Author: elixrmusiques

Hello!

J’aurai le plaisir d’être en concert ce soir, 2 février à 21h30 avec Voodoo Jazz. Ça se passe au O Patro Výš 356, rue Mont-Royal EST Montréal (Québec) H2T 1P9 (Métro Mont-Royal)

Nous voici jouant deux de mes compos

L’homme qui plantait des sages [youtube=http://www.youtube.com/watch?v=w6BGKczH6zw&feature=relmfu]

Êtes-vous fou vous? [youtube=http://www.youtube.com/watch?v=HkujoHBCO5Q&]

Le 6 janvier 1969 à Paris, eût lieu une rencontre à jamais unique entre les trois artistes.
Propos recueillis par François-Réne CRISTIANI et Jean-Pierre Leloir

Jacques Brel, Léo Ferré, Georges Brassens

– Georges Brassens, Jacques Brel, Léo Ferré, êtes vous conscients du fait que vous êtes les trois plus grands auteurs-compositeurs-interprètes de la chanson française, depuis des années et avec le même succès ?

FERRÉ : Moi, je suis conscient d’être d’abord avec mes deux confrères, qui ont un immense talent c’est vrai, mais d’abord avec deux copains. Et ça, il y a longtemps que je le désirais. Aujourd’hui, les gens n’arrêtent pas de dire :  » Qu’est ce que c’est la chanson pour vous, qu’est ce que c’est la bretelle ? », ça, on s’en fout. L’important, je crois, c’est un peu d’amour qu’on peut distribuer ou recevoir, comme ca, autour d’un micro, par exemple. Maintenant, que nous fassions des chansons depuis vingt ans, qu’on y ait beaucoup travaillé, qu’on ait, comme on dit chez moi, longtemps  » zugumé » sur le métier, et qu’aujourd’hui on puisse chanter tranquillement dans une salle sans savoir ni les flics ni les gens qui viennent siffler, ce n’est que justice, finalement. On fait ce qu’on peut , on dit ce qu’on a envie de dire et il n’y a pas besoin de casser des vitres pour ça.

– Vous êtes tous les trois dans la célèbre collection  » Poètes d’aujourd’hui » …

BRASSENS : On n’est pas les seuls. Et pis ça ne veut pas dire grand-chose, cette façon de compartimenter…

– Vous ne vous prenez pas pour un poète, alors ?

BRASSENS : Pas tellement, je ne sais pas si je suis poète, il est possible que je le sois un petit peu, mais peu m’importe. Je mélange des paroles et da la musique, et puis je les chante.

– Je crois que Jacques Brel aussi se défend d’être un poète ?

BREL : Je suis  » chansonnier », c’est le vrai mot ! Je suis un petit artisan de la chanson.

FERRÉ : Les gens qui se disent poètes, ce sont des gens qui ne le sont pas tellement, au fond. Les gens qui sont honorés qu’on les qualifie de poètes, ce sont des poètes du dimanche qui ont des plaquettes éditées à compte d’auteur… Cela dit, si on me dit que je suis poète, je veux bien. Mais c’est comme si on me disait que je suis un cordonnier qui fait de belles chaussures. Je rejoins le point de vue de Brel.

– La chanson est-elle un art, selon vous ? Un art majeur ou un art mineur ?

FERRÉ : Brassens a dit une chose vraie,  » je mélange des paroles et de la musique « . Voilà ce que je fais.

BRASSENS : Eh oui, c’est tout a fait différent de ce qu’on appelle couramment la poésie, qui est faite pour être lue ou dite. La chanson c’est très différent. Même si des types comme Ferré ont réussi à mettre des poètes en musique, comme Baudelaire, il est difficile d’utiliser la chanson comme les poètes qui nous ont précédés utilisaient le verbe. Quand on écrit pour l’oreille, on est quand même obligé d’employer un vocabulaire un peu différent, des mots qui accrochent l’oreille plus vite… Bien qu’on l’aie aussi avec le disque, le lecteur a plus facilement la possibilité de revenir en arrière…

BREL : Oui, mais le disque est un sous produit de la chanson, il ne faut pas se leurrer… La chanson a été faite pour être chantée, pas en fonction d’un disque à diffuser.

FERRÉ: Moi je suis exactement de son avis. C’est comme si vous faisiez de bons chocolats, des chocolats extraordinaires, hors commerce et que vous les gardiez chez vous. Mais à partir du moment où vous les mettez dans un paquet, où vous les mettez dans le commerce, ça ne vous intéresse plus. Moi, si je fais de bons chocolats et que les autres les mangent, je m’en fous… Le paquet c’est le disque, et le disque c’est un peu la mort de la musique.

BRASSENS : Autrefois on chantait. Quand un type faisait une chanson, les gens se la passaient, se l’apprenaient et se la chantaient. Ils participaient, ils avaient des cahiers de chansons… Aujourd’hui, le public est devenu plus passif.

FERRÉ : Il y a des gens qui reçoivent d’abord la musique, d’autres qui reçoivent d’abord les paroles. Les gens les plus intelligents reçoivent d’abord les paroles. Les gens les plus sensibles – et peut être les moins intelligents, ce qui est possible aussi – reçoivent d’abord la musique. Ce qui fait que j’ai pu faire connaître Baudelaire à des gens qui ne savaient pas qui était Baudelaire.

BREL : Autrefois, quand un type écrivait une chanson les gens la reproduisaient – comme disait Georges –, alors qu’aujourd’hui c’est nous qui nous reproduisons. Ca faisait chaîne, avant … je veux dire avant le microsillon. En fait, le plus grand inventeur de la chanson, c’est cet ingénieur anglais qui a trouvé le principe du microsillon, pendant la guerre. Ca part dans des couveuses… et maintenant, j’ai l’impression que je ponds des œufs, moi.

FERRÉ : C’est ça. Vous disiez tout à l’heure qu’on était des poètes ou artisans, tout ça… non, vous savez ce qu’on est tous les trois ?

BRASSENS : De pauvres connards devant des micros !

FERRÉ : Non… on est des chanteurs. Parce que si on n’avait pas de voix, on ne pourrait pas se produire. Parce que si n’avais pas de voix, toi Georges, ou toi jacques, tu n’écrirais pas et moi non plus.

BRASSENS : Tu es bien gentil de me dire ça. Parce que moi, de ce côté là, c’est pas terrible, hein !

FERRÉ: Si, tu as de la voix. Tu chantes. Et lui aussi. S’il n’avait pas voix, qui chanterait les chansons de Brel ? Tout ce qu’il a fait, il ne l’aurait pas écrit. Il a écrit ses chansons parce qu’il les a  » publiées  » avec sa voix. Et moi aussi…

BRASSENS : Oui, il aurait sûrement écrit d’autres choses…

BREL : Ce qui revient à dire qu’on est peut être chanteur… justement parce qu’on a de la voix.

– Avez-vous jamais fait autre chose que d’écrire, de composer ou de chanter, et cela vous a-t-il servi dans votre métier de chanteur ?

FERRÉ : Parallèlement on ne peut pas faire autre chose. Maintenant ce qu’on a fait avant, on a tous été à l’école, fait des études, des petits boulots, etc.

BRASSENS : On a vécu, quoi. Mais, en fait, on a toujours fait des chansons.

