèle une opportunité. Vous, en tant qu’être humain, n’avez pas de limite, donc il existe des possibilités infinies en toute circonstance.

N’ayez pas peur d’interagir avec celles qui sont différentes de vous

Le monde a besoin de plus d’interactions « un à un » entre des gens d’origines diverses dialoguant de sujets tels que l’art, la culture et l’éducation. Nos différences sont ce que nous avons en commun. Nous pouvons créer un endroit ouvert et pérenne où tous peuvent partager idées, ressources, attention [toughtfulness] et gentillesse. Nous devons créer des liens avec tout un chacun, apprendre de tout un chacun et expérimenter la vie avec tout un chacun. Nous ne pourrons jamais établir la paix sans la compréhension de la douleur résidant dans le cœur de chacun. Plus nous interagirons, plus nous réaliserons que notre humanité transcende nos différences.

Visez à créer un dialogue libre de toute attente

L’art sous n’importe quelle forme offre un moyen d’établir un dialogue, ce qui fait donc de l’art un outil puissant. Il est temps pour le monde de la musique de créer des histoires sonores évoquant les mystères de notre humanité. Quand nous parlons des mystères de notre humanité, nous voulons dire réfléchir et remettre en question les peurs qui nous empêchent de découvrir la source infinie de courage reposant en chacun de nous. Oui, vous avez ce qu’il faut. Oui, vous êtes importante. Oui, vous devriez continuer.

Faites gaffe à l’égo

L’arrogance peut se développer chez les artistes, entre autres chez celles et ceux qui croient que leur statut les rend plus importants, ou encore chez celles et ceux qui pensent qu’évoluer dans un certain milieu artistique leur permet d’exercer sur les autres une sorte de supériorité. Faites attention à l’égo : la créativité ne peut surgir quand seul l’égo est comblé.

Travaillez vers une industrie sans frontières

Il y a dans le domaine médical une organisation nommée Médecins sans frontières. Cet effort louable peut servir de modèle pour transcender les limites et stratégies de vieilles formules d’affaires consistant à perpétuer les anciens systèmes aux dépens des nouveaux. Nous nous adressons directement au système en place, un système qui conditionne les consommateurs à acheter les produits qu’on dicte comme étant vendables, un système où l’argent est seulement un moyen d’obtenir une fin. L’industrie de la musique est une fraction de l’industrie de la vie. Vivre selon une intégrité créatrice peut engendrer des bienfaits jamais entrevus.

Reconnaissez la valeur de la génération précédente

Vos ainées peuvent vous aider. Ils et elles sont une source de richesse à l’état de sagesse. Ils et elles ont traversé tempêtes et peines d’amour; laissez leurs combats devenir des lumières qui éclairent votre chemin dans le noir. Ne perdez pas de temps à répéter leurs erreurs. À la place, apprenez de ce qu’ils ont fait et catapultez-vous dans la construction progressive d’un monde meilleur pour la progéniture à venir.

Vivez dans un état d’émerveillement constant

En vieillissant, certaines parties de notre imagination ramollissent. Que ce soit causé par la tristesse, une lutte incessante, ou encore un conditionnement social, il arrive qu’en chemin l’on oublie la façon d’accéder à la source de magie inhérente à notre esprit. Ne laissez pas cette partie de votre imagination s’estomper : regardez les étoiles et imaginez l’émotion que vous auriez en tant qu’astronaute ou pilote; imaginez-vous explorant les pyramides ou le Machu Picchu; imaginez-vous volant comme un oiseau ou traversant un mur comme Superman; imaginez-vous courant avec les dinosaures ou nageant telles des créatures marines. Tout ce qui existe est le fruit de l’imagination de quelqu’un; choyez et entretenez la vôtre, et vous serez en permanence sur le précipice de la découverte.

Vous vous demandez « comment tout ceci peut nous mener à une société paisible. » Ça commence par une visée. Votre visée a pour effet de façonner votre future et celui de celles et ceux qui vous entourent. Soyez les leaders du film de votre vie. Vous êtes la réalisatrice, la directrice et l’actrice. Soyez audacieuses et faites preuve d’une compassion incessante tout en dansant dans le voyage que représente cette existence.

