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On annonçait récemment le décès du poète Paul-Marie Lapointe que votre humble serviteur ne connaissait pas (honte à lui !) Après avoir fait quelques recherches, voici partagés ici quelques poèmes épars.

poèmes *

de

paul-marie LAPOINTE

* Les poèmes suivants de Paul-Marie Lapointe : « Mort des peuples », « Mauvais temps »,« Procès », et « Tortue » sont parus dans le numéro de février-mars 1969 de la revue EUROPE. Le numéro est consacré à la littérature du Québec.

Vietnam, U.S.A.

quand frappe la mort

qu’est l’épervier ?

la proie ne périt que de soleil

lame pure napalm

et de la nuit qui s’ensuit

galet du temps

la planète terre gît

lisse

mission accomplie

fanaux de la mort en mer
à l’aube
par temps plat
les hérissons du phosphore font des signaux faunes aux

bombardiers qui rentrent

lisses comme l’aire où se poser sont les villages éclatés
le robot ri est que mémoire
et sérénité le métal

 

mort des peuples

montée mère
les dieux périssent à la sortie du monde
poignardés par le temps
au sein de l’hiver s’ordonne une tendresse maléfique
contre laquelle bute le mystère
la mer balayée par le soleil
le massacre d’un village
la mort d’un enfant surpris par la guerre
étang louves colline
les oiseaux planent au dessus du sang versé
rien n’est dit
ô cri le plus aigu
les peuples basculent dans la nuit

dans les forêts opaques de la mort

 mauvais temps

L’eau rongeant le roc et la lumière l’espace
je ne me suicide pas
sinon chaque matin et tout le jour
à longueur d’années dans les siècles des siècles
l’éternité n’étant que l’écoulement du fric dans la besace à trous
le temps inépuisable de bouffer son âme
et l’amoncellement catastrophique des galaxies dans les coffres

de la divinité

procès

un seul mot déclenche le procès
le chien gronde et mord
si tu lui tends l’os
ou l’espace d’une feuille
(tout croc en l’âme creuse un abîme)
de pâles suicidés se laissent tomber des caps alentour
que survolent corbeaux et vautours
sur ce, vient l’hiver
au fond des gorges profondes le verglas des fleuves
des pierres noires surgissent à peine de la neige
première chaux de l’angoisse
 

tortue

carapace où croupit un lac
la tortue fut dévorée sur le dos
assiette du ciel renversé
toute saison y prend place
depuis
n’est carapace que du temps qui passe
 

juillet août

L’île s’ouvre entre ciel et mer
toison profonde d’herbages d’églantiers
une île précise où fleurit ton corps
un oiseau pêcheur dont je tairai le nom
interrompt constamment son vol et tombe
de la perle plate du couchant quelle nourriture remonte-t-il ?
à droite l’incertaine pierre de la jetée tient lieu d’horizon
au moment où le premier signal en croix du phare déclenche

la nuit

abat de cris au milieu de la place
l’eau respire
Source : http://www.erudit.org/revue/vip/1969/v2/n1/600220ar