FERRÉ : On a dû gagner notre vie, parfois. Quand Brel est arrivé à Paris avec sa guitare, je ne sais pas ce qu’il faisait pour gagner sa vie, mais ça ne devait pas être marrant. Il n’a pas envie d’en parler, je suppose…

BREL : Oh, ça m’est égal, je ne faisais rien du tout ! [rire]

FERRÉ : C’est mieux, d’ailleurs… c’est beaucoup mieux comme ça ! [rire]

BRASSENS : Tu n’étais pas le seul d’ailleurs. Moi, je n’ai jamais rien fait que ça…

– Vous avez tous les trois, plus ou moins fait du cinéma. Pensez-vous qu’il y ait des liens entre le comédien et le chanteur ?

FERRÉ : Moi, je n’ai jamais joué la comédie. J’aimerais bien le faire mais je crois que je ne saurais pas. J’aimerais comme on aimerait faire une chose qu’on ne sait pas faire.

BRASSENS : Je ne sais pas non plus faire cela, très sincèrement… Je ne sais pas.

BREL : J’ai fait deux films. Pas pour le cinéma, du cinématographe des frères lumières, mais parce que les deux fois il y avait une idée de liberté… Et je suis très attaché à mes petites idées de liberté ! La première fois, c’était Les risques du métier, l’autre fois, La bande à Bonnot. C’est l’idée qui m’a séduit. Et je crois que, si on peut donner un coup de main à une idée, il faut le faire.

– Le cinéma, c’est avant tout un travail d’équipe… Cela vous a-t-il vraiment changé du travail solitaire du chanteur ?

BREL : Non… Pour la comédie musicale, on peut beaucoup plus parler de travail d’équipe.

BRASSENS : Je ne crois pas que ce soit le travail d’équipe, ou quoi que ce soit d’autre, qui apporte ou n’apporte pas quelque chose de plus… Un type aime jouer la comédie ou il n’aime pas. Moi, je n’aime pas ça, mais je n’ai rien contre le travail d’équipe. Le film que j’ai fait, Porte des Lilas, je l’ai fait avec des copains comme Brasseur, Bussières, ça marchait très bien. Ils ne me gênaient pas. Je ne les gênais pas. Ce que je n’aime pas, c’est le côté technique, mécanique ; pas plus que ce micro que vous nous avez foutu sous le nez !

FERRÉ : Quand nous chantons, que nous sommes seuls devant les projecteurs, avec juste le costume, la guitare ou le piano, nous savons ce qu’est la solitude d’un chanteur. On s’en arrange avec ce qu’on appelle  » du métier », mais ce n’est pas toujours facile. Ce que je me demande, c’est si, pour Brel, la solitude au théâtre est la même qu’au tour de chant ?

BREL : Oui c’est la même solitude.

FERRÉ : Tu veux dire quand tu tiens ton rôle, au milieu des autres, tu es aussi seul que quand tu chantes dans une salle pendant deux heures ? Ca, c’est nouveau pour moi… je ne me rends pas compte.

BRASSENS : Mais si… Parce que si ça n’est pas bon, on dira que c’est lui qui n’est pas bien. Il faut quand même qu’il pousse son cri…

FERRÉ : Il est déjà dans sa carapace au moment où il entre en scène…

BREL : Pour L’Homme de la Mancha, c’est un peu différent parce que c’est moi qui ai provoqué cette folie. Donc je reste un peu seul avec ma folie.

– Les autres ne la partagent pas ?

BREL : Si, ils la partagent ! Mais il est vraisemblable qu’ils ne considèrent pas tous cela comme une folie. Enfin moi, dans l’instant où je joue, je suis aussi seul que dans le tour de chant.

BRASSENS : Ne t’inquiètes pas. De toute façon, tu es toujours seul partout, tout le temps. Et tu n’es pas le seul d’ailleurs !

BREL : Mais bien sûr ! Le type qui me dit qu’il n’est pas seul dans la vie, c’est qu’il est plus Belge que moi !

– Quoi que fassiez, vous êtes toujours seuls ? Est-ce à dire que, pour faire de grandes et belles choses il faut être seul et malheureux ?

FERRÉ : Ah oui ! Les seules choses valables se font dans la tristesse et la solitude. Je crois que l’art est une excroissance de la solitude. Les artistes sont seuls…

BREL : L’artiste c’est un brave homme totalement inadapté qui n’arrive qu’à dire publiquement ce qu’un type normal dit à sa bobonne le soir.

FERRÉ : Plutôt ce qu’un type normal pourrait dire à sa femme le soir.

BRASSENS : Quelquefois, il le dit mieux, quand même ! [rires]

BREL : Oui, mais l’artiste, c’est un timide, c’est un type qui n’ose pas aborder les choses  » de face  » comme on dit, et qui n’arrive qu’à dire publiquement ce qu’il devrait dire d’une manière courante dans la vie… Il est un peu orgueilleux aussi. C’est finalement très clinique, très médical, l’artiste. Cela dit, le pire c’est l’artiste qui n’est pas artiste, le timide qui ne pond pas son œuf. Alors là c’est effroyable, parce qu’on tombe carrément dans le cas clinique.

– Ce n’est plus un artiste, alors ?

BREL : Au sens propre, non.

FERRÉ : Il n’y a qu’un mot pour cela, c’est  » amateur ».

– Peut-on dire que, dans ce métier, vous avez toujours fait ce que vous vouliez faire ?

FERRÉ : Sûrement pas. Si je faisais ce métier comme je le voulais, je viderais les salles. Et encore, je ne me gêne pas, vous le savez… Alors je fais aussi des concessions.

BRASSENS : Tu entends par là que tu ne dis pas exactement tout ce que tu veux, comme tu veux ? Oui, bien sûr, mais, enfin tuas tout de même la possibilité de chanter quand tu veux et à peu près ce que tu veux, en le criant un petit peu…

FERRÉ : Ah oui, mais pourquoi ? Parce que maintenant nous sommes des hommes publics. Mais quand j’ai débuté, je me faisais foutre à la porte des maisons d’édition. Je leur crachais à la figure, bien entendu, mais tout de suite j’étais fichu à la porte…

BREL : Moi, je n’ai pas ce sentiment-là. J’ai le sentiment de faire relativement ce que j’ai envie. Depuis toujours… Je ne dis pas que j’ai été heureux tout le temps, ça n’a rien à voir, et je ne l’ai pas été, mais en gros, j’ai toujours fait à peu près comme j’ai voulu.

BRASSENS : Nous sommes quand même parmi ceux qui peuvent faire à peu près ce qu’ils veulent… Bien sûr, on ne va pas aller en scène menacer le public ou lui tirer dessus à la mitraillette. On fait ce qu’on veut, en restant dans certaines limites, avec un peu de civilité…

FERRÉ : Moi j’ai un problème qui est le même depuis des années : chaque fois que je fais des chansons, c’est parce que j’en ai besoin pour mon tour de chant, alors je les fais vite et puis après je suis paresseux, j’attends… Et chaque fois je me dis : est-ce que je vais savoir encore en faire ? Et ça, je ne sais si c’est pareil pour vous ?

BREL : Mais oui… bien sûr ! Chaque fois qu’on en fait une, on se dit : celle-ci c’est la dernière. C’est normal.