 

Traduction libre S. Picard

Source : http://nesthq.com/wayne-shorter-herbie-hancock-open-letter/

«Choisissez bien vos ennemis, car dans peu de temps vous deviendrez semblable à eux.» Proverbe hindou

Candy Chang – Before I die

Avant de mourir, je veux

Dans son quartier de la Nouvelle Orléans, Candy Chang, artiste et TED Fellow a transformé une maison abandonnée en un tableau noir géant en demandant de compléter une question : « Avant de mourir, je veux ___. » Les réponses de ses voisins, surprenantes, poignantes, drôles, sont devenues un miroir inattendu de la communauté. (Quelle est votre réponse ?)

Vidéo de 6 min. en anglais avec sous-titre français

http://www.ted.com/talks/candy_chang_before_i_die_i_want_to.html

 

« J’ai dû insister sur la connaissance des bases essentielles. C’est-à-dire : entendre, regarder, écouter et voir. Et puis avoir un tel respect de soi-même que, sans aucune prétention, on attache de l’importance à être. Et je crois que si l’on n’attache pas de l’importance à être, on ne peut pas jouer bien, on ne peut pas penser bien, on ne peut pas vivre bien. »

Citation tirée de Bruno Monsaigeon, Mademoiselle, entretiens avec Nadia Boulanger, Paris, Van de Velde, 1980, p.26

« Le cours collectif est à mon avis important à plus d’un égard. Ne pas voir les élèves séparément serait un tort irréparable, mais d’autre part, leur donner ce sentiment collectif de penser ou de s’opposer, de savoir ce que les autres pensent, est humainement, sinon musicalement très nécessaire. Retrouver des gens, échanger des idées, communiquer sans perdre sa personnalité. »

ibid. p.23

Nadia Boulanger

 

«Quand je dis rien, c’est parce que je le pense!»

Fred Pellerin citant Méo le coiffeur dans
le journal l’Itinéraire édition du 15 décembre 2012

«Ce qui ne s’exprime pas, s’imprime.» Jean Monbourquette

«Les esclaves perdent tout dans leurs fers, jusqu’au désir d’en sortir. […] S’il y a donc des esclaves par nature, c’est parce qu’il y a eu des esclaves contre-nature. La force a fait les premiers esclaves, la lâcheté les a perpétré.»

Tant qu’un peuple est contraint d’obéir et qu’il obéit, il fait bien;sitôt qu’il peut secouer le joug, et qu’il le secoue, il fait encore mieux : car recouvrant sa liberté, par le même droit qui la lui a ravie, ou il est fondé à la reprendre, ou ne l’était point à la lui ôter.»

«On dira que le despote assure à ses sujets la tranquillité civile. Soit : mais qu’y gagnent-ils, si les guerres que son ambition leur attire, si son insatiable avidité, si les vexations de son ministère les dérobent plus que ne le feraient leurs dissensions? Qu’y gagnent-ils si cette tranquillité même est une de leur misère? On vit tranquille aussi dans les cachots : en est-ce assez pour s’y trouver bien?»

Citations de Jean-Jacques Rousseau tirées Du contrat social.

Chère lectrice, cher lecteur, les pensées du vendredi prendront des vacances pour quelques temps. J’ajouterai dorénavant du contenu de façon plus spontanée, et surtout, plus de musique ! On peut trouver les archives des pensées du vendredi ici.

D’ici-là, je te souhaite une fin de semaine toute en liberté et indépendance d’esprit.

Salut bien,
Sylvain

À une question/requête précise se trouve une réponse précise.

«Il ne faut avoir peur ni de la pauvreté, ni de l’exil, ni de la prison, ni de la mort, mais il faut avoir peur de la peur.» Épictète

«Ce que la chenille appelle la fin du monde, le reste du monde l’appelle un papillon.» Richard Bach

«Commencer par soi, mais non finir par soi;
se prendre pour le point de départ, mais non pour le but;
se connaître, mais non se préoccuper de soi-même.» Martin Buber

«Le fumier fait partie de la fleur.
Il est un chaînon de la vie qui passe de la nuit à la lumière.
C’est par le fumier que la rose parvient à sa plénitude.
La fleur, c’est le fumier qui a été aimé.» Placide Gaboury

«C’est toujours maintenant.» Sylvain Picard, dans les chroniques d’un joyeux ramoneur aux  éditions pas possible…