BRASSENS : Moi, chaque fois que je m’y remets, je ne sais plus les faire non plus…

BREL : Et moi, je ne sais plus vraiment les faire… J’ai oublié comment on faisait !

BRASSENS : Oui, mais ça revient très vite.

– Et si vous deviez ne plus chanter, si vous étiez obligés de choisir un autre métier ?

BRASSENS : Ah ! Vous savez… On choisirait la retraite ! A l’âge que j’ai, moi, c’est le seul métier que je serais capable de choisir. [rires]

– Qu’avez-vous fait de votre premier cachet ?

FERRÉ : On l’a bouffé, je crois…

– Au début, peut-être. Mais ensuite, avec le succès et l’argent que vous avez gagné grâce à lui, n’avez-vous pas eu l’impression que vos rapports avec les gens s’étaient modifiés ?

FERRÉ : L’argent, ça donne l’indépendance absolue. C’est important, ça coûte cher l’indépendance. Maintenant, le trop d’argent, je crois que tous les trois on s’en fout. Je ne sais pas ce qu’est un bas de laine…

BRASSENS : C’est très emmerdant, cette histoire d’argent. Parce que beaucoup de types se lancent dans la chanson uniquement pour ça. Nous, on était très content de gagner notre vie avec nos petites chansons, mais on n’a pas fait ça dans cette intention, on l’a fait parce que ça nous plaisait. Ça ne nous rapporterait rien qu’on le ferait quand même ! On ne vendrait pas des sardines à l’huile – je ne sais pas si ça rapporte d’ailleurs – si ça rapportait plus que de faire des chansons. Si on était payé comme un fonctionnaire pour faire ce que l’on fait, on continuerait quand même. Parce qu’on aime ça. Et depuis quelques années, justement, on n’entend parler que de cachets mirifiques. Il y a des tas de types qui se lancent dans cette aventure et qui s’y cassent les dents.

BREL : Parce qu’ils en font une aventure financière.

– Avez-vous la hantise de devenir de vieux chanteurs, de vieillir avec vos chansons ?

BRASSENS : En ce qui me concerne, moi et Ferré – l’autre, là, il est plus jeune que nous –, on approche tranquillement de la cinquantaine. Pour un jeune type ou pour vous, on est des vieux, c’est vrai, il faut dire les choses telles qu’elles sont… mais, ne vous inquiétez pas, on ne s’en aperçoit pas tellement ! [rires] Toute fin est pénible. Tout ce qui finit est triste. C’est rare que les choses finissent bien… C’est toujours triste de vieillir, de ne plus faire ce qu’on aimait ou ce qu’on savait faire. Et de prendre sa retraite, bien sûr c’est triste…

– Et l’angoisse de la mort ? Vous la ressentez ?

BRASSENS : Non… en acceptant de vivre, j’ai accepté de mourir aussi. Alors…

FERRÉ : Ceux qui écrivent, comme nous, sont naturellement obsédés par la mort. On y pense tous les jours…

BRASSENS : C’est un de nos sujets favoris, forcément. Il n’y a pas trente-six sujets, vous savez ; quand on écrit on est obligé de rencontrer la mort.

FERRÉ : Mais ça n’est pas forcément triste. La chanson de Georges sur son enterrement n’est pas triste…

BRASSENS : A ce sujet, Léo, je te signale que je m’en fous d’être enterré sur la plage de Sète ! Ca m’est complètement égal… J’ai fait ça pour m’amuser, quoi. Pour aller au bain de mer. [rires]

– Avez-vous le sentiment d’être devenu des adultes ?

BRASSENS : Aïe, aïe, aïe !

BREL : Moi non.

FERRÉ : Moi non plus.

BRASSENS : On est tous un peu demeurés ! Pour devenir adulte, il faut déjà faire son service militaire, se marier, avoir des enfants. Il faut embrasser une carrière, il faut la suivre, monter en grade. C’est comme ça qu’on devient adulte… Nous autres, nous avons un peu une vie en marge de la vie normale, en dehors du réel. On ne peut pas devenir adultes.

– Peut-être parce que vous n’avez pas voulu vous adapter au système traditionnel ?

BREL : Ou qu’on n’a pas pu !

BRASSENS : Parce que c’était notre caractère de ne pas nous y adapter ; voilà tout. On ne l’a pas fait exprès. Il n’y a pas de vantardise à dire qu’on est solitaire. On est comme ça.

FERRÉ : Ca rejoint l’enfant-poète. Quant Brel chante sans rire, et qu’il y croit, quand il dit cette chose merveilleuse,  » j’allumerai ma guitare, on se croira espagnol », il n’y a qu’un gosse qui puisse dire ça !

BREL : Bien sûr. C’est une question de tempérament finalement… Le tout, c’est de savoir ce qu’on fait devant un mur : est-ce qu’on passe à côté, est-ce qu’on saute par-dessus, ou est-ce qu’on le défonce ?

BRASSENS : Moi, je réfléchis !

BREL : Moi je le défonce ! Enfin, j’ai envie de prendre une pioche…

FERRÉ : Moi je le contourne !

BREL : Oui, mais le point commun, c’est que tous les mois, instantanément, on a envie d’aller de l’autre côté du mur qui se dresse. Il n’y a que ça d’important, et c’est ce qui prouve que nous ne sommes pas des adultes. Un type normal, qu’est-ce qu’il fait ? Il construit un autre mur devant, il met un toit dessus et il s’installe. C’est ce qui s’appelle bâtir ! [rires]

– Vous avez tous, à un moment ou à un autre de votre existence, ou même encore maintenant, flirté avec les mouvements anarchistes ou libertaires, Pour Brassens ce fût une époque, pour Brel un surnom, et pour Ferré c’est encore une cause militante, un prétexte à des récitals presque insurrectionnels…

FERRÉ : Non ! Je ne suis pas, je ne peux pas être un militant. Je ne peux pas militer pour quelque idée que ce soit car je ne serais pas libre. Et je crois que Brassens et Brel sont comme moi, parce que l’anarchie est d’abord la négation de toute autorité, d’où qu’elle vienne. L’anarchie a d’abord fait peur aux gens, à la fin du XIXe siècle, parce qu’il y avait des bombes. Après ça les a fait rigoler. Ensuite, le mot anarchie a pris comme un goût mauvais dans la bouche des gens. Et puis, depuis quelques mois, singulièrement depuis mai, les choses se sont remises en place. Je vous assure que quand vous prononcez le mot anarchie, ou anarchistes, même en scène, les gens ne rigolent plus, ils sont d’accord, et ils veulent savoir ce que c’est.

BRASSENS : C’est difficile à expliquer, l’anarchie… Les anarchistes eux-mêmes ont du mal à l’expliquer. Quand j’étais au mouvement anarchiste – j’y suis resté deux ou trois ans, je faisais Le Libertaire en 45-46-47, et je n’ai jamais complètement rompu avec, mais enfin je ne milite plus comme avant – , chacun avait de l’anarchie une idée tout à fait personnelle. C’est d’ailleurs ce qui est exaltant dans l’anarchie : c’est qu’il n’y a pas de véritable dogme. C’est une morale, une façon de concevoir la vie, je crois…

BREL : …Et qui accorde une priorité à l’individu !

FERRÉ : C’est une morale du refus. Car s’il n’y avait pas eu au long des millénaires quelques énergumènes pour dire non à certains moments, nous serions encore dans les arbres !

BREL : Je suis entièrement d’accord avec ce que dit Léo. Cela dit, il y a des gens qui ne se sentent pas seuls ni inadaptés et qui trouvent leur salut collectivement.

BRASSENS : Bien sûr. En ce qui me concerne, je ne désapprouve jamais rien, les gens font à peu près ce qu’ils veulent. Je suis d’accord ou je ne suis pas d’accord, c’est tout. Parce que j’avais dit ça, on m’a souvent reproché de ne pas vouloir refaire la société. C’est que je ne m’en sens pas capable. Si j’avais des solutions collectives…

BREL : Mais qui, qui a la solution collective ?

BRASSENS : Il y en a qui prétendent l’avoir. Mais dans le monde actuel, il n’y en a pas beaucoup qui semblent la détenir… [rires] Moi, je ne sais pas ce qu’il faut faire. Si je le savais, si j’étais persuadé qu’en tournant à droite ou à gauche, en faisant ceci ou cela, le monde allait changer, je la sacrifierais ma petite tranquillité ! Mais je n’y crois pas tellement…

– Léo Ferré ?

FERRÉ : Moi je suis moins lyrique que lui…

BRASSENS : …Toi, Léo, tu es complètement désespéré !

BREL : Il y a un phénomène d’impuissance aussi, qui est absolument affreux, quoi…

– Vous avez donc vraiment l’impression de ne rien pouvoir faire ?

BRASSENS : Non, je fais quelque chose auprès de mes voisins, de mes amis, dans mes petites limites. Je pense d’ailleurs que c’est aussi valable que si je militais quelque part… Ne pas crier haro sur le baudet, c’est une forme d’engagement comme une autre.

FERRÉ : Je trouve que Georges, dans son cœur, il milite bien plus que moi. Parce que moi, je ne crois plus en bien des choses auxquelles il veut croire.

BRASSENS : Je fais semblant, Léo. Je fais comme lorsque l’amour s’en va. Je fais semblant d’y croire, et ça le fait durer un petit peu…

FERRÉ : Non, non. Quand l’amour s’en va, il est déjà parti depuis longtemps.

– S’il n’y a pas selon vous, de solution politique, y a-t-il une solution « mystique » ? Dieu… ou toute forme de religion ?

BREL : Ah ! là… c’est une autre chose ! [Eclat de rire général] Je crois effectivement…

BRASSENS : Alors là, nous sommes plus à notre aise !

FERRÉ : Oui ! Eh bien, j’ai été dans un collège religieux, j’ai servi la messe pendant huit ans, j’ai été enfant ce chœur, et voilà… Je ne vais plus à la messe, évidemment, depuis cette époque-là.

BREL : J’ai été dans un collège religieux, j’ai servi la messe. Pas huit ans, un an je crois, juste le temps d’acheter un vélo avec ce qu’on me donnait.

BRASSENS : Moi, j’ai été scout de France.

BREL : Moi aussi mais pas de France. J’étais scout belge !

BRASSENS : Ne croyant pas, il m’est difficile de parler de Dieu…

– Dieu, ce serait une sorte de fétichisme, à vos yeux ?

FERRÉ : Non, nous ne sommes pas fétichistes. Ou si… nous le sommes. Avec les femmes.

BRASSENS : Dans une certaine mesure, oui, ça pourrait bien être une sorte de fétichisme. D’ailleurs quelqu’un l’a appelé le Grand Fétiche, Dieu. J’en parle beaucoup dans mes chansons, mais seulement pour que l’on comprenne ce que je veux dire.

– Avez-vous l’impression des fois que vous avez une tradition derrière vous, le folklore français, les Béranger, etc. ?

BRASSENS : On a derrière nous tout ce qu’on a entendu, tout ce qu’on a lu, tout ce qu’on a aimé…

FERRÉ : Tout ce qu’on a fait ! Tout ce qui fait qu’aujourd’hui on sait un peu quelque chose de notre métier.

BREL : Tout ce qu’on a pas fait, aussi… ça joue beaucoup. Moi, quand j’écris, tout ce que je n’ai pas fait – et qui m’attire un peu – joue beaucoup.

– Pensez-vous qu’il y ait une différence entre la chanson telle que vous l’écrivez, la chantez, et la chanson « actuelle », un peu électrique, avec du mouvement, du clinquant, d’un Gainsbourg par exemple ?

BREL : C’est pas du clinquant, c’est du mouvement…

BRASSENS : Il y a des différences entre tout le monde, vous savez. Lui, il cherche quelque chose.

FERRÉ : Il y a un parti pris, chez lui, au départ. Mais il a trouvé quelque chose. C’est pas mal fait, c’est rythmiquement bien foutu. Et puis, c’est un « érotomane » ; moi j’aime assez les érotomanes, parce que je n’en suis pas, sans doute. Il s’en vante, d’ailleurs, ce n’est pas un secret. Maintenant il a joué une carte, quoi, peut-être qu’il l’a jouée consciemment… mais c’est pas mal.

BRASSENS : Et puis, ça correspond à sa nature, à son caractère, c’est tout simple.

– Et la pop music… Les Beatles ? Quels sentiments vous inspirent ces gens-là, cette musique-là ?

BRASSENS : J’aime beaucoup ça sur le plan musical. Pour ce qui est des paroles, je ne comprends pas l’anglais, alors ça va tout seul.

FERRÉ : Comme Georges, j’aime beaucoup sur le plan musical et je ne cherche pas tellement à comprendre les paroles, sauf celles d’une chanson qui s’appelle « Hey Jude » et qui se termine par une chose qui n’en finit plus, je voudrais bien savoir pourquoi et ce que ce la veut dire. Ce sont des musiciens.

BREL : Moi, je suis très content que l’on rende publiques les harmonies de Gabriel Fauré. Ils ont ajouté une pédale charleston aux harmonies de Gabriel Fauré. C’est très faurien tout ça et je trouve très bien qu’ils en aient fait une chose populaire. C’est très joli. Pour le reste, j’ai les mêmes ennuis que Georges avec l’anglais, je ne sais jamais exactement de quoi ils parlent, mais je crois que ça n’a pas beaucoup d’importance.

BRASSENS : Le tout est de savoir comment les gens les aiment. S’ils les aiment profondément ou s’ils les aiment parce que c’est une mode.

FERRÉ : En plus, je crois que, politiquement, ce sont des gens bien.

– Ils s’insèrent plus ou moins dans le mouvement « hippie ». Que pensez-vous, précisément, de ces hippies ou des beatniks ?

BREL : C’est l’anarchie moderne ! Une forme de refus. C’est quelque chose de nouveau et qui, en tout cas, n’a rien de guerrier, ça c’est déjà sympathique. J’aime beaucoup moins les colliers et tous ces trucs-là, ça me fatigue un peu. Mais ça n’a rien de violent. C’est pas mal ça, si l’on songe que les gens de vingt ans sont élevés depuis toujours pour tuer… Où ça se complique un peu, c’est qu’il y a un petit coup américain dedans ; il y a les Hindous qui s’en mêlent aussi, on ne sait plus très bien.

BRASSENS : Il y a toujours un peu de snobisme aussi, les gens qui font semblant de trouver ça bien…

BREL : Oui… mais ça a une couleur qui n’est pas vraiment antipathique.

FERRÉ : Vous avez la réponse, on aime beaucoup.

– Comment réagissez-vous à la publicité ? Vous sert-elle, vous intéresse-t-elle ?

FERRÉ : Il faut bien qu’on sache où nous chantons.

BRASSENS : Quand on signe un contrat, on ne refuse pas que les gens parlent de nous, évidemment. Mais il y a publicité et publicité, c’est toujours pareil.

BREL : Il y a publicité et conditionnement.

BRASSENS : Quand on passe en public, on l’annonce et c’est tout. On ne va pas jusqu’à faire la parade… C’était sympathique, d’ailleurs. Ca ne se fait plus guère. Tu nous vois, faisant la parade ?

BREL : L’hiver, non. L’été, oui !

FERRÉ : [à voix basse] Moi j’ai une idée. Enfin, je ne sais pas, mais je leur dis ça à tous les deux. Je voudrais qu’un jour, ce serait extraordinaire, qu’on choisisse les dix plus grandes salles de France, tous les trois, qu’on choisisse chacun douze chansons, et qu’on fasse la parade s’il le faut, puis qu’on rentre en scène, Brassens, une chanson, il s’en va, Brel, une chanson, puis moi, puis Brel, puis Brassens, puis moi… pendant deux heures. Voilà, c’est une idée de fou que j’ai…

[silence]

BREL : C’est assez fou ! [silence] Donc j’aime assez !

BRASSENS : Oui, ça n’est pas une mauvaise idée. Mais tu risquerais d’emmerder les gens qui voudraient en voir d’autres aussi. Pourquoi nous trois, tu comprends ?

FERRÉ : Eh, parce que, nous trois, enfin… Un petit syndicat, comme ça.

BREL : Ah, on y vient ! [rires]

FERRÉ : C’est quelque chose de fraternel que je dis en ce moment, évidemment. Et sans aucune idée d’argent ou quoi que ce soit derrière la tête. Ca me plairait beaucoup.

BRASSENS : Oui, on peut le faire, pourquoi pas, on n’a rien contre. On pourrait le faire à l’occasion d’un truc, mais faire ça tous les jours, je ne sais pas si c’est faisable.

FERRÉ : Non, deux ou trois fois. Ca ne serait pas mal, non ?

BREL : Ah oui ! Moi, dès que c’est dément, je plonge !

Brel, Ferré, Brassens

– Comment vivez-vous ? Avec des copains ? Une femme ? En compagnie d’animaux ? Comment ?

FERRÉ : Les gens sont toujours intrigués par nos vies. Ils voudraient rentrer dans nos vies… Chaque fois que les gens sont entrés chez moi par effraction sentimentale, il m’est toujours arrivé des salades abominables. Il y a des gens qui se démerdent pour rentrer dans la vie des artistes… Et ce sont de sales gens !

– C’est peut-être, en partie, parce qu’à cause de votre talent, vous êtes des hommes publics ?

BRASSENS : Ah oui ! Mais cela n’implique pas que je doive tout faire, tout accepter, tout dire. On a quand même des droits. Les droits que personne ne conteste aux autres, pourquoi nous les contesterait-on à nous ?

FERRÉ : Nous sommes des hommes publics, d’accord. Mais avec le métier que nous faisons, nous ne pouvons pas ne pas souffrir de ça. Je vais vous raconter une histoire… Chaque fois que je rencontre dans la rue une femme qui vend son corps – c’est à dire une putain – , si elle me reconnaît, elle ne me fait jamais l’article. J’ai longtemps cherché pourquoi et j’ai trouvé : c’est parce que je fais le même métier qu’elle, parce que je vends quelque chose de mon corps. Quand on est sous les projecteurs, les gens payent, ils achètent un billet, ils viennent nous voir, ils attendent que vous leur plaisiez ou que vous vous cassiez la gueule. De toute façon, ils attendent quelque chose : c’est vous avec votre corps ! Et vous vendez quoi ? Votre voix ! Eh bien, entre le dessus et le dessous, il n’y pas beaucoup de différence… Voilà, pourquoi les putains ne me font pas l’article quand elles me reconnaissent. Et je suis sûr que pour vous, c’est la même chose…

BRASSENS : Tu sais, on ne va pas traîner souvent dans les endroits où se trouvent les dames dont tu parles ! [Eclat de rire général]

BREL : De toute façon, en gros, elles sont aussi artistes que nous, et nous sommes aussi putains qu’elles.

FERRÉ : Bravo ! C’est merveilleux…

BREL : Pour en revenir à nos petites vies, je crois que si l’on écrit, c’est qu’on ne vit pas tellement.

FERRÉ : On vit comme tout le monde. Brassens, lui, il aime la peinture, je ne sais pas quoi, le café au lait, les chats… Brel… il aime quoi ?

BREL : Moi ? Le travail ! N’importe quoi. J’aime travailler, [rire] c’est mon vieux vice !

BRASSENS : Vous prenez la vie de n’importe qui, c’est la nôtre, quoi. Chacun a ses tics, ses manies, ses habitudes.

– Quelle place tient la femme dans votre vie ?

BRASSENS : Ca, c’est une autre histoire !

[rires de Brel]

FERRÉ : On est tous logés à la même enseigne.

BREL : Je crois qu’on a tous les trois répondu ! [rires]

BRASSENS : Oh, la femme, c’est un être charmant quand elle s’en donne la peine, et pénible sans s’en donner la peine ! [rires]

BREL : Moi je crois que la femme est un être qui se donne toujours et de toute façon beaucoup de peine… Mais l’homme aussi ! [rires]

– Qu’est que vous appréciez chez une femme ?

BRASSENS : [silence] Ca dépend de ce qu’on attend…

BREL : …Ce qu’on espère ou ce qu’on redoute.

BRASSENS : C’est tout simple ; un type rencontre une femme, il est amoureux d’elle, ça dure deux mois, deux ans, vingt ans et puis c’est tout. C’est comme pour tout le monde. Là aussi c’est pareil…

– Pensez-vous que la femme soit capable d’apporter quelque chose d’important à l’homme ? L’équilibre, par exemple ?

FERRÉ : Non !

Ferré, Brassens

– Pourquoi ?

FERRÉ : [silence] Parce que.

BRASSENS : Je pense que nous sommes, nous trois, des types qui, sur le plan de l’équilibre, pouvons nous passer de femme. Sur un autre plan, non. A-t-on besoin tellement d’équilibre d’ailleurs ? Peut-être qu’on n’en a pas besoin. [rires] Non, une femme peut être emmerdante, une femme peut être charmante, ça dépend desquelles. Ca dépend de la femme à laquelle tu as affaire, de sa nature, de son caractère ou des atomes crochus qu’on a avec elle… La femme en général, c’est une autre histoire.

– Léo Ferré, lui est beaucoup plus catégorique…

FERRÉ : Je dis non, parce que la femme n’a de cesse qu’arrive – après l’amour- la tendresse, ce bâtard insoutenable de l’amour, qui fout tout par terre ; et qui, moi, me rend encore plus seul que tout. La tendresse, c’est la fin du monde… Parce qu’on est chocolat. Quand quelqu’un est tendre avec moi, je suis marron, je suis un esclave. Et si je suis un esclave je ne suis plus un homme ! Voilà, c’est tout. On n’a pas le droit de se foutre dans les pattes d’une bonne femme qui vous tient en laisse !

BREL : Moi, je suis trop jeune pour parler de tout ça ! [rires]

BRASSENS : Je crois que sur le plan de notre vie de chanteur, nous n’avons pas tellement besoin des femmes ; nous en avons besoin comme tout le monde, vous savez bien pourquoi…

BREL : Pour faire le marché !

BRASSENS : L’amour est une chose difficile… D’ailleurs, vous le voyez bien, ça ne réussit pas tellement à la plupart des gens.

BREL : Mais il y a très peu de gens qui sont faits pour l’amour, très peu…

BRASSENS : Bien sûr. La plupart des gens, si on ne leur en avait pas parlé, ils n’y auraient pas même pas pensé !

BREL : C’est une invention de la littérature de la Renaissance, enfin…

BRASSENS : Et puis, il ne faut pas oublier que la vie sexuelle a de l’importance chez les individus. C’est même l’une des choses les plus importantes, après…

FERRÉ : L’amour, c’est une chose instantanée. C’est l’histoire du rêve familier de Verlaine, ou de la passante de Baudelaire… Il faudrait pouvoir faire l’amour – je dis cela en toute quiétude, sans aucune mauvaise pensée – avec une femme instantanément. Et ça c’est pas possible. Et pourtant, parfois, il vous est arrivé de rencontrer une fille dans la rue, avec qui vous auriez fait l’amour immédiatement. Mais ça n’est pas possible ; il y a dix mille tabous autour de ça…

BREL : On est tous les trois beaucoup trop féminins pour apprécier follement les femmes…

FERRÉ : On est, finalement, toujours exploités par les femmes !

BREL : Ah non ! non ! Moi qui ai une réputation de misogyne, je ne suis pas de ton avis. Je suis relativement misogyne, mais je ne trouve pas que toutes les femmes exploitent tous les hommes.

FERRÉ : J’aime bien le « relativement » ! Explique-moi ce que ça veut dire « relativement misogyne »…

BRASSENS : Moi, je ne suis pas du tout misogyne. Une femme me plaît, elle me plaît. Une femme ne me plaît pas, elle ne me plaît pas, ça ne va pas plus loin. Ce n’est pas un parti pris.

FERRÉ : Mais misogyne, ça ne veut pas dire ça.

BRASSENS : Oui… c’est plutôt le type qui se méfie des femmes.

BREL : C’est ça, je suis méfiant. Je ne crois pas tout leur baratin.

BRASSENS : Oui, mais, d’un autre côté, sont-elles vraiment responsables, les femmes ?

BREL : Non pas du tout. C’est pour cela que je dis  » relativement misogyne « . Elles sont élevées comme ça, souvent, avec cet instinct de propriété dans l’amour… Mais comme nous, nous sommes élevés aussi d’une certaine façon.

FERRÉ : Vous savez, moi, je crois que l’homme est un enfant, alors que la femme n’est pas un enfant. Voilà.

– Avez-vous le sentiment, tous les trois, d’avoir bien… ou très bien  » réussi votre vie  » ?

BREL : Elle n’est pas encore finie !

BRASSENS : On verra ça à la fin. Peut-être que ça va mal finir ? Jusque-là, on a fait à peu près ce qu’on a voulu, comme on disait tout à l’heure.

FERRÉ : On est libre. On fait ce que l’on veut, tout de même…

BRASSENS : Ecoutez, faire des chansons, les chanter en public, et avoir le plaisir de voir que le public les accepte et les reçoive, c’est quand même pas mal. Il y a de quoi être content, oui.

Propos recueillis par François-René CRISTIANI et Jean- Pierre LELOIR

Source : http://snoopairz.free.fr/

J’adore les univers sagement fous et assumés de René Lussier. Voici un extrait de son album le trésor de la langue [youtube=http://www.youtube.com/watch?v=TcGTIiSf6FQ]

J’ai découvert, il y a quelques années, qu’il était aussi chanteur par un ami (merci Charlot!). Sur son album Le prix du bonheur, on le retrouve chantant les paroles hirsutes de Paule Marier. C’est bringuebalant, kitsch*, cute, ça décape, ça surprend à chaque écoute, et surtout, ça rend de bonne humeur.

En voici un extrait live [youtube=http://www.youtube.com/watch?v=TK4ia1yTF_k] 

Prolifique, on lui doit aussi les musiques du Moulin à images de Robert Lepage, de même que la bande sonore de Trou Story (documentaire essentiel de Richard Desjardins qui présente un regard critique sur les philosophies de gestion des mines d’hier à aujourd’hui.)

Cette fois-ci, il nous arrive avec un autre album chanté. Voici ce qu’il en dit :

«Toucher une âme

Un deuxième album de chansons, presque sept ans après Le Prix du Bonheur.    

Oui, ça été long. Une aventure qui a connu tous les empêchements et retards possibles, pour tout un lot de bonnes et de mauvaises raisons. En m’attelant à composer et interpréter un nouvel album « chanté », j’ai mis la barre haute et mesuré l’ampleur du défi. Et puis je me suis retrouvé sans compagnie de disque et sans producteur, sollicité par d’autres créations qui sont devenues prioritaires. J’ai mis plusieurs fois le projet en veilleuse, pour gagner ma vie et me donner les moyens d’y revenir, chaque fois avec un grand désir de tout mettre en œuvre pour le faire à mon goût. Comme chaque fois qu’un projet me hante, j’ai poursuivi en assumant mon éclectisme,  avec – sinon la satisfaction, du moins la fierté  de suivre ma propre route, quoi qu’il m’en coûte.

La chanson permet une communication incroyablement concrète qui me fascine.  C’est cette communication qui m’intéresse.  Au final, je suis heureux de pouvoir partager un acte de création qui, s’il ne ressemble à rien de ce que « l’industrie de la chanson » propose, nous ressemble, à Paule et à moi, comme à beaucoup d’autres. J’espère que ceux-là voudront s’y reconnaître, se laisser toucher, nous toucher en retour.

Me revoici donc en compositeur–interprète puisque l’auteure a une autre tête et que je suis son haut-parleur!»

Voici lesdites tounes
[bandcamp album=3289173718 bgcol=FFFFFF linkcol=4285BB size=grande3]

En tout cas, je sais ce que je vais écouter dans les jours qui suivent, et pour longtemps!

http://www.renelussier.ca/

*Le mot Kitsch est employé ici au même sens que celui donné par Normand Baillargeon ici 

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=zLckHHc25ww]

Music for 18 Musicians, appelée également 18, est une œuvre musicale de Steve Reich composée entre mai 1974 et avril 1976 pour un ensemble concertant de 18 musiciens. Cette œuvre est à la fois considérée comme l’une des pièces maîtresses du compositeur notamment de sa période dite de « minimalisme mature » mais également une œuvre essentielle de la musique contemporaine, en particulier de la musique minimaliste.

Historique

Cette œuvre qui devait au départ s’intituler Music for 21 Musicians a été composée par Reich après deux étés successifs passés à étudier la musique balinaise, et plus particulièrement le gamelan auprès de Bob Brown à Seattle. Elle marque, dans la carrière jusque-là relativement confidentielle du compositeur, la transition de ses premières recherches minimalistes vers une écriture harmonique modale s’articulant autour de « centres tonaux » clairement énoncés. Steve Reich nota lui-même, en 1976, que pour cette œuvre il écrivit « davantage de mouvements harmoniques dans les cinq premières minutes de Music for 18 Musicians que dans toutes les autres œuvres terminées à ce jour ».

Une première représentation de travail intitulée Work in Progress for 21 Musicians and Singers est donnée à The Kitchen, un lieu de création contemporaine de Chelsea à Manhattan, en mai 1975. La première mondiale de l’œuvre a lieu près d’un an plus tard, le 24 avril 1976 au Town Hall à New York. L’œuvre est ensuite donnée en Europe au Metamusik Festival de Berlin en octobre de la même année. Elle est enregistrée par Deutsche Grammophon, par l’ensemble Steve Reich and Musicians à The Kitchen en 1977. Toutefois, Deutsche Grammophon doute de pouvoir commercialiser un disque avec succès et décide de transférer l’enregistrement au label ECM, un label de jazz contemporain et de musiques expérimentales, qui publie un disque en 1978.

Durant près de deux ans, Steve Reich ne compose plus rien, à la fois car il a le sentiment de ne pas pouvoir dépasser les avancées formelles mises en place avec 18 et qu’il ne souhaite pas se répéter, mais également parce qu’en tant que manager et directeur artistique de son ensemble il est excessivement pris par l’organisation des tournées internationales de représentation de ces œuvres. Il considère surtout que la « source d’inspiration est tarie » et qu’il se doit d’orienter ses recherches dans une autre direction. C’est à cette période qu’il commencera ses études sur la cantillation hébraïque (qui aboutiront en 1981 à la création de Tehillim) en séjournant notamment à Jérusalem durant l’année 1977 juste après la première de Music for 18 Musicians à Londres en janvier 1977. Cette période marque également le début de son retour au judaïsme et la tentation qu’il a eu alors de devenir rabbin. Devant honorer une commission d’un festival hollandais, il emprunte toutefois les techniques de 18 et de Music for Mallet Instruments, Voices, and Organ pour composer Music for a Large Ensemble (1978) avant de s’en écarter par la suite.

Pendant de nombreuses années et à de très rares exceptions, l’œuvre ne fut jouée en concert que par l’ensemble de Reich en raison de l’absence de partition réellement complète et annotée. Son exécution reposait en grande partie sur la transmission orale de certains passages, motifs, et techniques que seuls Reich et les membres de son groupe pouvaient comprendre. Ce n’est qu’en 1997 que la partition de Music for 18 Musicians fut finalement transcrite et annotée précisément par Marc Mellits, un étudiant de l’Université Cornell dont la thèse portait sur l’œuvre, puis revue par Reich pour être publiée chez Boosey & Hawkes Music Publishers ce qui lui vaut désormais une plus large diffusion internationale et de nombreuses représentations par divers ensembles, dont l’Ensemble Modern qui fut la première formation non liée à Reich à jouer et enregistrer l’œuvre.

Structure

L’œuvre a été écrite pour un violon, un violoncelle, deux clarinettes et deux clarinettes basses, quatre pianos, trois marimbas, deux xylophones, un vibraphone (ou métallophone), des maracas, et quatre voix féminines amplifiées. Le nombre de musiciens n’est pas fixé comme l’écrit Steve Reich sur l’en-tête de la partition et peut légèrement varier du fait de la nécessité du doublement de certaines parties. Il varie de 18 musiciens au minimum à 22 au maximum. Steve Reich, au sein du Steve Reich Ensemble, joue généralement une des partitions pour piano et marimba. Du fait du rôle central du vibraphone (qui selon les vœux du compositeur remplace le chef d’orchestre) et du premier clarinettiste dans les attaques des morceaux, Steve Reich suggère également fortement une disposition des instruments sur scène pour l’exécution publique.

Disposition fortement recommandée par Steve Reich pour l’exécution de Music for 18 Musicians.

L’œuvre se décompose en 14 parties (deux mouvements pulsatifs et 12 sections les modulant) :

Pulses ~5’30 »
Section I ~4′
Section II ~5’15 »
Section IIIA ~4′
Section IIIB ~3’45 »
Section IV ~6’30 »
Section V ~7′
Section VI ~5′
Section VII ~4’30 »
Section VIII ~3’30 »
Section IX ~5’30 »
Section X ~2′
Section XI ~5’45 »
Pulses ~6’15 »

Music for 18 Musicians démarre sur une pulsation fondamentale qui sera tenue par les xylophones tout au long de l’œuvre qui dure environ une heure. En réalité, cette pulsation est multiple, composée de différents motifs joués aux xylophones, aux violons, aux clarinettes et chantés par les voix. Pulse expose également l’ensemble des onze accords composants l’œuvre et qui seront déclinés individuellement dans chacune des onze sections. Les différentes sections qui suivent font apparaître les phrases mélodiques des différents instruments et des voix. Les transitions sont assurées par un « appel » composé d’une note et de son octave jouées au vibraphone, technique empruntée par Reich au gamelan, et qui ordonne ainsi l’ensemble de la pièce. Le vibraphone, remplaçant le chef d’orchestre, permet non seulement aux musiciens d’assurer leurs transitions de manière coordonnée mais possède également une vocation pédagogique vis-à-vis de l’auditeur pour lequel cette longue pièce est ainsi plus facile à suivre. Certaines sections de la pièce ainsi que son architecture générale ont une structure classique ABCDCBA, commune chez le compositeur.

Le motif rythmique à 12/8 de Clapping Music qui forme le motif de base de Music for 18 Musicians

Dans la section I, Reich expose un motif rythmique qui est en fait celui de Clapping Music, cellule en 12/8 qui constitue la matière rythmique principale de Music for 18 Musicians, et est utilisée sous diverses formes dans l’ensemble des sections de la pièce.

Source : wikipédia

 

Salut, salut!

Voici en son et images le concert du trio Sylvain picard qui présentait Airs à faire frire le 5 octobre 2012 à la maison Villebon de Beloeil.

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=K9ww9himXKA]

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=4OxX3sldLF4]

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=i4eIl_MXYCQ]

Compositions/arrangements et guitare : Sylvain Picard
Contrebasse : Mathieu Deschenaux
Batterie/percussion : Charles Duquette
© 2012 Elixirmusiques SOCAN (pour Sylvain Picard)
℗ 2012 身 Shēn Records

Les orteils du destin
Adaptation d’un conte hindou

On se souviendra longtemps de cette naissance dans la ville de Benares. La future mère promène fièrement un ventre imposant.
Ce sera un fils, je le sens, nous l’appellerons Bischnoo!
Le temps venu, elle accouche d’un garçon. Joufflu, souriant, il crie tout de suite sa joie de vivre. Mais le ventre, resté gros, continue à se crisper!
Oh non, gémit la mère. Je ne voulais pas ça. Deux enfants, c’est trop!
Balam naît dans de longues souffrances. Il est maigrichon, se plaint doucement, il sent qu’il n’est pas le bienvenu.
Bichnoo, tu es beau, la vie te sourit. Je t’aime mon fils!
Balam, pauvre petit, c’est pas de chance, te voilà encore enrhumé!

Les enfants grandissent, tous deux travailleurs, l’un joyeux, l’autre triste. Bischnoo traverse la vie la tête haute, Balam marche le dos courbé. Bischnoo devient riche, Balam misérable.
Une nuit, désespéré de voir son orge pousser plus difficilement, Balam se hasarde dans le champ de son frère. Là, les épis, gonflés et solides, se balancent au vent tiède.
Une preuve de plus! Je suis vraiment malchanceux!
La tête basse, il fait demi-tour et se heurte à une ombre noir qui rugit :
Que fais-tu ici?!
Balam tremble, l’ombre à la voix rude l’empoigne.
Je… je viens v… v… voir le champ. Mais toi, qui… qui est-tu? Bégaie-t-il.
Je suis le destin de Bischnoo, je veille sur lui et sur ses biens.
Et moi? Où est mon destin à moi? Y a-t-il quelqu’un qui veille sur moi?
Ton destin à toi dort au-delà des sept mers. Va le réveiller si tu veux qu’il t’aide!
S’il te plaît, indique-moi le chemin, je n’ai pas de chance, j’ai peur de ne pas trouver.
Ne crains rien. Cherche, trouve et sois heureux.

Balam s’en va droit devant lui.
Il marche le jour.
Il marche la nuit.
Le soleil et la pluie tannent son visage.
Il vogue sur des lacs, il traverse une mer et un soir s’endort sous un amandier. La nuit, il rêve et l’amandier lui parle.
Mes racines sont douloureuses, mes amandes sont amères et je manque d’énergie pour me dresser vers le ciel. Toi qui vas au-delà des sept mers, demande à ton destin la cause de mon mal.
Cherche trouve et sois heureux!

Balam continue son chemin.
Il marche le jour
Il marche la nuit.
Le soleil et la pluie tannent son visage.
Il vogue sur des lacs, il traverse une mer et un matin, arrive dans un village étrange. Les gens habillés de noir, vaquent silencieusement à leurs occupations, certains ont les yeux rouges. À un mendiant, Balam demande ce qui chagrine ce pays.
Notre roi se meurt de rage. Cela fait des années qu’il s’épuise à bâtir, le jour, une tour qui s’écroule la nuit.
Le mendiant plante ses yeux noirs dans les yeux de Balam et, dans le langage silencieux des sages, il lui fait savoir :
Je sens que tu vas au-delà des sept mers. Demande à ton destin la cause de notre mal.
Cherche, trouve et sois heureux.

Balam continue son chemin.
Il marche le jour.
Il marche la nuit.
Le soleil et la pluie tannent son visage.
Il vogue sur des lacs, il traverse une mer et un midi, il est au bord d’une falaise. Là, des piaillements stridents! Balam va voir : un serpent rampe vers un nid d’aiglons affolés. Alors Balam lève son bâton, et lourdement l’abat sur le serpent.

Les cris s’apaisent, un froissement d’ailes se fait entendre… Balam lève les yeux, un aigle plane… puis vient se poser sur son épaule.
Tu as sauvé mes petits. Que puis-je faire pour toi?
Porte-moi au-delà des sept mers et montre-moi mon destin.

Aussitôt, Balam est soulevé dans les airs.
Il traverse le bleu de lumière du jour.
Il traverse le bleu plein d’ombres de la nuit.
Il traverse la nuit des temps et est déposé près d’une forme humaine endormie sur le sable tiède.
Balam s’approche, l’homme ronfle recouvert d’un drap blanc. Des pieds dépassent. Balam s’agenouille, agrippe les orteils et les tord violemment.
Debout, debout fichu destin, paresseux! Réveille-toi, j’ai besoin de toi.
Le destin s’éveille, grogne, baille, s’étire, s’ébroue.
Et maintenant, écoute-moi! Réfléchis et tâche de répondre juste! Pourquoi l’amandier souffre-t-il?
Parce qu’un trésor est caché sous ses racines.
Pourquoi la tour s’écroule-t-elle toutes les nuits?
Ce sont les soupirs de la fille du roi qui l’ébranlent. Elle est seule, sans amour, ni amis.
Bon, maintenant suis-moi et veille sur moi! Si tu te rendors, gare à tes orteils!

Aidé par son destin, Balam traverse la nuit des temps, il délivre l’amandier et garde le trésor. Ensuite, riche, il va demander la main de la fille du roi, surveille la construction d’une tour si haute qu’elle devient nid d’aigle et rentre chez lui pour admirer son champ d’orge.

***

Vous qui m’écoutez, si par hasard, un jour, vous trouviez que vous n’avez pas de chance, sachez que rien ne sert de lorgner le destin des autres, trouvez plutôt votre destin et tordez-lui les orteils pour le réveiller!

Cherche, trouve et sois heureux!

Peggy Noordhoff-Snoeck

« À l’ère où triomphent le culte de soi, l’exposition permanente et obscène de son vécu et de ses douleurs, en ces jours où nous avons l’existence si manifeste et si bruyante, le chic, il me semble, c’est la splendeur discrète, la délicatesse de taire un peu sa détresse comme ses exploits; le chic est ce supplément d’âme qui ajoute la réserve à l’éclat, et la tenue à l’émoi.

Le chic, il me semble, c’est perdre avec élégance, c’est volontiers faire briller les autres, c’est aimer sans calcul ni intérêt, c’est pardonner ou aider sans s’applaudir soi-même, c’est savoir sa banalité et pourtant tâcher d’enrichir le monde de ce que l’on est, c’est marcher droit dans une vie bancale, c’est tenter une sorte d’élévation qui n’a rien à voir avec le statut, mais plutôt avec la noblesse des sentiments.

Le chic, c’est le panache, tel que le décrit Edmond Rostand : la pudeur de l’héroïsme, comme un sourire par lequel on s’excuse d’être sublime.»

Evelyne de la Chenelière

Source : http://www.lapresse.ca/vivre/mode/201301/01/01-4607763-le-chic-selon-evelyne-de-la-cheneliere.php

«Quand je dis rien, c’est parce que je le pense!»

Fred Pellerin citant Méo le coiffeur dans
le journal l’Itinéraire édition du 15 décembre 2012

Pic et les blancs de mémoire jousent Noël

Salut, salut!

J’espère que ça va bien. Ici, dans les rues de Villeray, les honnêtes gens se promènent la langue sortie pour attraper des flocons et les yeux écarquillés pour éviter les flaques de slush…

Demain, jeudi 20 décembre, les huit heureux amnésiques de Pic et les blancs de mémoire présenteront un spectacle de Noël débridé. L’octuor se paiera la traite et fera la fête à quelques-unes de ces tounes qui décorent nos hivers depuis belle lurette. En plus de ce répertoire givré, nous jouerons aussi des pièces cuivrés de Vigneault, Charlebois, Desjardins, Karkwa et autres «gosseux» de chansons de par chez nous.

Ça sent la fête…

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Pic et les blancs de mémoire sur 

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SES MOTS

La langue de ma mère
a des mots pour tout dans la grande famille des mots

je m’en choisis pour passer l’hiver
des mots en laine du pays
cette année j’ai choisi le mot guérison
le mot liberté
des mots qui tiennent bien au chaud

Sur six mois de neige

celle qui a fondu
celle qui a séché
celle qui a pleuré
celle qui a gelé
celle qui était collante
celle qui était poudreuse
celle qui a tourné
celle qui a noirci
j’ai bâti ma vie
jusqu’à la prochaine tempête

Gérald Godin